‹ Misanthropie et repentirChapitre 18 sur 57 · SCÈNE X · texte numérisé non relu

SCÈNE X

EULALIE, en faisant une révérence qui annonce le savoir-vivre , LE MAJOR.

3LE MAJOR, à part , lui rendant son salut avec un peu de surprise ,

Eh! non, elle n’est pas vieille. ( Jetant un nouveau regard sur elle,) Non, parbleu! Elle n’est, ma foi, pas laide non plus.

Je suis bien aise, monsieur, de connaître en vous le frère de ma bienfaitrice.

LE MAJOR

Madame, je prise beaucoup un titre qui me donne droit à faire votre connaissance.

EÜLALIE, sans répondre à ce compliment , ni par le regard , ni par le maintien .

C’est la belle saison, sans doute, qui engage monsieur Votre beau-frère à quitter la ville l

Non pas absolument. Mais vous le connaissez ; il lui est à-peu-près indifférent qu’il pleuve ou qu’il fasse beau; que nous ayons l’hiver ou le printems, pourvu qu’un été perpétuel règne dans sa maison; c’est-à-dire , qu’il trouve-toujours une épouse aimable, une bonne table, et quelques amis disposés à la joie.

Monsieur de Walbert est heureux, la fortune le favorise, honneurs, richesses, tout contribue à son bonheur : mais, b’ il éprouvait les maux qui affligent la triste humanité; même auprès de votre aimable sœur, il ne pourrait jouir d’une félicité constante.

LE MAJOR, qui se sent de plus en plus frappé , à x mesure que les sentimens d'Eulalie se développent dans cet entretien .

Rien de plus vrai , madame ; et même , pour être plus à

son aise , il a quitté le service pour vivre entièrement à luimême.

E U L A L I E avec un peu d'embarras »

Ici, monsieur le Major l

LE MAJOR

Sans doute, pourvu que la solitude ne lui devienne pas ennuyeuse .

EÜLAL IE reprenant un ton aisé •

Je pense que la retraite , pour celui qui possède un cœUF libre , supplée toutes les satisfactions de la vie.

LE MAJOR

C’est pour la première fois que j’entends l’éloge de la solitude , sortir d’une belle bouche.

Vous me faites-là un compliment aux dépens de mon sexe.

LE MAJOR

La retraite que vous habitez possède-t-elle depuis long* tems une aussi aimable panégyriste l

Je demeure ici depuis trois ans.

LE MAJOR

Et jamais le moindre retour vers les agrémens de la vie l E V L A L I E.

Ah ! jamais, monsieur le Major.

LE MAJOR

De pareils sentimens ne peuvent être que l’effet, ou d’une éducation négligée, ou d’une perfection rare. Votre premier regard ne me permet pas de douter dans laauelle des deux classes il faut vous

E U L A L I E avec Il en est peut-être une troisième, le M A J

Vous me permettrez de vous dire qu’il croire la solitude faite pour vous, qu’il me paraît impossible de vous croire faite pour la solitude» Pour me convaincre du

charme que vous avez l’art d’y trouver , il faudrait que je

fusse témoin de l’emploi de vos momens.

E U L A L I E, comme entraînée involontairement par les idées qui lui lient .

Vous ne sauriez croire, monsieur le Major, avec quelle rapidité le tems s’écoule , lorsqu’une certaine uniformité règne dans notre façon de vivre. Les heures de chaque matinée rappellent exactement celles de la veille. Les mêmes charmes renaissent avec les mêmes occupations. Lorsqu’à la fraîcheur d’un matin, je vais, au milieu de la prairie, jouir de la vue du beau soleil levant, mon ame est ravie à ce spectacle délicieux; les habitans des campagnes reprennent leurs rustiques travaux ; les troupeaux quittent leur bergerie; le laboureur se rend aux champs, et me souhaite , en passant, un bon jour amical. Tout vit, tout s’anime, tout est joie. Lorsque, pendant une heure, j’ai été témoin de ce spectacle ravissant , je me livre à mes occupations particulières , je me trouve à la moitié du jour sans m’en être apperçue; et le soir, je me promène du jardin au parc , du parc à la praiçie; j’arrose mes fleurs, je cueille des fraises ou d’autres fruits. Je me plais à regarder les jeux et les danses d’une jeunesse aussi simple daps seâ amusemens , que pure dans ses mœurs,

LE MAJOR

Fort bien J Voilà Ips ressources de l’étê; mais l’hiver , l’hiver !

Mais l’hiver n’est pas sans agrémens; et quand ses rigueurs ne nous permettent pas d’en braver les frimas, on se renferme, on ouvre la bibliothèque, et l’on mêle aux soins domestiques des lectures agréables et solides, jusqu’au retour du printems,

LE MAJOR

Mais encore, peut-on désirer de voir quelquefois un© figure humaine,

Mm U o’e« manque point ici, raoasieur le Major; l’œil

ET REPENTIR. sa»

s'arrête volontiers sur des physionomies riantes, qui respirent à-la-fois la joie, la santé , le plaisir et l’innocence.

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