‹ Miscellanées bibliographiques (volume 2)Chapitre 100 sur 101 · LES PETITS VERS OUBLIES · texte numérisé non relu

LES PETITS VERS OUBLIES

[uELdUES courtes poésies, très variées, et d'époques diverses^ accompagnées de fragments de chansons, naguère à la mode, composeront notre nouveau bouquet. Il 's'agit, comme la première fois, d'une simple cueillette, faite çà et là, au hasard des souvenirs, dans le champ, si vaste et si âeuri, de l'esprit français. Donner un aperçu des jolies choses qui charmaient nos aïeux, et que dédaigne beaucoup trop la génération présente, voilà notre but. La politique, sans cesse envahissante, est en train de tuer la grâce et la gaité : la poésie devient donc bien malade !

Ce coup d'œil, sur les petits vers du passé, distraira sans doute un peu de la prose de maintenant, en général si sèche et si positive.

Commençons par un huitain que François P^ improvisa, lors de sa visite au tombeau de la belle Laure, célébrée, comme on sait, par Pétrarque, en des vers immortels :

En petit lieu compris, vous pourrez voir Ce qui comprend beaucoup par renommée ; Plume, labeur, la langue et le devoir Furent vaincus par Taimant de l'aimée.

* Voir pages 6 à 13 de ce volume.

O ! gentille âme, estant tant estimée Qui te pourra louer qu'en se taisant? Car la parole est toujours réprimée, Quand le sujet surmonte le disant.

Le joyeux et spirituel président de Brosses déclare, dans ses Lettres familières^ qu'à son avis, ce morceau ne serait pas trop bon, si Marot l'avait signé ; tnais il ne le trouve pas sans mérite, venant d'un roi. Ce sont là, en effet, de forts jolis vers di amateur!

On dit, assez légèrement, de deux époux déraisonnables à l'envi : Ce n'est qu'un mariage de gâté. L'épigramme suivante, de Tabourot (XVI* siècle), fait allusion à ce proverbe :

Comme on traitait le mariage

D'une maligne et d'un malin,

Un des parents dit : C'est dommage,

Ils se battront soir et matin.

Non, dit un d'entre eux, le plus sage,

Il les faut mettre ensemble, afin

Que du moins ce couple mutin

Ne puisse troubler qu'un ménage.

Le galant poète Gombauld, l'un des fidèles de l'hôtel Rambouillet^ avait une sorte de culte pour la reine Marie de Médicis, qui, du reste, témoigna toujours à l'auteur d^Endymian une très grande bienveillance. Voici un sonnet de Gombauld, adressé à la reine ; il mérite, croyons-nous, d'être ressuscité, quoique un peu précieux :

S'il est vrai que Philis ne regarde personne, Lorsqu'elle ne voit point l'objet de son amour ; S'il est vrai qu'elle est seule au milieu de sa cour Et ne s'aperçoit pas de ce qui l'environne ;

Amant, heureux amant, digne d'une couronne, Dont ses augustes yeux demandent le retour,

Qui retarde tes pas ? Quel aimable séjour,

Quel pouvoir te retient ? Quelle main t'emprisonne ?

Non, tu ne manques pas ni d'amour ni de foi ; Tu sais bien que Fhilis n'a des yeux que pour toi, Et que chacun se plaint de son indifférence ;

Mais un secret effroi cause tes déplaisirs :

Tu sens que son amour n'a rien que l'apparence;

Que son cœur est contraire à ses propres désirs.

Cet ingénieux sonnet-énigme, paru sans nom d'auteur, doit dater du dix-septième siècle :

Je suis en liberté sans sortir de prison, Je suis au désespoir sans quitter l'espérance; Quoique dans le péril, je suis en assurance. Je parais à l'armée et suis en garnison.

J'ay part sans lâcheté mesme à la trahison.

Je suis à la richesse autant qu'à la souffrance ;

Je préside à la rime ainsi qu'à la raison.

Et, dernière en faveur, je suis seconde en France.

Comme il n'est rien de grand ni durable sans moy,

Je suis dedans la cour et dans l'esprit du roy,

Et c'est à moy qu'il rit, qu'il s'entretient, qu'il s'ouvre.

J*assiste à son coucher, j'assiste à son réveil ;

Il me souffre à Versaille, à Saint-Germain, au Louvre,

Mais me laisse à la porte en entrant au conseil.

n s'agit, tout simplement, de la lettre R ; le lecteur perspicace, et la lectrice, amie des distractions innocentes, l'ont, sans doute, deviné déjà.

En 1720^ les Parisiens^ à bon droit mécontents du Régent, et surtout du financier Law et des agioteurs, selon Tusage se consolaient à demi en chantant. Voici l'un des couplets qui faisaient fureur à cette époque ; la fin nous semble d'une ironie on ne peut mieux réussie et, au fond, passablement amère :

Accablés de malheurs, menacés de k peste^ Grand saint Roch, notre unique bien,

Ecoutez un peuple chrétien :

Nous ne craindrons rien de funeste; Venez nous secourir, soyez notre soutien, Détournez de sur nous la colère céleste.

Mais n'amenez pas votre chien ;

Nous n*avons pas de pain de reste.

Le docte Fontenelie a composé de bien agréables vers galants, — que personne, hélas ! ne lit plus. Reproduisons, du moins, cette petite pièce, vantée, il y a quarante ans, par Sainte-Beuve, dans une lettre familière, adressée à un épicurien : « C'est là un titre pour Fontenelie auprès de tous cbux qui ont alcôve et jolie figure dedans ! »

Avec sa mine renfrognée, Elevé sur ma cheminée, Descartes dit : • Messieurs, c*est moi Qui dans ces lieux donne la loi. > Mais, au fond d*une alcôve obscure, Se cache une aimable figure.

Qui se moque du ton qu'il prend Et dit tout bas : O rignorant l

Incontestablement, le dix-huitième siècle est le plus riche en verselets tendres ou joyeux, ironiques ou galants ; à cette époque, l'esprit courait les ruelles ; à présent on assure qu'il court les rues. Est-ce bien certain ? En tout cas, l'esprit aimable, élégant, n'est plus aussi à la mode qu'au temps jadis. On ne pone point de poudre, on ne soupe guère, et l'on ne cause plus. — Onparle^ et c'est bien différent ! Autrefois, la frivolité gracieuse jouait peut-être un trop grand rôle; maintenant est-on beaucoup plus sérieux, parce que l'on discute avec acharnement, avec

aigreur, à tort et à travers, très souvent ; à propos de tout — et à propos de rien ?

Qiie dites-vous, lecteur, de cette épître badine de Dorât, adressée à un Ami^ au comûiencement d'avril 1763 :

De quel poids on est soulagé, Lorsque Ton perd une maîtresse 1 Enfin, ami, le charme cesse, Je suis heureux, j'ai mon congé.

Ris avec moi de ma disgrâce, Les regrets ne mènent à rien.

Laîs ne laisse aucune trace Dans un cœur formé sur le tien.

Tout m'amuse et rien ne me lie.

Il faut pourtant en convenir, Laïs est jeune, elle est jolie :

C'est pour cela que je Toublie ; On risque à s'en ressouvenir.

Que je hais ce front où respire L'intéressante volupté, Cet art de tromper, de séduire, Si semblable à la vérité.

Et sa folie et sa gaieté Et les grâces de son sourire !

Qpe je dédaigne^ s'écrie encore le poète, sa chevelure flottante ;

Ce sein qu'Amour sait embellir.

Qui s'enfle, s'élève, ou s'abaisse Au moindre souffle du désir.

Où la rose semble fleurir Sous la bouche qui le caresse ;

Ses caprices, « ce feu dont son œil étincelle, » et sa voix, si touchante,

Qui jure une ardeur éternelle A cinquante amants à la fois !

Et « raimable » auteur des Baisers, après avoir déclaré qu'il déteste, qu'il abhorre sa délicieuse maîtresse, hélas ! infidèle (mademoiselle Dubois), s'écrie tout à coup, avec autant de chaleur que de vérité :

Mais c'est trop m*en entretenir;

Car, à force de la haïr,

Je pourrais bien l'aimer encore.

Connaissez-vous de plus charmants petits vers que les couplets du Lendemain, de Dufresny ? Puisqu'ils nous reviennent à Tesprit, faisons-leur place avec empressement :

Philis, plus avare que tendre, Ne gagnant rien à refuser, Un jour exigea de Clitandre Trente moutons pour un baiser.

Le lendemain, nouvelle affaire :

Pour le berger le troc fut bon, Car il obtint de la bergère Trente baisers pour un mouton.

Le lendemain, Philis, plus tendre.

Craignant de se voir refuser, Fut trop heureuse de lui rendre Trente moutons pour un baiser.

Le lendemain, Philis, peu sage, Aurait donné moutons et chien Pour un baiser que le volage A Lisette donna pour rien.

On se le rappelle^ c'est à l'auteur du Lendemain que le Roi-Soleil disait un jour : Pauvreté n'est pas vice I — Ob I non. Sire, répondit le poète (souvent maltraité par la fortune) ; c'est bien pis»

Hélas I on ne peut tout citer. Voici, néanmoins, du

dix-septième siècle également, deux épigrammes^ que nous n'avons pas le courage de passer sous silence. Elles sont du malicieux et jovial Saint-Pavin, qui disait volontiers de son esprit :

Je l'ai vif dans les réparties Et plus piqua at que les orties.

Les coquettes sémillantes, auxquelles le poète s'adressait, ont dû lui garder rancune de ses jolis vers :

Le changement vous est si doux, Que, quand on est bien avec vous, On n'ose s'en donner la gloire.

Celui qui vous peut arrêter A si peu de temps pour le ctoire, Qu'il n'en a pas pour s'en vanter.

La seconde épigramme, passablement légère, est encore plus ncérée :

Vous voulez en femme d'honneur Me refuser le point suprême :

Vous marchandez à qui vous aime L'entier abandon du bonheur.

Mais allez, vous avez beau faire Et triompher d'un air sévère Quand de là je reviens battu ; Au lieu du tout, si Ton ne donne Qu'une moitié de sa personne, On n'est qu'une demi-vertu.

Oublierons-nous M"* Deshoulières ? Non, certes. On ne la connaît guère aujourd'hui que par quelques pastorales et, si vous parlez d'elle, chacun songera aussitôt, en souriant , à ses a chères brebis^ » et aux « pris fleuris qu'arrose la Seine. »

Jtani Wbk qM «oi dm ta jonc ninii.

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VBi «*M «H «M. dl» f «tt bodh ;

Qn^ Il mt «Il Uni eM«Mr ci^VHMi Utm.

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Ceh aVil4 pas ibm «d qne pea "**«**'*q^ ï SncBOOS m dis-luàîène siède^ et ne k qi

hftir »nai te fO«ir, à titoos, sans votr goutte, S«as songer seolancnt à d^nander sa route. Aller lie chute en chute, et, se tninaut ainsi, Fure un tiets du dtemin iuscju^ prés de midi ; Voir sur sa rite alors s'amasser les nuages. Dans un sable mouTant préd[Mter ses pas, Courir, en essuyant orages sur orages.

Vers un but incertain oti Ton n'arrive pas ; Détrompé, vers le soir, chercher une retraite, ArriTcr haletant, se coucher, s*endomtîr, On an«lle cela naître, YÎvre et mourir : La volonté de Dieu soit Ëute !

Pauvre Floiîan ! (fZorûuKt, disait Vt^Eaire) sa douceur inaltèraUe lui valut luguèrc pins d'une épïgnnune ! Celle de Le BniD, fan amusante, mirite d'être cooservie :

Dans ton beau roman pastoral, Avec tes moutons pêle-mêle, Sur un ton bien doux, bien moral, Berger, bergère, auteur, tout bêle.

Puis bergers, auteur, lecteur, chien, S'endorment de moutonnerie.

Pour réveiller ta bergerie.

Oh ! qu'un petit loup viendrait bien 1

Le loup n'est jamais venu. On n'en trouve pas un seul dans les œuvres complètes de l'heureux Florian. Mais qu'importe ! ses livres sont, en revanche, pleins de pages gracieuses, et il nous semble entendre encore notre grand'tante fredonner, de sa voix claire, les jolis couplets d'Estelle et Nimorin :

Ah ! s'il est dans votre village, Un berger sensible et charmant...

Parmi les confrères du chevalier de Florian^ l'un de ceux qui le plaisantaient le plus volontiers^ le spirituel et mordant Rivarol, a rimé de bien jolies épitres en l'honneur de sa maltresse, nommée Manette, une brave et appétissante fille, au franc sourire et aux mains un peu rouges. — Jugez-en par cet échantillon :

Vous dont l'innocence repose

Sur les plus aimables pivots,

Pour qui tout livre est lettre close.

Et qui de tous les miens ne lirez pas deux mots ; Qui, loin de distinguer les vers d'avec la prose, Ne vous informez pas si les biens ou les maux

Ont l'encre et le papier pour cause, S'il est d'autres lauriers ou bien d'autres pavots

Que ceux qu'un jardinier arrose, Et qui ne connaissez de plumes qu'aux oiseaux ;

Vous qui m'olfret souvent l'aide de vos i Dans les difficultés que l'étude m'oppose, Ou quelques bouts de fil pour coudre mes propos. Ah! conservez- moi Irien tous ces jolis zéros

Dont votre lÉie se compose.

Si jamais quelqu'un vous instruit,

Tout mon bonheur sera détruit,

Sans que vous y gagniez grand'chose.

Ayez toujours pour moi du goût comme un bon fruit, ^^

Et de l'esprit comme une rc

On connaît trop le quatrain sur le Secret du marquis de Saint-Auhire, pour que nous le placions ici. (Ce madrigal, dit-on, lui valut un fauteuil h l'Acadéniie), — En voici un, moins célèbre, du même auteur, adressé également à la duchesse du Maine, — la Dame de Sceaux. — M. de Stm^Aalai^e «vait ajprs guatc^-ffin^t?^ ms, et h dndiesse loi cooNÏllak'gnéQwat (l*fl4«if êobBne'de, à confesse :

Ma Bergère, j'ai beau chercher, Je n'ai rien sur ma conscience.

De grâce, faites-moi pécher :

Après je ferai pénitence.

Et U Bergère de riposter, avec un aplomb railleur :

Si je cédais k ton instance.

On te verrait bien empêché, Mais plus encore du péché Que de la pénitence.

Le roi de Danemark, ayant envoyé à Voltaire, en mars 1767, un secours de quatre cents ducats, pour la famille Sîrven, — qui se trouvait dans un cas presque analogue à celui des Cûlas, et que l'illustre philosophe protégeait, —

reçut^ en échange^ du chantre de la Henriade, les admira-blés vers suivants :

Pourquoi, généreux prince, âme tendre et sublime.

Pourquoi vas-tu chercher, dans nos lointains climats,

Des cœurs infortunés que l'injustice opprime ?

C'est qu'on n'en peut trouver au sein de tes Etats.

Tes vertus ont franchi, par ce bienfait auguste,

Les bornes des pays gouvernés par tes mains,

Et partout où le ciel a placé des humains.

Tu veux qu'on soit heureux, et tu veux qu'on soit juste.

Hélas ! assez de rois, que l'histoire a faits grands.

Chez leurs tristes voisins ont porté les alarmes :

Tes bienfaits vont plus loin que n'ont été leurs armes....

Ceux qui font des heureux sont les vrais conquérants 1

M. le prince de Condé, en septembre 1767, donna, à Chantilly, une fête splendide. Entre autres surprises, il y eut celle d'un Amour, qui, au dessert, sortit d'un ananas. Un nain, âgé de douze ans, et d'une figure charmante, remplit le gracieux rôle du malin Cupidon, et chanta des couplets de Poinsinet (l'auteur du Cercle)y sur Tair :

Il faut j quand on aime une fois y aimer toute sa vie.

Voici cette chansonnette^ fort bien troussée :

Sous différents traits tour à tour,

J'ai paru pour vous plaire, Mais à vos regards en ce jour

Je m'offre sans mystère :

Reconnaissez en moi l'Amour

Qui cherche ici sa mère.

Mais dans mon cœur, en ce moment.

Je sens un trouble naître :

Ici chaque objet est charmant...

Ah ! que le tour est traître !

Maman, maman, maman, maman.

Comment vous reconnaître?

Vous refuMi de m'éclaircir,

De me trBter ma route T Chacune ntme h me voir souffrir ■

Vous riei de mes doutes ; Eh bien I je vais vous en punir...

Je vous aJopic toutes.

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Canfink Sainte Du Bocage.

I. 'Amour même aujourd'hui se plaint Que, dans mon coeur étant fêtée.

Elle ne fut 4)ue respectée. Ah I que je suis un pauvre saint 1

Les alênes couplets suivants, soi madame Du Bany, parurent en mars 1769. Ils sont attribués au dac de >nvernais, qui, cènes, était (on capable de les écrire. Air : Fous qui vous moquti par vos ris.

Lisette ! ta beauté séduit

Et charme tout le monde.

En vain ta duchesse en rougit

Et la princesse en gronde :

Chacun sait que Vénus naquit

De l'ccume de l'oodc.

En vit-elle donc moins les dieux

Lui rendre un juste hommage.

Et Paris, ce berger fameux,

Lui donner l'avantage Même sur la reine des cieux

Et Minerve la sage ?

Dans le sérail du Grand-Seigneur,

Quelle est la favorite ?

C'est la plus belle au gré du cœur

Du Maître qui l'habite ; C'est le seul titre en sa faveur^

Et c'est le vrai mérite.

La spirituelle fable d'Hof&nann, sur la Nouveauté, est pleine de justesse. Nous croyons qu'on la retrouvera ici avec plaisir :

Au bourg où régne la Folie, Un jour la Nouveauté parut :

Aussitôt chacun accourut ; Chacun disait : Qu'elle est jolie !

c Ah ! madame !a Nouveauté^ t Demeurez dans notre patrie :

f Plus que l'esprit et la beauté, « Vous y fûtes toujours chérie. »

Lors la déesse à tous ces fous Répondit : c Messieurs, j'y demeure ; t Et leur donna le rendez-vous Le lendemain, à la même heure.

Le lendemain elle parut Aussi brillante que la veille ; . Le premier qui la reconnut S'écria : Dieux, comme elle est vieille !

Les Français ont toujours excellé dans la chanson frondeuse. Celle qui courut, il y a un siècle, sur le duc de

I fioutUon, alors en traîn de se ruiner pour une actrice 4e ' ropéri, M"* La Guerre, a beaucoup dc brio ;

Bouillon est preux ci v&illaat,

Il aime la Guerre; A tout autre amusement

Son cœur la préfère ; Ma foi, vive uo chambellao Qui loujours s'en va disant :

Moi, i'aime la Guerre, au gué,

Moi j'nitne la Guerre.

iUni, qni le cnfni / :

' EUo « pour Ittl dM qipM ■ ' ' i -it:*.!.'/: -A:-..'

Qnt pour <r«itm elk n'a pu. .

M"* DugazoD, de la Comédie italicaoe, fnt cilibrèe dans le même temps. Elle possédait tme beauté fort piquante, et sonjeu était plein d'esprit.

C'est pour l'indolente richesse Que l'on înveaules sophas, Mais vers ce lit de U mollesse Mes désirs ne me portent pas.

Moi, je préfère la nature A tous les coussins d'édredon ; Qui fait le mieux, je vous le jure.

Parler d'amour î C'est : du GofOR.

Davesnc, peintre et poète, a. fait au pastel, en 1774, le portrait de ce duc de Bouillon, si follement épris de La Guerre, et dont aoos parlions tout à l'hcitre. n aàsa M

JDavesne de pedts vers, fort gracieux et très peu connus ; on les relira, sans, doute, volontiers :

Plus n'est le temps où de mes seuls couplets

Ma Lise aimait à se voir célébrée.

Plus n'est le temps où de mes seuls bouquets

Je la voyais toujours parée.

Les vers que Tamour me dictait Ne répétaient que le nom de Lisette,

Et Lisette les écoutait.

Plus d'un baiser payait ma chansonnette. Au même prix qui n'eût été poète !

 propos de rimes galantes, il faut reproduire cette jolie

improvisation de Voltaire, en l'honneur de Mademoiselle de

Varicourt, qui épousa, à Ferney, M. le Marquis de Villette

Il est vrai que le dieu d'amour, Fatigué du plaisir volage, Loin de la ville et de la cour, Dans nos champs a fait un voyage.

Je l'ai vu ce dieu séducteur :

Il courait après le bonheur.

Il ne l'a trouvé qu'au village.

Et ce sixain, de M. de Langeron, sur le prince de Ligne (1790), n*est-il pas très réussi ?

De Mars et d'Apollon tu vois le favori|

Et de Vénus le serviteur fidèle.

Es-tu bon citoyen ? Ce sera ton ami^ Es-tu soldat ? Ce sera ton modèle.

Es-tu triste ? Ses soins calmeront ta douleur. Es-tu femme? bientôt il sera ton vainqueur.

La princesse de Condé, dans une réunion intime qui eut lieu (en 1782) chez M*"* la duche^sç dç Çp^bon, remplit

Bans hésitation et à men-eille quatre bouts rimes, 1 mots étaient fanlaisif, amour, folie, vautour :

N'avoir jamais d'amour, telle est ma fantaisie ; Je crains trop les transports d'uc dangereux uaonTf Et j'évite ce Dieu guidé parlafbUe, Comme l'oiseau timide évite te vautour.

mt la

ièrea ]

Ne quittons point les Condé sans remettre en lumière sixain, inscrit naguère à Chantilly, au bas d'une statue représentant un enfant qui tient en sa main un coeur flsmnié:

N'ofiinat qu'un cceur à la beauté^. tt. \f - Ausu nu que la vérité', ■ .. ^ ,^-

** ' ' Sans armes comme l'innocence. Sans ailes comme la coustaccc, Tel fut l'amour au siècle d'or:

On ne le uouve plus, mais on le chercbeeiuor.

La séduisante madame d'Houdetot, — o Tot^ct » d'une si violente passion de Jean- Jacques Rousseau, — a composé des vers qui font, tout à la fois, l'éloge de son cœur ce de son esprit. Cette pièce donnera une juste idée de sa manière :

Oh ! le bon temps que la vieillesse I Ce qui fut plaisir est tristesse.

Ce qui fut rond devient pointu, L'esprit même est cogne-fétu.

On entend mal, on n'y voit guère, On a cent moyens de déplaire ; Ce qui charma nous semble laid ; On voit le monde comme il est.

Qui vous cherchait vous abaadonne :

Le bon sens, la froide vertu Chez vous n'attirent plus personne.

Oa se plaint d'avoir trop vécu.

Mais, dans ma retraite profonde, Qu'un seul ami me reste au monde.

Je croirai n'avoir rien perdu.

Nous ne résistons pas au plaisir de citer aussi ce madrigal en l'honneur de la duchesse de La Vallière, attrayante encore à cinquante ans sonnés :

La nature prudente et sage Force le temps à respecter Les charmes de ce beau visage.

Qu'elle n'aurait pu répéter.

Œateaubriand raconte, dans ses Mémoires d^Outre^Tombe, que cette aimable comtesse d'Houdetot» qui fut toujours si fidèle à ses affections, et, tout paniculièrement, à Saint-Lambert, ne se couchait point qu'elle n'eût frappé trois fois à terre avec sa pantoufle, disant à feu l'auteur des Saisons : Bonsoir, mon ami 1

Le comte d'Houdetot rimait, lui aussi, à ses moments perdus. Ce quatrain, au bas du portrait de son petit-fils, Georges Malherbe, prouve que la Muse « avait pour lui des sourires » :

Cher petit chérubin, un baiser t'a fait naître. Par un baiser un jour tu transmettras ton être. Puisse un baiser d'ami, plus tard fermant tes yeux. De baiser en baiser te reporter aux deux !

Parmi les spirituelles beautés, si nombreuses, du dixhuitième siècle, l'une des plus adorables a été, sans contredit, la comtesse de Sabran, qui épousa, en 1792,1e marquis Stanislas de BoufRers (d'abord l'abbé, puis le chevalier de Boufllers), très apprécié de tous les amateurs de poésies gra-

deuses et légères. On nous saura gré de citer d'elle une bien jolie définition :

Pourquoi Tamour est-il donc le poison, Et Tamitiê le charme de la vie ?

Cest que Tamour est fils de la folie, Et l'amitié fille de la raison.

Le huitain suivant a été fait sur une autre charmante femme» de la même famille. M*"* la duchesse de Bouffiers (née de Villeroy), qui avait l'esprit vif... et le cœur tendre ! U est intitulé : La Semaine de M^ de Bouffiers :

Dimanche je fus aimable, Lundi je fus autrement, Mardi )e pris Tair capable, Mercredi je fis Ten&nt, Jeudi je fus raisonnable, Vendredi j'eus un amant , Samedi je fus coupable, Dimanche il fut inconstant.

Lord Georges Keith d'Âthry, maréchal d'Ecosse, im* provisa un jour ces vers, — tournés, à tous égards, à la

française :

Un trait lancé par caprice M'atteignit dans mon printemps ; J'en porte la cicatrice Encor sous mes cheveux blancs.

Craignez les maux qu'amour cause, Et plaignez un insensé Qui n'a point cueilli la rose Et que Tépine a blessé.

Le même auteur a traduit, en vers blancs, un délicieux quatrain, plein de noblesse et d'émotion, qui avait été composé par son père, sur lui, et en anglais :

Quand vos yeux, en naissant, s'ouvraient à la lumière, Chacun vous souriait, mon fils, et vous pleuriez. Vivez si bien, qu'un jour, à votre dernière heure. Chacun verse des pleurs et qu'on vous voie sourire.

Au siècle dernier, tout était prétexte à improviser de petits vers, tantôt aimables, tantôt badins et tantôt satiriques. Lors de la première représentation de Richard Cœur de Lion, par exemple (1785), M. de la Croix rimait en toute hâte, le compliment suivant, très légitime d'ailleurs :

Ceux-ci font bien, ceux-là font vite, Le plus grand nombre ne fait rien ; Mais Grétry seul a le mérite De faire beaucoup, vite et bien.

 la même époque, le magnétisme, après avoir fait fureur, tombait en discrédit, et cette épigramme était fort

à la mode :

Le magnétisme est aux abois i La Faculté, l'Académie, L'ont condamné tout d'une voix Et l'ont couvert d'ignominie.

Après ce jugement bien sage et bien légal, Si quelque esprit original Persiste encor dans son délire.

Il sera permis de lui dire :

Crois au magnétisme... animal.

Ce madrigal de M. de Ségur, adressé à M°** de Luxembourg, complétera notre gerbe. C'est un éloge ironique du loto, que nos pères cultivaient volontiers :

Le loto, quoi que l'on en dise, Sera fort longtemps en crédit ; C'est l'excuse de la bêtise Et le repos des gens d'esprit.

— ija —

Ce )eu vraiment philosophique Mec tout le inonde de niveau ; L'amour«propre si despotique Dépose son sceptre au loto.

Esprit, bon goût, grâce et saillie Seront nuls tant qu'on y jouera.

Luxembourg, quelle modestie, Quoi i vous jouez à ce jeu-là I

Selon l'usage^ les réflexions malicieuses, en prose et en vers, n'ont converti personne ; après cent ans, on croit encore au magnétisme (non sans quelque raison), et Ton joue toujours au loto.

n est vrai que ce ne sont plus les duchesses qui « tripotent les cartons, » conmie dirait Nana, en belle humeur t

Alexandre Piedagkel.

TABLE

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