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Miroirs :

Les iiiiioirs é};\ [)tiens nous sont connus [)ar de nombreux exeuiplairos dispersés dans la plupart des collections d'antiquités égyptiennes et par des représentations multiples. Ces deux ordres de témoij>na{jes nous le montrent composé d un disque réiléchissant et d'un manche dont la forme et la matière sont variables. L'assemblajje en est pratiqué au moyen d'une tige qui fait le [)lus ordinairement partie intégrante du disque et vient s'engager dans un canal [)ercé au sommet du manclie.

On ne connaît [)as. [)Our la période pharaonique — la seule dont nous avons, à une ou doux exceptions près, à nous occuper ici — d'autres matières rélléchissantcs mises en œuvre que les métaux.

Miiioius EN vEiutE ÉTAMiî. — Les miroirs en verre étamé n'apparaissent pas avant ré|)0(jue chrétienne, sans toutefois qu'on puisse alllrmer qu'ils soient dus à une iniluence étrangèi'e'''. Ils rentrent, au contraire, dans la donnée des procédés tels que la dorure, l'argenture, les alliages métalliques, les fausses pierres et les fausses perles que le papvrus X de Leyde et les plus anciens écrits alchimi(|ues mettent au com[)te des orfèvres, fondeurs et verriers égyptiens si habiles à imaginer et à fal)n([uer des substituts aux matières naturelles et les premiers créateurs de ce que nous appelons aujourd hui les procédés à'imilation. Toujours esl-il ([u On n'en connaît [)as encore qui soient antérieurs à l'époque chrétienne.

Métaux employés poi n i.i:s Mir.oiiis. — Les mélaux employés sont le cuivre, le bionzi'. I argent et les alliag(.'S de bronze et d'argent. L'or massif et h'hjctruin ont pu (Hi'c pareillemeuL employés, surtoul pour les miroirs votifs déposés dans les tem[)les; mais aucun disque d'une matière aussi précieuse, la raison en est facile à comj)ren(lro, n'est encore parvenu jusqu'à nous. A la vérité, l'or, l'élec- Inim et l'argent étaient à ce point les mélaux fondamentaux que, à leur défaut, on avait eu recours à la doiiire cl à rai'jn'ului'e du bronze, lequel ainsi déguisé

'"' I/o[)liiloii (11' l'Iiiii' ( //. .\., WWI. (iC), nlliiliiKiiil relie invt'iilion aux Slddiiiciis, (Ktivc vraisonililalili'iiu'iil di- l;i iih'iiic mmiici' (|iic la iéjjciiiin di" ritnpiilioii ilii verre par les iiièmes Sidoiiiens.

jouait le rôle de substitut, de siuiulacre de l'or, de rélectrum et de l'argent. Existait-il des miroirs eu fer ou en alliages de fer? La question en dépend du degré de perfectionnement qu'avait pu atteindre en Egypte la métallurgie du fer. Est-il besoin de rappeler cjiie, à cet égard, nous sommes très mal renseignés. Les objets en fer parvenus jusqu'à nous sont des ustensiles ou parties d'ustensiles d'un travail grossier et nullement comparable au travail du bronze et nous avons toutes raisons de croire que l'industrie des miroirs fut et resta étroitement liée aux: progrès de la métallurgie. Il ne semble pas, en effet, que le besoin de mirer son image en la tournant vers une surface réfléchissante constitue cliez l'homme une curiosité innée. Pendant longtemps il n'en a eu connaissance, comme l'exprime la poétique fable de Narcisse, qu'en se penchant sur le bord d'un cours d'eau et l'eau seule put lui sembler douée de cette merveilleuse propriété, qu'elle conservait d'ailleurs dans des vases de faible contenance. Entre cette période tout à fait primitive et celle des miroirs de cuivre (les plus anciens miroirs métalliques), il faut nécessairement supposer une époque où 1 homme découvrit la propriété réfléchissante des corps polis et mit peut-être à profit dans ce but certaines pierres dures telles que l'obsidienne'''; mais de toute cette époque et de ces primitifs procédés il ne reste nulle trace et nous sommes obligés de convenir que le miroir n'existe pas, archéologiquement parlant, avant l'âge des métaux.

Matières emploi ées pour les manches. — Pour le manche, le choix de la matière était encore moins limité. On en connaît en bois d'essences diverses, en os, en ivoii'e, en pierre '"■'', en bronze et même d'une composition plus complexe tels que ceux qui sont décorés d'orfèvrerie et de mosaïque.

Noms égyptiens du miuoir. — Les anciens Egv[)tiens donnaient au miroir les noms de ^jk V «da chose où est vue la face 5^, de Ag^. rr la chose qui ouvre OU révèle la face, de l^>~~-^'^) rrle disque». Les légendes des sarcophages du Moyen Empire et les textes religieux d'époque gréco-romaine font aussi mention (l'un vocable "r y ' T^ y '*' dont le sens se rattache peut-être à l'une des valeurs

'" PliiK! [H. A'., XXXVI, G7), parlant de celle pierre, quem in Etkiopia itnenil Obsidiiis, ajoulc : Aigerrind coloris, aliqnando et Iranslucidi , rrassiore risii , nique in spendix pnrielum ^jm iwnginc uinbras rcddcntc. Mais Pline ne nous dit pas si le procédé fut emprunté aussi aux Ethiopiens.

'-' (iommunication de M. J. Garstanff, ipii a trouvé à Abydos, on 1906, un miroir à manche en pierre noire (pas autionient sj)écirié).

''' l]nuf;scii, Dirl. siipjd., p. i56.

(''' Ibid., )i. a/17.

du mot A»~*-A^. très voisine du mot ^^, aperire, aperluin ease, et (|u exprime le copte OY<^l>fl2, OYAri2, oppairre, pal(facrr(;'''K

Les disquks coxsidiîués dans lkih coNTOun. Trois classes de disques. — Les disques ne se ramènent pas à un type unique. Si on les envisage sous leur principal aspect, c'est-à-dire leur contour, on peut les faire rentrer dans trois classes: les circulaires, les solaires et les cordij'ornws.

Miroirs eircalaires. — Les miroirs circulaires constituent — et cela peut paraître singulier au ])remier abord — l'espèce la plus rare, dans les musées tout au moins. Birch allait même jusqu'à prétendre qu'il fallait descendre pour en trouver aussi bas que l'époque romaine*-'. Le vrai est qu'ils se présentent très rarement sous la forme d'un cercle parfait; mais ils s'en rapproclient si sensiblement que le nom de cercle est celui qui les définit le moins inexacleiiient (pi. I, n" hkooky Comme la confection des disques fondus ou découpés comportait de toute manière un travail de retouclie, la pureté géométrique du contour |)ouvait très bien s'en ressentir.

Miroirs solaires. — Le modèle le plus ordinaire, on peut même dire de j)rédileclion, du miroir égyptien est le solaire. Par là il faut entendre cette disposition oblongue qui n'est ni circulaire ni elliptique''^', mais qu'il n'est pas nécessaire détre grand observateur, pour reconnaître comme l'aspect sous lequel se présente le soleil au-dessus de la ligne de l'horizon, soit qu'il y rentre, soit qu'il en sorte. Les Egvptiens v avaient à ce point retrouvé la forme propre du disque solaire, 1 O, que tous les dieux solaires depuis Râ et ses dérivés jusqu'aux divinités (jue les théologiens solarisèrent pour les faire entrer dans le cadre de l'ennéade liéliopolitaine, le portent comme coiffure ou comme principal accessoire de leur codliii'c. L(! bien-fondé de cette remarque échappera, est-il besoin de le faire remar(|uer, à ceux qui en chercheront la V('rifl('a(ion sur les reproductions liahiluelles des monuments égv[»liens. Là, d une manière presque invariable, le dessinateur moderne a substitué une circonférence exécutée au couipas à celte ligure courbe caractérisée par l'aplatissement des p()les, (|ui est propi'ement le (lis(|ue

''' Cesl ropinion do Hnifiscii, f)irt. anpjA. , p. l'x-^. V. Lorol \oil dans \c sijjne ■?■ la (oriiip |iiiinilive du miroir, avaiil ICinpIoi des iiirlaiix. Sjiliui.v, (. V, p. liiS-i'iO.

'-' Dans WiLKiNsox, Mninicrs and Cusloiiis, éd. 1878, t. II. p. .'Î.'jo.

>'' l'our ne cilfr (|ii(! les plus caraclérisés, n°' /i/ioi5 (pi. 11), /l'ioSi (pi. 111), VioiS ^|ii. IV), 44o2o (pi. V), 'i'.o3/i (pi. VII), 4/io'.?8 (pi. VIII), /.Ao35 (pi. I.\), /i/.o;{8 (pi. X), /l'io'iC. (pi. XI), /i'i.)'i8 <■! Vk.'u) (pi. XV). /i'io8> cl yn.S/, (pi. XXI) ol /i'io8:i (pi. XXIH.

solaire selon la conception égyptienne. Quant à la raison qui paraît avoir déterminé les anciens Egyptiens à en faire choix, il n'y a aucune présonifition à dire qu'elle n'est pas de celles qui nous écliappent. On saisit facilement le rapport que l'esprit peut établir entre le soleil, source de lumière, foyer d'irradiations, et le miroir dont le pouvoir réllécliissant est doué des mêmes propriétés. Il était donc assez naturel que le miroir passât aux yeux des Egyptiens pour le plus exact des symboles solaires, en ce sens que non seulement il émettait des rayons aussi ardents que ceux du dieu Râ, mais qu'il avait le pouvoir mystérieux de reproduire toutes les formes de la vie soumises à son action réilécbissante, ce qui pouvait et devait très vraisemblablement passer pour un caractère divin. Le miroir, microcosme du soleil, était un jeu d'esprit tout indiqué, en laissant même de côté les raisons mystiques qui sont inséparables de tout ce qui est symbole en Egypte. Nous en trouverons la confirmation quand nous aurons à nous occuper de la couleur consacrée du disque (p. x), de sa dorure (p. xi) et des principales formes adoptées pour le manche (p. xvi-xxiv). Une association d'idées toute naturelle avait également amené l'identification du miroir avec le disque lunaire et les conséquences qu'on en tira se développèrent parallèlement aux précédentes ou même se fondirent avec elles.

Fiîr. A.

Miroirs cordiformes. — La troisième classe, je dois le reconnaître, est la plus imparfaitement définie, car elle comprend divers types qui n'ont qu'un trait de commun, à savoir l'amincissement progressif du bord inférieur, qui s'abaisse et ])ai-fois s'étrangle vers la tige. Ils se subdivisent eux-mêmes en deux groupes : les larges et les longs. Si l'on considère les premiers, on voit qu'ils sont susceptibles d'une certaine variété. Nous connaissons le disque à bord supérieur surélevé (pi. IV, n" 44o3G), le dis<[ue à bord supérieur surbaissé (pi. IV, n° hkoi'j), le disque à bord inférieur étranglé, plus rare (fig. A)'''.

Les types longs sont, bien entendu, susceptibles des mêmes dispositions: mais un caractère leur est commun : le profil en raqtielle. Ils sont assez rares et

Musée de Turin, n° C/iag. I^'élianglemenl affocle ici la forme dun profil campaniforme.

je n'ai d'autres exemples à citer que le miroir n"' 91 du British Muséum monté sur un manche en forme de Bès (Hg-. B) et les représentations {graphiques tirées du sarcopha{>e n° 1908 du Musée de Bologne (fig. G et D) et de [ilusieurs sarcophages du Musée du Caire'''.

Quelle tendance a pu se manifester dans cette fauiille de disques si dillérente des autres? Peut-être Tintenlion d'appropriei' dans une certaine mesure la forme du miroir à celle du visage, mais peut-être aussi rien de plus que la pure fantaisie qui ne perdait pas ses droits ainsi que le prouve le miroir n° 44o5i imitant de la manière la plus naturaliste la feuille d'une nymphéacée. 11 fiîî- c. est évident qu'en pareille matière le goût individuel de l'artisan pour telle ou telle courhe, la tendance ordinaire de son tour de mai a ou au contraire la recherche de la singularité prévalaient sur toute autre considération. Autre hypothèse : nous avons peut-être là la survivance de lune des formes primitives du miroir.

DfSQUES CONSIDÉRÉS SOUS LE RAPPOUT DE l'optique. — Si maintenant nous considérons les disques sous le rapport optique, nous constatons qu'ils sont de trois espèces: les plans, les convexes et les concaves.

Miroirs plans. — Les disques plats sont parfois minces jusqu'à la flexibilité, mais le plus ordinairement rigides; les épais sont les moins nombreux. Sur soixante-douze miroirs entiers ou fragmentaires composant la collection du Musée du Caire, on en compte trente-cinq plats, c'est-à-dire plans, sinon dune manière rigoureusement mathématique, du moins sensible à Tanl et au toucher. La plupart mesurent un, un et demi, deux millimètres d'é[>alsseur. Les disques de 3 millimètres sont un pou moins nombreux : on en compte cinq. Deux seulement vont jusqu'à 5 millimètres (n"' i'10'18 et Mioïi'j) et deux jusqu'à 6 (n"^ 44oo/i et 4^073).

Miroirs convexes. — Ces miroirs n'avaient d autre prétention que de rendre normalement l'image, c'est-à-dire de reproduire les dimensions réelles des corps, comme nos miroirs ordinaires. Les Egvptiens ne s'en tinrent pas là. Ayant constaté la propriété qu'ont les surfaces convexes, quand elles sont douées du pouvoir réfléchissant, de réduire limage non dans une mesure constante, mais variable et progri'ssive, tirèrent parti de cette découverte pour construire des miroirs convexes; mais ils s'avisèrent aussi que la forme lenticulaire, tout en réduisant

'' P. I^Ar.Ai', Calai, (fi'ii. Sarropltafres iinlcrieiirs au Mouivl Empire . [il. XXXVIt, n"' i .33 , i 39 cl 1 hk.

l'image, produisait des anamorphoses et ils s'ingénièrent à les corriger. Le procédé qu'ils employèrent ne pouvait guère sortir, nous l'admettons a priori, de l'empirisme qui caractérise les créations de leur génie, il n'en atteste pas moins leur ingéniosité.

On serait tenté de supj)oser qu'ils attaquèrent principalement le centre de la surface lenticulaire par une retouche à la meule ou de façon analogue : ils firent autrement. Avant remarqué que certaines différences dépaisseur ménagées symétriquement dans le corps du miroir rétablissaient non les dimensions réelles, mais les proportions de l'image en atténuant la réductibilité des derniers plans, ils appliquèrent ce principe avec plus ou moins de bonheur et, dans ces conditions, la valeur du résultat dépendit toujours de l'habileté du tour de main. Un disque réussi servait, par le surmoulage, de matrice à toute une série, et il ne tenait qu'à l'ouvrier de ne pas compromettre le fragile équilibre de ce résultat dans les retouches multiples que comportait nécessairement la galette de métal après la fusion.

En attendant qu'un spécialiste, attiré par lintérèt de la question, nous donne la formule mathématique du procédé, je vais exposer ici très brièvement les observations que j'ai faites en maniant les miroirs du Caire et du Louvre. Je prendrai comme exemple un disque appartenant à ce dernier musée. Si l'on observe par la tranche les miroirs convexes, on remarque que, indépendamment du centre qui présente un renilement bien caractérisé, le pourtour n'a pas sur toute son étendue une épaisseur uniforme, qu'il est généralement plus fort aux deux pôles, comme si la protubérance du centre se prolongeait en s'atténuant bien entendu suivant l'axe vertical. Ce détail est rendu d'autant plus sensible que c'est précisément dans le voisinage immédiat de celle plus forte épaisseur, que se manifeste la moindre épaisseur. Considérons donc le miroir n° 2 i 6^ du Louvre (fig. E et F). Ici le renflement du centre mesure 7 millimètres; il se réduit progressivement jusqu'à h millimètres trois quarts, presque 5, mesurée aux deux pôles, c'est-à-dire tout en haut et tout en bas du disque; mais, si l'on part du haut, celte épaisseur tombe, en parcourant le pourtour, à 3 millimètres, pour se relever légèrement d'un demi-millimètre (3 millimètres et demi), puis se fixe à quatre et ne s'accroît légèrement (/i millimètres et (juart) qu'en se rapprochant de la tige. Une légère dyssymétrie provenant, sans invraisemblance, des retouches consécutives à la fonte, s'observe sur l'autre côté. Le miroir ayant conservé son pouvoir réfléchissant, on peut s'assurer que le résultat obtenu est satisfaisant: car on aperçoit son visage sensiblement réduit avec un minimum de déformation qui choquait les Egvptiens beaucoup moins ([ue nous.

Au reste, pour porter un jugement définitif sur la valeur réelle de ces résultats, il faudrait restituer leur teinture d'or ou d'argent et leur poli à un nombre suffisant de miroirs convexes; or, nous sommes loin de compte avec la collection du Caire dont le seul exemplaire ayant conservé nettement son pouvoir réllé-

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