‹ Miranda dans la révolution française: Recueil de documents authentiques relatifs à l'histoire duChapitre 13 sur 17 · MICHELET · texte numérisé non relu

MICHELET

Histoire de la Révolution Française.

Edition illustrée par Vierge. — Paris.

Les Jacobins voulaient partout le gouvernement révolutionnaire: Damourioz n'était pas leur homme. Les (riroudins voulaient la propagande l'évolutiounaire, la croisade universelle : Dumourlez n'était pas leur homme. [•] Il leur fallait un général enthousiaste, convaincu,

[*) Los (iiTOndius sont ici jiiatili6s inviiicibleraent et du côt(' le moins attendu. Ils le sont par l'iiomiue qu'ils ont traité avec le pins de duretti et do mépris, par (iarat Et ils le sont, d'autre part, par Mallet Du Pau, royaliste haineux, qui insulte leiu' cendre encore tif'de, et, sans le savoir, prouve cependant ■ leur innocence. Garât dit dans ses Mémoires : "Les liaisons anciennes de Dumonriez avec Brissot et la Gironde Hnimt depuis longtemps remplacées par tirs rcssi-Htimenfn que couvraient h

X, qui calculât moins prndomment les moyeiii^ et crut aux victoires de la foi, mi noble otte de la Kévolution. Et il était tout trouvé : ni de Pétiou, de Brissot, un lieuteuaiit de 1, ex- volontaire do Washington, Mirauda, de

nous soit permis de dire un mot à la gloire une Miranda, à la gloire du caractère espaement représenté par lui dans sa vie et dans Cet homme héroïque, austi're, né uoblt* et sacrifia dôs sa .ieunesse son repos et sa fortriomphe il'uue idée : l'affranchissement de 9 espafïiiole. Il n'y a pas d'exemple d'une QpPtement dévouée, systéniatiséi* tout ontii-re d'une idée, sau.s qu'un seul moiueut fût douà l'intérêt, à l'égoïsme. Dés son enfance, il à grands frais, près de lui, eu Kspagne, les maîtres, le^; hommes et les livret^, malgré l'in- U s'en Vil étudÏL-r i)ar toute l'Europ<', aux s, sur tous los ehamps de batailli!. ilai^ il

jards qu'un yénCral iio\'iiic ii des légiBliitiiurs ui que leurs (levaitint ù un jîl'u.'i-îU pav qui trionipliait la llC- -La (léfianee de Brissot pom- Dumouriez et sa préar Miraudii sont luirt'aitt-nient exprimées diius t-c paslettre lie Brissot i'i un des jninistres, ijue eite 3IaIin : "Incendie/, ii-f quatre; isoiua de l'EurupL', notre i. }>iimoiirhz ni: }ifiii )ioiis iviiniiii: ./<■ nn suis tonde lui Miriiii'ht -s' Ir <jnM-<Al <!'■ lit clios--.- il eiiluvoir rOvoluli'Hiuaire ; ii est plein d'esprit, de con- " Voilà ce qn'Ci,- rivait Brissot, vers la lui de l'anm'e 2f l-Matlot Du l'an, <:'r.ishh;-<ilm-s «»>■ In ïuiUm ,hon de Fraiicr, \>. '■'•'].

lui faut une armée. Il la demaudo à l'Angleterre, ti la liussie, qui l'aceueillont; 89 a souué, il se douue à la Frauutj. Nous allons voir le sort qui l'y attendait. [•] Unmouriez, qui l'a indignement calomnié, est obligé ijotirtaut d'avouer le mérite rare et singulier du général espagnol. Personne n'avait plus d'esprit ; personne n'était plus instruit. Quant au courage, s'il n'avait pas la brillante initiative de nos militaires frau- (,'ais, il eut au plus haut degré la fermeté castillane, et cette noble qualité était fondée sur une autre, bien glorieuse, la force et la profondeur de sa foi révolutionnaire. Dans la malheureuse panique de l'armée de Dumouriez, quand les fameuses thermopyles de l'Argouue, dont il disait Otre le Léonidas, furent surprise, forcées, et que l'armée, presque débandée, fit une retraite rapide et confuse vers Sainte-Menehould, Miranda fut à Tarri^re-garde, montra un sang-froid admirable, et fit face à l'ennemi. Cette froideur héroïque, quelque peu altière, était médiocrement en harmonie avec le carac'ti'''ro frani;ais. Miranda, avec sa brune face espagnole, avait l'air hautain et sombre, l'aspeet tragique d'un homme appelé au martyre plus qu'à la gloire ; il était né malheureux.

Dés la fin de 92, Brissot, Pétiou, auraient voulu substituer Miranda h Dumouriez, mettre l'honnête et so-

!*) Il se trmiipîi eu Vendémiaire, eombnttit la Convention. Mais il (ioiiconrat à hi ■ délivraïK-e de l'Aménqne, t-ont vieux qu'il i'tjiit, coiidiattit prî-s du jeune Bolivar. l'ar le plna cruel actiarneinent de la fortune, au uionieut de la victoire, il fot livrO M l'Kspagiic pur ime fartinu américaine, et mourut lenteuRutt, en quatre aum'-es, dans les eaeliols de Cadix.

lide Espagnol à la place du Gascou. A cela, nous l'avons dit, il y avait d'inâuies difficultés. Mirauda était étranger, à iieiue connu en France, Il n'avait encore rien fait d'éclatant. Le substituer à Dumouriez comme général en chef, c'eût été étonner et scandaliser tout le monde, donner beau jeu ù la Montagne. Pas un des lieutenants de Dumouriez n'aurait voulu obéir.

[T. VI, p.p. 349 à 352.]

Une mauvaise petite rivière, la Roéi*, les séparait des français. Ceus-ci, dispersés, divisés, n'ayant nulle place derrière eux, eo petit nombre d'ailleurs, devaient au premier coup retomber sur Liège. Dans l'absence de Valence [ l'homme de Dumouriez, qu'il avait emmené à Paris], il avait laissé le commandement à Miranda, sans indiquer seulement où les corps divisés se réuniraient en cas d'attaque ; il avoue lui-mCme son imprévoyance. Il l'avait laissé sans autre instruction que de prendre Maastricht, qui ne pouvait, disait-il, manquer de se rendre à la troisième bombe. Mirauda en jeta cinq mille. On peut croire, sans faire une conjecturé trop hardie, que Dumouriez, connaissant la partialité des Girondins pour le général espagnol, n'était pas fâché, s'il y avait quelque échec à recevoir, que Miranda le reçût, qu'il fût humilié, déconsidéré, devint impossible.

Le 1" mars, pendant que Dumonriez, eu toute sécurité, s'occupe sans distraction de l'invasion de IIol-

laudc et ramasse des bateaux, le toiTent des Autrichiens a débofde sur nos lignes, les hussards hongrois eu tAte, avec le jeune prince Charles, qui faisait ses premières armes. Du premier coup, on est obligé de se rejeter sur Liège. Tout le monde l'avait prévu, excepté le général qui si fiait a ses négociatioDS subterraiues, aux bonnes paroles, dont, selon toute appai-euee, l'avait amusé l'ennemi.

[ T. VI, p. 355.]

Il [Dumouriez] n'avait que trente-cinq mille hommes en ligne, et déjà désorganisés. L'ennemi en avait cinquante-deux mille, une armée reformée avec soin pendant l'hiver, tous d'anciens soldats, tandis qu'une bonne moitié de ceux de Dumouriez n'étaient que des volontaires. Miranda voulait qu'on couvrît seulement Louvain, dans une position très-forte. Là, l'armée se serait raffermie un moment, recnitée de ce qu'elle eût tiré de î'ranee. Il est vrai que dès lors Dumouriez eût dépendu de la Convention, au lieu de lui faire la loi-

II avan(;a jusqu'à Neerwinde, et trouva les autrichiens dans une position dominante, analogue à celle do ■Tii'nimapes, moins eoneeutrée toutefois. Leur front s'éttmtlait sur près do deux lieues. Dumoxu'iez s'étendit Ao nièuit'; mais, pour une armée plus faible, s'éteudi'o, e'ètiiit fi'ôpai'piîler, Inisser de vastes ouvertures; les corps ne pouvaient guère manquer d'être isolés les uns des autres. Comme à Jemmapes, Dumouriez avait don-

né le centre à son pupille, le jeuue Égalité ; sou homme, le G-éoéral Valence, avait la droite, Miranda la gauche.

De grandes difficultés naturelles séparaient celui-ci de l'ennemi ; il lui fallait traverser uq terrain coupé qui lui permettait peu de mouvoir librement ses troupes; une artillerie formidable de batteries croisées le foudroyait des hauteurs. Ce qui suffirait pour faire croire que Miranda avait eu tête la grande force de l'ennemi, c'est que cette droite autrichienne était commandée par le jeune prince Charles, fils de l'Empereur Léopold, qui faisait la guerre pour la première fois. Quand on connaît l'histoire des guerres monarchiques, on peut affirmer hardiment qu'on mit. le jeune prince au poste où uno écrasante supériorité assurait d'avance que de ce côté les Français n'auraient jamais l'avantage.

Dumouriez fut-il instruit de la présence du prince en face de Miranda^ Nous l'ignorons. S'il la connut, son plan fut simple, le même à peu près qu'à Jemmapes. Miranda eut îi Neerwiude le rôle de Dampierre à Jemmapes, le rôle d'être écrasé. L'affaire était arrangée pour la gloire des orléanistes; Dumouriez ménageait à Valence l'honneur de frapper le grand coup. De même qu'à Jemmapes, Thouveuot, vainqueur, vint fortifier Égalité, et sauver enfiu Dampierre. — Valence, vainqueur à Neerwinde, fût revenu au centre sur Éga- ' Hté, et tous deux auraient sauvé ce qui restait de Miranda, s'il en i-estait quelque chose. Cette fois encore, le prétendant eût apparu vers la fin, comme un dieu

sauveur, et Dumouriez eût écrit que pour la seconde fois cfi jeune homme avait sauvé la France.

Dans les deux campa, si nous ne nous trompons, l'idée fut justement la mémo: assurer la fjloire à un prince. Dumouriez arrangeait la chose pour le Due d'Orléans; Cobourg pour le prince Charles. Celui-ci eut en effet l'honneur de l'affaire, et commença à vingt ans sa réputation de pi'étiiier général de l'empire.

Le récit de Dumouriez, parfaitement calculé pour obscurcir tout ceci, a été accepté sans débat par Jomini ; tons ont copié Jomini. Il n'en a pas moins été démenti, ce récit, détruit et pulvérisé : 1? par les ordres écrits que Dumouriez donna lui même; 2? par ' Miranda, un honnête homme, dont la parole vaut beaucoup mieux que la sienne ; 3? par un témoin à coup sûr impartial, le général des autrichiens, Cobourg, qui dans son récit s'accorde avec Mii-anda. C'est avec raison que Servau et Grimoard, les meilleurs juges des guerres de ce temps, ont préféré le récit conséquent de Miranda à celui de Dumouriez, insoutenable et contradictoire, qui se trompe [volontairement] sur les nombres, tes heures, les lieux, les choses et les personnes.

Dumouriez prétend que sa droite garda l'avantage; que Neenviude, pris et repris, lui resta le soir. Cobourg affirme le contraire. Ce qui est sûr, c'est qu'à la gauche iliranda fut écrasé. Il perdit prés de deux mille hommes dans des attaques obstinées qui durèrent sept heures. Le prince Charles eut enfin l'avantage définitif ; ses grenadiers avancèrent, et, par une chaussée.

nreut mme de couper uos volontaires, qui recuifveiiE en désordre. Il u'y eut plus moyoïi de les roteuir.

Ici s'ouvre uu débat entre Dumouriex et Mirauda. "Miranda devait m'avertir", dit le premier. Jlivaiida affirme qn'il l'a averti. Il a pvonvé, par témoins, an tribunal révointionuaire, qn'il a envoyé ou effet uu exprès au général. Ce message peut-être n'est pas arrivé. Mais fallait-il un message f Dumourïez entendait fort bien que le feu avait cessé. S'il eût été, comme il le -dit, maître de Neerwiude et vainqueur à droite, il aurait pu se porter au secours de cette gauche dout les feux éteints ne s'entendaient plus. Mais il n'avait pas Neerwiude. Il fut trop heureux de trouver Mirauda pour rejeter sur lui la perte de la bataille. Elle était perdue à gauche, mais n'était point gagnée à droite.

Miranda, que Dumouriez accuse *' d'avoir perdu l'esprit", couvrit vaillamment la retraite, et le 22, à Pellenberg, soutint tout un jour l'effort d'un ennemi énormément supérieur.

[ T. VI, p.p. 435 à -139.]

■tei'ait à croire au patriotisme fanatique, et parfois impartial de ces hommes, «.''est bsous Marat qu'ils aimaient, ils n'ont ous le général Mirauda, qui n'avait ilo ifenseiu's que les Girondins, en ce mos-mêmes. Ils accueillirent, innoeentôrout,

houoi'èi'ent l'homme même de leurs ennemis, le client de Brissot et de Pétion. Us dédommagèrent l'infortuné patiiote qui s'était donné à la France, des calomnies de Dumouriez.

[T. VU, p.p.. 70 et 71.]

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