‹ Misanthropie et repentirChapitre 7 sur 57 · L’ INCONNU, FRANTZ · texte numérisé non relu

L’ INCONNU, FRANTZ

H É bien ! monsieur ?

L’INCONNU

Que veux-tu !

FRANTZ

Votre défiance était injuste. Avez-vous encore conservé quelques doutes ?

L’INCONNU. -

Je ne veux rien entendre. ( Se levant et parlant avec humeur .) Cette madame Miller, qui est-elle? Pourquoi ce nom vient-il sans cesse frapper mon oreille ? Je ne l’ai point encore vue; mais par-tout ou je vais, elle y a déjà été. FRANTZ.

Hé bien ! monsieur, cela doit vous faire plaisir.

L’INCONNU

Plaisir !

FRANTZ

Mais , sans doute. Vous devez être charmé qu’il se trouve encore au monde des âmes bienfaisantes.

L’INCONNU

Ah ! oui.

FRANTZ

Vous devriez chercher à faire sa connaissance.

l’inconnu avec ironie .

Faire sa connaissance !

FRANTZ

Pourquoi pas? Je T ai vue’ une seule fois dans le jardin Cest une belle femme.

Tant pis! la beauté n’est qu’un masque trompeur.

La sienne paraît être le miroir de son ame. Sa bienfaisance.... l’inconnu.

Ah 1 ne me parle pas de sa bienfaisance. Toutes les femmes veulent éblouir et nous surprendre oujpar quelques avantages Ou par quelques singularités. Celle-ci peut n’être cp’une adroite hypocrite.

Et pourvu que le bien se fasse, qu’importe comment il sè fait l

Cela n’est pas égal.

Cela est du moins indifférent pour le pauvre vieillard. l’inconnu.

Tant mieux! Il peut donc se passer de mon secours.

C’est ce qu’il faut savoir-*

Et comment l

Madame Miller a pu l’aider dans ses besoins les plus pressés; mais lui a-t-elle donné et pu donner assez pour racheter le soutien de sa vieillesse ^

l’inconnu.

Ma’s; tais-toi, je n’ai rien à lui donner. (Après un silence, ët avec? une ironie amère ;) Tu prends chaudement lés intérêts de ce vieillard. T’entendrais-tu avec lui?

F R A N T Z , avec un sentiment douloureux .

Mon maître !... Cette idée-là ne sort point de votre cœur! l’inconnu, avec bonté , et tendant la main à- Frantt . Hé bien ! pardonne-le-moh

ET PEPENTIR. Té

F R A N T Z , lui baisant la main.

Mon pauvre maître ! il faut que vous ayez été cruellement joué par les hommes, pour qu’ils soient parvenus à vous inspirer cette horrible misantropie, à faire naître dans cette ame le doute de toute vertu, de toute droiture?

L’ I NCO N NU.

Tu l’as dit: laisse-moi, laisse-moi.

( lise rejette sur un banc de gazon , reprend son livre et lit.')

FRÀNTZ, à lui-même , considérant son maître.

Le voilà plongé dans sa lecture. C’est ainsi qu’il passe toutes ses journéi^Pour lui , la nature est sans charmes , la vie est sans attraits. En trois ans, je ne l’ai pas vu sourire une seule fois. — Gomment cela finira-t-il î Par un suicide? Je le crains. — S’il pouvait s’attacher à une créature vivante, ou du moins cultiver des fleurs! mais non : il lit, rien de plus; et s’il ouvre la bouche, c’est pour en laisser sortir un torrent d’imprécations contre tout le genre humain, L’INCONNU lit haut.

« Là, tout se retrace à notre esprit; d’anciennes pkies ss » r’ouvrent; tout ce qui, dans les tems antérieurs, ébranla violemment nos fibres, et laissa des traces profondes dans » notre imagination , est un fantôme qui nous poursuit san& » relâche, et nous tourmente dans la solitude» !

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