‹ Miscellanées bibliographiques (volume 2)Chapitre 99 sur 101 · GIL BLAS · texte numérisé non relu

GIL BLAS

^MAAM^MAA^'^AM

|i le chef-d'œuvre de Le Sage, le chef-d'œuvre du xviu^ siècle , notre ' grand roman national eiifin , comme l'appelait Charles Nodier, est bien connu au point de vue littéraire,, il l'est bien moins, à coup sûr, au point de vue bibliographique. Or, nous avons pensé qu'au moment où les amateurs et les bibliophiles recherchent avec passion les éditions originales, précieuses et rares, de nos classiques, aussi bien que les belles éditions illustrées, il ne serait pas sans intérêt de noter, pour eux et pour nous, celles de Gil Blas qui méritent d'être distinguées. Nous avons cru qu'il était surtout urgent de décrire avec soin les premiers fragments de ce remarquable ouvrage, et de montrer par quelles phases il a passé, pour devenir la grande et complète satire de mœurs que l'on ne se lasse pas de relire et d'admirer. Le Sage a fait à son époque ce que notre grand Balzac a fait au XIX® siècle, en créant cette œuvre immense et complexe qu'il a baptisée du titre immortel de Comidic humaine. Mais Le Sage a procédé d'une façon plus simple, en promenant toujours le même héros à travers toutes les péripéties de son œuvre, et en lui faisant tour à tour endosser tous les rôles ; tandis que Balzac, plus puissant, plus philosophe peut*

ètre^ plus analyste, nous dirons même plus intime observateur, a créé une multitude de types et de héros, dont le rapprochement concourt cependant à former Thistoire critique, presque cruelle, de la société, à notre époque. Selon nous Le Sage est plus universel et son œuvre sera plus durable, parce qu'il a plus généralisé ses observations et les physionomies de ses personnages. Balzac est plus actuel, plus personnel aussi, et sa Comédie humaine restera plutôt comme un monument de l'histoire intime du xdc^ siècle, que comme une satire éternelle, une sorte de code moral de l'humanité ; ce qui est réservé aux œuvres de Molière et à celles de Le Sage.

Une chose digne de remarque, c'est que tous ces hommes de génie ou de talent, surtout ceux que nous venons de citer, n'ont produit leurs œuvres fortes que dans l'âge mûr. Molière avait plus de quarante ans lorsqu'il donna le jour à toutes ses pièces et il en avait près de cinquante lorsqu'il publia ces admirables chefs- d'œuvre qui s'appellent Le Misanthrope, Tartufe, Les Femmes savantes, l'Ecole des femmes,

les Précieuses ridicules, etc Balzac a écrit ses ouvrages les

plus remarquables de quarante à cinquante ans. Le Sage avait quarante-sept ans lorsqu'il commença à publier Gil Blas ; il en avait cinquante-six lorsque parut le troisième volume, que nous considérons, à raison ou à tort, comme la fin du chef-d'œuvre, le dernier volume étant bien inférieur à tous les autres et ne s'y rattachant qu'imparfaitement. Il ne publia le quatrième volume qu'à l'âge de soixante-sept ans.

Nous allons décrire successivement les éditions précieuses et rares de cet ouvrage, et ensuite celles à l'exécution desquelles des artistes de valeur ont prêté le concours de leur talent.

— las —

L'édition originale de Gil Bios parut en 171 5, en 2 volumes in-i2, dont voici la description :

HisTonus II DE II Gil Blas || de Santillane. || Par monsieur Le Sage. || Enrichie de figures. || Tome premier. || (^Fleuron 'composé de fleurs dans un vase entouré d'un treillage). A Paris, Il chez Pierre Ribou, Qjiay des || Âugustins, à la Descente du Pont-Neuf, || à l'Image Saint Louis. || M.DCC.XV. (1 Avec Approbation et Privilège du Roy. ||

In- 12, comprenant : le Titre, 4 flF. préliminaires, pour la Déclaration de l'auteur y la Table des chapitres et Gil Blas au lecteur y et la première gravure, 394 pages, plus i dernier f. non paginé, contenant seulement au recto 6 lignes avec le titre Fautes d'impression. '

Ce volume est illustré de 8 figures, placées aux pages i , 62, 113, 139, 161, 292, 319, 373.

Les feuillets sont signés de A à K k, par cahiers de 8 et de 4 feuillets alternativement. Le dernier cahier seul a 6 feuillets.

On rencontre de très rares exemplaires de ce volume qui portent la date 17 14. (Nous en connaissons deux qui se trouvent chez deux grands bibliophiles de Paris). Cette particularité est d'autant plus curieuse que l'approbation ne fut donnée que le 2 janvier et le privilège que le 20 février

MÊME TrrRE, avec les mots : Tome second. Même date. Seul le fleuron est différent du précédent (le treillage qui entoure le vase de fleurs est plus serré).

In-i2, contenant 4 ff. prélim. pour le titre, la Table des chapitres, V Approbation et le Privilège ; 3 3 S pages chiffrées, plus I dernière non chiffrée, contenant 9 lignes avec le titre Fautes d'impression.

Les figures, au nombre de 9, sont placées aux pages 11, 26, 135, 144, 169, 177, 189, 296,330.

L'approbation est datée du 2 janvier 171 Si et le Privil^e du Roy y du 20 février suivant.

Les feuillets ponent des signatures de A à Ee, aussi par cahiers de 8 et de 4 feuillets liltemativement. Le dernier est composé de 4 feuillets.

Le premier volume comprenait les livres I à III de Gil Blas, le second, les livres IV à VI.

Pendant les années qui suivirent, plusieurs éditions et contrefaçons furent données sur le texte de la première, et ce fut en 1724 seulement que parut un troisième volume, faisant suite aux deux autres, et contenant les livres Vil, Vm et K.

Ce volume est ainsi disposé :

Histoire || de || Gil Blas || de Santillane. || Par M. Le Sage. Il Tome troisième. || Edition nouvelle. || (Fleuron, différent de ceux des deux premiers volumes, ornement d'un dessin tris lourd.^ \\ A Paris, || chez la veuve Pierre Ribou, Quay des II Augustins, || à l'Image S. Louis. || M.DCC.XXIV. || Avec Approbation et Privilège du Roy.

In- 12, contenant 4 feuillets prélim. pour le titre, l'Avertissement, et la Table des chapitres i;. 3 62 pages chiffrées, plus I feuillet non chiffré, au recto duquel se trouvent les Errata, formant 6 lignes avec le titre.

Les figures sont au nombre de 8, placées en regard des pages I, 15, 46, 104, 123, 134, 288, 304. La page 311 est par erreur cotée 211.

Ce ne fut qu'en 1735 9^^ ^^ ^^^ donna les livres X à Xn, qui devaient terminer cette curieuse étude de mœurs.

Le quatrième volume parut avec le titre disposé comme suit :

Histoire || de || Gil Blas || de Santillane. || Par M. Le Sage. Il Tome IV. || (Fleuron, différent des trois autres, et formé d'un large ornement style Renaissance^) || A Paris, || chez Pierre-Jacques Ribou, vis à vis || la Comédie Françoise, à rimage S. Louis. || M.DCC.XXXV. || Avec Approbation et Privilège du Roy.

In-i2, comprenant 4 S. prélim. pour le titre et la Table des chapitres ; 347 pages chiffrées, plus 3 pages non chiffrées, pour l'Approbation, datée du 19 octobre 1733, ^^ pour le Privilège, daté du 8 avril 1734.

Dans ce volume les figures sont signées : Dubercelle in. etfecit. Elles sont au nombre de 8, et se trouvent aux pages 1, 17, 30, 68, 87, 185, 328, 342.

Un exemplaire en édition originale doit donc être composé des quatre volumes que je viens de décrire, savoir : le I" et le 2* tome, datés de 17x5, le 3% de 1724, et le 4*, de 1735.

Tous ces volumes sont d'une grande rareté, on ne connut encore que trois exemplaires ainsi complets.

Lorsque Le Sage eut complété son spirituel ouvrage, par le quatrième volume, on imprima en France et à l'étranger différentes éditions ou contrefaçons, qui ne méritent guère d'être citées et ne doivent pas d'ailleurs trouver place dans cette courte étude.

Ce fut seulement en 1747 que l'auteur lui-même publia une nouvelle édition, ccmiplète et définitive, dont le texte devait servir aux nombreuses réimpressions qui en ont été faites depuis.

Je vais décrire minutieusement chaque volume, afin qu'on

ne paisse pas confondre la vraie édition, corrigée, augmentée de beaucoup (près de loo pagesj et imprimée sous les yeux de Tauteur, avec les autres éditions qui portent la même date.

Voici cette description :

HiSTCHRE II DE || Go. Blas || DE Sanîulane. || Par M* Le Sage. Il Dernière édition revue» et corrigée. || Tome premier. Il {Fleuron) \\ A Paris, jj Par les libraires Associés. | M.DCCXLVn. Il Avec Approbation et Privilège du Roy. |

4 volumes in-12, avec le même titre, disposé de même pour chaque volume. Les fleurons seuls sont tous différents. Les titres sont imprimés en rouge et en noir.

Tome premier : 4 feuillets préliminaires, pour le fauxtitre, le titre, la Diclaratim de VauUur^ et la note intitulée Gi7 Blas au lecteur ; — 402 pages chiffirées, plus 6 pages non chiffrées, contenant la Table.

Les figures, au nombre de 8, sont placées aux pages i, 64, 119, 148, 168, 300, 328, 380.

Au verso du faux-titre se trouvent les noms des libraires assodés, au nombre de dix, que je vais du reste citer plus tard, à la fin de cette description.

Tome second : 2 ff. prélim. pour le faux-titre et le titre; — 342 pages chiffrées et 3 pages non chiffrées contenant la uble.

Les figures au nombre de 9, se trouvent aux pages 1 2, 28,

144. IS7» 174» 179* 197. 304. 338- Tome troisième : 2 ff. prélim. pour le faux-titre et le

titre ; — 381 pages chiffirées, plus 7 pages non chiffirées

pour la table.

Les figures sont au nombre de 8, et se trouvent aux pages

10, 20, 53, 108, 142, 182, 295 et 317.

Tome auATRiÈME : 4 ff. prèlim. pour le faux titre, le titre, là Déclaration de Vauteur et Gil Bios au lecteur. (Ces deux pièces préliminaires, de deux pages chacune, sont exactement les mêmes que dans le tome P% mais le cul-de-lampe minuscule qui se trouve à la fin de chacune, a été tiré dans le tome quatrième, la tète en bas). — 369 pages chififrées, et 10 pages non chiffrées, commençant au verso de la page 369, et contenant la TahU^ Y Approbation et le Privilège.

Les 7 figures sont placées aux pages i, 18, 33, 74, 94, 198, 3S0.

L'approbation est datée du 29 octobre 1738, et signée : Dakchet.

Le privilège, daté du 30 janvier 1739, fiit donné à Jean- Baptiste Juin, libraire à Paris, qui le céda aux libraires associés, le 6 décembre 1740, ainsi que le constate une mention qui se trouve à la suite du privilège.

Les libraires associés dont les noms se trouvent au commencement du premier volume étaient : V* Gandouin, Huart^ Nyon fils, Bordelet, Prault fils, Ganeau, Damonneville, Durand, David le jeune, Qpillau fils. (Dans la mention de cession à eux faite par Juin^ les noms de Durand, David le jeune et Qpillau sont remplacés par ceux de Gabriel Valleyre, Qouzier, David Taîné.)

Il existe sous la même date de 1747, une autre édition, copiée exactement, page pour page et ligne pour ligne, sur celle que nous venons de décrire, et qu'il est facile de confondre avec la première, lorsqu'on ne connaît pas les particularités qui les distinguent. Cette contre&çon est un peu plus mal imprimée que la bonne édition, et on la reconnaît à la disposition des figures, qui sont retournées. Pour ne prendre que la première gravure, on y remarque, par exem-

pie, que le chanoine est placé à gauche, dans la première de ces deux éditions; il est à droite dans la contre&çon.De plus, le premier fleuron gravé sur bois qui se trouve en tète de la première page du roman et qui est le même pour chacun des douze livres, renferme au milieu un petit monument, dans la bonne édition ; dans la mauvaise le fleuron est un simple ornement.

Comme nous ne nous occupons dans cette, note que des belles éditions de Gil Blas^ nous allons passer sous silence quelques éditions assez médiocres qui parurent dans la dernière moitié du XVIII' siècle, et nous arriverons à celle de 1795. Nous omettrons même de décrire celle d'Amsterdam et Leipzig, 1766, quoiqu'elle soit ornée de 32 jolies figures, gravées par Frankendaal.

L'édition la plus belle du XYin*^ siècle, aussi bien au point de vue typographique qu'au point de vue artistique, est sans contredit celle qui fut publiée par Didot, en l'an m, et dont voici la description :

Histoire de Gil Blas de Santillane, par Le Sage. Edition ornée de figures en taille-douce, gravées par les meilleurs artistes de Paris. A Paris, de VimprimerU de Didoi jeune, an III (1795)* 4 volumes in-8.

Les figures, au nombre de 100, sont très jolies et furent gravées sous la direction de Hubert, d'après les dessins de Bomet, Charpentier et Duplessis-Bertaux.

Si l'on a la chance de rencontrer cette édition en grand papier vélin, avec les épreuves avant lettre des figures, on possède un ouvrage précieux et de grande valeur^ car cet état du livre et des figures est fort rare.

L'année suivante on fit paraître une autre édition presque pareille à celle-là pour la disposition du texte, mais illus-

trée de gravures différentes. Les dessins étaient de Monnet, les graveurs s'appelaient Dambrun, Bovinet^ Lingée, Masquelier, Malapeaû, Duparc, Godefroy. Ces figures sont fort jolies; elles sont au nombre de 28 ; le tirage avant la lettre, de même que les exemplaires sur grand papier vélin, sont recherchés et se vendent assez cher. Il en existe aussi des épreuves avant la pagination et avant les noms d'artistes ; cependant quelques-unes n'existent pas à un état de gravure terminée antérieur à celui où les noms d'artistes sont à la pointe sèche.

Ces différents états des gravures sont très rares.

Le texte de cette édition a été tiré de deux façons, en 8 volumes in* 1 8, ou, avec une réimposition des marges, en 4 volumes in-8^. Mais la pagination est toujours la même dans les deux sortes d'exemplaires, de sorte que dans chaque volume in-8^, cette pagination recommence deux fois.

L'illustration de cet amusant roman n'a pas tenté seulement les artistes firançais. Une édition en fut publiée à Londres, en 1809, par les libraires Longman et O*", en 4 volumes in-8, avec 24 gravures anglaises d'après les dessins de Smirke, et ces illustrations peuvent compter parmi les plus belles qui aient été faites pour Gil Blas.

Elles existent à différents états, dont le premier se reconnaît à la légende^ qui est en gros caractères non ombrés, état qu'on désigne par ces mots: « avec la grande lettre grise. » Le second état porte encore une lettre grise, mais les caractères en sont beaucoup plus petits; cet état est « avec la petite lettre grise. » On rencontre quelques rares exemplaires de ces deux états sur papier de Chine.

Après ces deux tirages la petite lettre fut ombrée et les

ipreuves, quoique bonnes encore, sont bien inférieures lui précédentes.

Les belles éditions modernes de Gil Bios sont assez connues pour qu'il soit inutile de les décrire. Nous tenons cependant à citer celle qui parut en 1835, chez Paulin, xtk de jolies et très nombreuses vignettes dans le texte, gravées sur bois d'après les dessins de Jean Gigoux, l'un des premiers artistes romantiques. Il fut tiré de cette édition, cnua volume grand in-S", quelques exemplaires sur papier de Chine, dans lesquels les épreuves sont plus belles. Co exemplaires sont fort recherchés.

Les mêmes vignettes reparurent en 1846, dans une é^ tion donnée par les éditeurs Dubochet et Le Chevalier, Édition qui mérite d'être citée parce qu'on y ajouta une traduction de îji^rille de Tonnes, illustrée de 10 gracieuses et spirituelles figures de Meissonier, finement gravées sut bois, lesquelles se trouvent là en premier tirage.

Quand nous aurons mentionné l'éditioa nouvelle en 4 volumes, publiée en 1879 par l'Académie des Bibliophiles et imprimée par D. Jouaust, avec treize jolies eaux-fortes de R. de los Rios, nous croirons avoir tant bien que nul atteint notre but, qui est de faire connaître les plus précieases, les plus belles et les meilleures éditions du chef-d'txant de Le Sage. 0'aill«^rs nous espérons revenir un jour pbs longuement sur ce sujet, en publiant une bibliograptùe compUte des œuvres de ce grand écrivain, si spirituel et a français malgré ses sujets et ses héros espagnols; à moins qu'un bibliographe plus compétent et plus autorisé ne nons ait devancé dans cette tiche.

Jules Le Petit.

Page 1