‹ Miscellanées bibliographiques (volume 2)Chapitre 60 sur 101 · DU X* AU XV* SIÈCLE · texte numérisé non relu

DU X* AU XV* SIÈCLE

ous donnons ce titre aux études qui vont suivre, parce que la petite ville de Bergues, en Flandre, a été un centre intellectuel important.

M. Bonvarlet, un érudit de Dunkerque, a rappelé notre attention sur ce remarquable fait historique, en nous adressant récemment une lettre conçue en ces termes :

« Vous connaissez Tintensité du mouvement littéraire dont Bergues fut le centre au XV* et au XVI* siècle. Plusieurs de vos ouvrages gardent la trace des études que vous avez dû faire pour apprécier cette époque brillante des annales de la ville de Saint-Winoc ; mais vous êtes-vous préoccupé du point initial de ce foyer lumineux qui de Bergues rayonna sur toute la West-Flandre, et qui se montra chez nous plus énergique peut-être que dans les grandes cités de Gand, de Bruges et d'Ypres ? Je ne le pense pas, et

je crois vous être agréable en vous disant que les Frères de la vie Commune, ces maîtres qui, à certains égards, furent dans les Pays-Bas et pour la dernière période du moyenâge comme pour l'époque de U Renaissance, ce que devaient être plus tard et avec une plus grande notoriété les religieux de saint Ignace, avaient à Bergues une maison où Despantère, que vous connaissez si bien, se distingua. Cest à la chronique de Le Mire, que Sanderus, T. i. p. 333 de la 2' édition, emprunte ce détail. A quelle époque les Frères de la vie Commune s' étaient-ils fixés à Bergues ? Je ne saurais vous le dire. Les statuts de ces religieux avaient été approuvés dès 1376 par le pape Grégoire XI; mais ce ne fut évidemment que plus tard que la fondation de leur maison eut lieu chez nous. Je crois même pouvoir supposer qu'elle dut s'effectuer dans la période comprise entre la création de l'Université de Louvain et la vulgarisation, sinon l'invention de l'imprimerie. Quelque abbé de Saint- Winoc, après avoir appris, de la bouche de l'un de ses jeunes moines rentré au monastère avec un diplôme de maître es arts ou de bachelier, les prodiges réalisés par les Frères de la vie Commune, aura voulu doter le West-Qpartier de ces instituteurs qui, dans les Pays-Bas orientaux, produisaient d'aussi merveilleux résultats : ce fut évidemment à l'ombre de la puissante abbaye bénédictine que s'éleva et grandit peu à peu la modeste maison destinée à susciter dans notre contrée toute cette pléiade de savants» d'humanistes et de philologues.

Grâce aux humbles frères de Bergues, une espèce de rayonnement eut lieu. Hondschoote, Isenbergue, Wormhoudt, plus loin Boeschepe, Estaires, Bailleul, Comines, Menin, etc.' devinrent autant de foyers lumineux gravitant

autour de Tastre principal, dont en quelque sorte ils furent les satellites.

Dans ces écoles célèbres se formaient les classes dirigeantes du temps. Aprè$ ce sire de Rénescure qui avait porté si haut le nom de Comines, après ce bon seigneur de Piennes qui, longtemps avant Bayard, avait reçu en France le titre glorieux de chevalier sans peur et sans reproche, étaient venus les Georges d'Halewyn, les Charles de Moerbeke, les Griboval, les Louis de Berquin, les Josse de Courtewilie parnii la noblesse ; les Dathenur, les Vanderstelne, les Damman, les Sluperius, les Elleboode, etc., etc., parmi les lettres. »

La ville de Bergues, d'où est paru ce mouvement littéraire, était anciennement le chef-lieu d'une châtellenie dont la juridiction s'étendait sur un vaste territoire. Elle n'est plus aujourd'hui qu'un chef-lieu de canton de l'arrondissement de Dunkerque, dans le département du Nord.

Depuis neuf siècles, la ville de Bergues a vu passer squs ses murs les armées de Philippe d'Alsace, comte de Flandre, de Richard H, roi d'Angleterre, de Charles VI, roi de France^ de Charles-Quint, de Philippe II, roi d'Espagne, du maréchal de Thermes, du duc de Parme, du prince de Condé, du comte d'Estrade, de Gaston d'Orléans, du maréchal de Turenne, du duc d'Yorck et du général républicain Houchard. Nous avons dit les sièges mémorables qu'elle a eu à soutenir.

Mais il est une autre face de l'histoire de notre ville qui n'est pas assez connue. Bergues a été le séjour d'écrivains et de savants dont les noms méritent d'être plus connus. Nous analyserons rapidement leurs travaux, en les classant par époques. La première époque commencera au dixième

et finira au quinzième siècle ; la seconde comprendra le seizième siècle ; la troisième, le dix-septième ; la quatrième^ le dix-huitième ; la cinquième, le dix-neuvième siècle.

La littérature est l'expression de la société ; les livres sont le réceptacle des idées et des sentiments d'un peuple, à tous les âges de sa vie.

Cependant jusqu'au dix-neuvième siècle, nous remarquons peu de différence dans l'esprit dont sont animés les écrivains du pays de Bergues; ils sont tous ascétiques ou théologiens, ou poètes religieux.

Avant la Révolution française, le pays de Bergues était couvert de monastères et d'abbayes ; il y en avait neuf à Dunkerque, huit à Bergues, quatre à Hondschoote, quatre à Bourbourg ; il y en avait à Gravelines, à Watten, à Wormhoudt, à Spycker. Dans ces paisibles retraites, on se vouait au culte des Lettres ; la plupart des volumes étaient publiés par les soins de ces communautés religieuses. A Bergues, l'imprimerie n'a été introduite que vers le milieu du dixseptième siècle, et les premières feuilles imprimées ont été des pièces de théâtre jouées par les élèves du collège des Jésuites de la ville.

Lorsque 93 eut dispersé les moines, les livres de leurs couvents formèrent là Bibliothèque communale de Bergues.

Essayons maintenant d'inventorier les ouvrages des écrivains qui ont vécu dans ses murs ou dans ses environs. Ces recherches ne seront peut-être pas sans intérêt pour l'historien de la patrie française.

CoussER (Anien), religieux de Saint-Winoc, à Bergues, était de Cassel, où il naquit vers le commencement du

XV^ siècle. Résolu de se consacrer particulièrement au service de Dieu, il embrassa Tordre de Saint-Benoit et prononça les vœux de religion dans Tabbaye de Bergues, Saint- Winoc, dont il devint prévôt dans la suite. On le tira de cet emploi en 145 1, pour le faire successeur de Henri Ondermack, vingt-cinquième abbé d'Oudenbourg, entre Bruges et Ostende. Cousser reçut la bénédiction abbatiale le 20 juin de cette année, et gouverna ce monastère jusqu'à sa mort, arrivée le 30 mai 1462. Son corps repose dans le chœur de l'église d'Oudenbourg, qu'il avait rebâtie en entier et qu'il fit dédier le i*' mai 1437 par Guillaume, évêque de Sarepta, suffragant de Toumay.

On y voyait encore une châsse de grand prix^ que l'abbé Anien fit préparer, et dans laquelle il fit transporter la même année le corps de Saint-Amoul, évêque de Soissons, qui est regardé comme le fondateur de ce monastère.

Il reste d'Anien Cousser :

Aniani.... chronicon universale, ah initio mundi usque ad sua temparay c'est-à-dire, jusqu'en 1457.

Drogon, religieux de l'abbaye de Saint- Winoc de Bergues, vécut à la fin du X^ siècle et au commencement du XI'. n écrivit i° la vie de saint Winoc, patron de son monastère et de la ville de Bergues; 2° la vie de saint Oswald, roi breton; 3® celle de sainte Levinne ; 4° celle de sainte Godeline, et enfin il donna dans une lettre adressée à Rumoald, abbé de Saint-Winoc, Ténumération de tous les miracles et prodiges qui s'opérèrent lors de la procession qui se fit par les bourgs et villages des environs de Bergues, et dans laquelle on pona le corps de sainte Levinne. Sacrum sanctie Ltvinnœ corpuSy dit le Père Wallon Cappelle, à qui

j'emprante la plupart de ces déudls, *ptr vicos a castella ffutritima Flandriœ ùircumfertur, in qud circunUatkme itmmer^ Deus edidit miracula. Cette lettre commence en ces termes - Domino ac venerabili abbati Rumoldi, peccator Drogo presUtf^ et monachus. Sternum naturœ degenHs numera, etc.

On voit encore à la bibliothèque communale de Beigoc^ un manuscrit richement illustré, que Ton suppose être du Xn« au Xin« siècle, ** et qui renferme les diverses biograr* phies dont nous venons de parler* La vie de saint ^incK^ par Drogon a été traduite en 1750 en langue flamande pa^ Oswald Vervlake.

Religieux distingué, Drogon parvint par ses vertus et profondes connaissances, à l'évéché de Thérouaime, q était le plus considérable de ce temps-là. H mourut en 107^ dans sa ville épiscopale.

Diacre (Thomas), Thomas Diaconus, religieux de Sain* Winoc, à Bergues.

Le 8 septembre 1383, le comte de Flandre, les ducs Bourgogne, de Berry, de Bourbon et de Bretagne cernée^ la ville de Bergues, qui était alors au pouvoir des Anglai^^ avec une année forte de plus de vingt mille hommes. Ui^ combat acharné s'engage entre les assiégés et les assiégeants. Les Français triomphent et se précipitent furieux dans la ville. Les vaincus, hommes, femmes, enfants sont massacrés. Louis de Mâle fait de vains efforts pour adoucir le sort de cette excellente portion de ses états. Bergues est livré aux flammes.

• Annales sanctie abbatie sancti Winsci.

** M. Leglay a décrit ce beau manuscrit sur vélin dans sa notice sur les bibliothèques du département du Nqrd.

Une baiide effirénée de Bourguignons et de Normands s'élance ensuite dans l'abbaye de Saint- Winoc. Les religieux veulent conjurer Forage ; ils poussent d'inutiles cris de compassion.

L'abbé Jacques m était absent et le prieur Simon de Haringhe montre un désespoir impuissant; les soldats, dans l'enivrement de la victoire, le foulent aux pieds avec ses fidèles compagnons. Puis se répandant furibonds dans le cloître, ils arrivent à l'entrée de la bibliothèque. Le prieur se détermine à un dernier effort, il baise les genoux du guerrier farouche qu'il croit investi du commandement; mais celui-ci est inexorable comme le vandale d'Alexandrie, et le feu consume dans quelques heures les précieux travaux de plusieurs siècles, quelques manuscrits superbes sont toutefois réservés pour le duc de Bourgogne.

C'est ce sac épouvantable que Thomas Diacre, qui en fut le témoin oculaire, a décrit dans un style saisissant et dra^ matique. Meyer, au livre VIII de ses Annales de Flandre, rappelle avec éloge cette description du moine de Saint- Winoc.

Germain (Le Père), d'abord moine de Saint-Bertin, à Saint-Omer, devint le second abbé de Saint- Winoc, à Bergues, où il mourut en 1041.

On a de lui un livre d'heures et des antiennes qui furent copiées sur parchemin en 1485.

Ce manuscrit, in-8®, richement illustré, porte le titre de Horce de sanctd crucey et est précieusement conservé dans la bibliothèque de Bergues. Il est orné de fleurons, de lettres dorées et de dessins coloriés.

Vandenhelle Nicolas^, né àDunkerque, en 1433, docteur et professeur en théologie et quatre fois recteur de la

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célèbre Université de Louvain. Voici son épiuphe qu'o encore sur son tombeau à Louvain :

!\C. Nicolas de NdliSy summo theologo, eccl, sancti 1 lovaniemis pastori, a hujus senodochH prius collopsi tam in gionc quant in adificiis, instauratari piissimo, viro pacijù juris eulesiastid propugnatari ardenHssimo, in omnts egi prœsertim studiosos, munificentissimo, manum factum, amio ijoj»

Ce savant a laissé plusieurs ouvrages écrits en latii dont les membres du haut clergé faisûent le plus grand U mourut à Louvain en 1 505 .

Vaugossek, poète dramatique, né à Bergues, dan XI* siècle.

Voici ce qu'en dit François Legros dans son Essai c description historique de la ville et chdtellenie de Bergues :

« Vaugossen, dit-il, contemporain de Loyaert le Rhét « a rendu son nom célèbre par ses tragédies, qui oni « goûtées, malgré leur proximité avec l'ignorance « X* siècle. Il est fâcheux qu'il ne nous reste aucun « ment de cet auteur. »

Louis de Backer.

f^s^s^s^is^s^s^^j^s^s^s^m

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