‹ Miscellanées bibliographiques (volume 2)Chapitre 62 sur 101 · CORNEILLE ET GODEAU · texte numérisé non relu

CORNEILLE ET GODEAU

[ans un intéressant article sur le Plagiat *, M. Piedagnel signalait récemment les emprunts nombreux faits par des éctivains du premier ordre à des plus humbles parmi leurs prédécesseurs. Comme Molière, le génie prend son bien où il le trouve. J*ai constaté, il y a quelques semaines, dans une étude sur Godeau publiée par la Revue du monde catholique, un emprunt du même genre qui vient compléter la notice de M. Piedagnel et qui présente un intérêt majeur au point de vue littéraire; car il s'agit du grand Corneille.

On sait que Corneille ayant lu son Polyeucte à l'hôtel de Rambouillet, avant la représentation reçut du célèbre cénacle un accueil très-peu encourageant. On craignit une chute ; et sur l'avis de Godeau, on dépêcha Voiture près de Corneille pour l'engager à garder sa pièce sans la risquer au théâtre. Nous nous sommes demandé si le nain de la princesse de Julie n'avait pas eu à satis£ùre dans cette rencontre

* Voir Miscellanées Bibliographiques 1878. Page 127 et suivantes.

un ressentiment d'auteur volé. Il avait dit, en eSet, dans une ode S Louis Xm^ en parlant des vanités humaines :

Mais leur gloire tombe par terre, Et comme elle a l'éclat du verre, Elle en a la fragilité.

Or la première des stances de Polyeucte au quatrième actes est ainsi conçue :

Toute notre félicité

Sujette à l'instabilité.

En moins de rien tombe par terre, Et comme elle a l'éclat du verre,

Elle en a la fragilité.

A qui des deux appartiennent ces vers, dit l'auteur de raverdssement placé en tête de l'édition des œuvres de Corneille en 1738? L'un des deux les a-t-il empruntés à l'autre ? Tous les deux les ont-ils empruntés ou imités de quelque auteur plus ancien ? Ou n'est-ce que par un pur effet du hasard qu'ils ont exprimé l'un et l'autre la même pensée dans les mêmes termes?...

Ménage s'est livré à ce propos à une longue dissertation dans SCS Observations sur Malherbe^ puis il ajoute après avoir constaté la priorité de Godeau : « Il est assez ordinaire de se rencontrer ainsi dans la pensée et dans l'expression des autres. Porphyre, dans un fragment de son livre de la Philologicy rapporte qu'Eusèbe fait mention d'un certain Ârètades qui avait fait un traité tout entier de ces sortes de rencontres... »

Ce dernier renseignement ne peut manquer d'intéresser le futur historien du plagiat.

René Kerviler.

LE BOUQUINISTE - AwSSASSIN

[u*ON se rassure. Je ne médite aucune diatribe contre ces glorieux libraires^ qui font chaque jour monter le cours de la Bourse des livres précieux et nous vendent, au poids de For, pour ne pas dire au poids des tillets de banque, feuillet de papier Joseph contre feuillet imprimé par un typographe de l'ancien temps, ces exemplaires uniques, ces plaquettes curieuses, ces inappréciables éditions originales de Corneille, de Racine, de Molière surtout, qu'on obtenait il y a peu d'années pour quelques francs et qu'une ferme en Beauce ne suffit pas à pavjr aujourdTiui. Non ! ces bouquinistes ont transformé en science et en art le commerce de la librairie. Trautz, Bauzounet, Marius, Petit-Simier et bien d'autres encore revêtent de bijouterie et de maroquin ces éditions originales que la main du poète a peut-être touchées. L'or les couvre comme l'or encadre un tableau de maître. Ce ne sont plus seulement des livres c'est de l'orfèvrerie littéraire et les hommes qui ont élevé le livre à ce niveau, s'ils vident nos poches, ne le font' que d'une façon bénévole, et de notre consentement. On les appelle bien quelquefois igargeursj quand on ne peut attein-

dre au prix qu'ils demandent d'un livre qu'on voudrait avoir; mais peu leur importe. Si ce qu'ils nous vendent cher aujourd'hui peut valoir demain plus cher encore.

Ce ne sont plus les bouquinistes du bon vieux temps ; ce ne sont pas nos Merlin, nos Potier, nos Techener père ; mais ce sont moins encore des assassins.

En était-il de même de don Vincente, qui vivait il y a quelque quarante ans à Barcelone. Barcelone, célèbre alors par la marquesa d'Amaëgui, que chantait si crânement Hippolyte Monpou, sur les paroles encore plus crânes du jeune et brillant Alfred de Musset.

Non; certes! Don Vincente ne rêvait point à*Andalouses au sein bruni, pas plus que de guitares et de sérénades ; bien qu'il dût un jour faire damner les Alcades et qu'il y demeurât sous les arcades de los Encautes, ce coin sombre de la brillante ville espagnole où se groupaient les revendeurs d'objets achetés à l'encan (los encantes) et les marchands de vieux livres. — Don Vincente était un frère du couvent de. Poblet, dont les richesses et surtout l'admirable bibliothèque, cadeau d'un des derniers rois d'Arragon, avaient été saccagées, disperséeS|,. détruites, lors du récent pillage des monastères *. Pour se donner cette imparfaite consolation de classer, de réunir, de manier encore des livres, il s'était établi bouquiniste. Ne lisant guère, il connaissait pourtant on ne peut mieux les éditions anciennes et curieuses, n avait un flair particulier pour deviner la valeur d'un manuscrit qu'il avait à peine entr'ouvert, et fit en peu de

* Ceci se passait sous la régence de la reine Christine de Bourbon, à l'époque où Don Carlos disputait le trône à Isabelle II.

temps une concurrence désastreuse au plus ancien libraire de la rue, un bon homme généralement aimé, qui se nommait Augustin Patxot. Don Vincente était loin d'avoir une aussi parfaite réputation ; mais il avùt su pourtant s'acquérir une excellente clientèle aux dépens de son rival; sa boutique mieux garnie était plus achalandée ; pourtant il courait sur lui de mauvais bruits et Ton disait tout bas que les envahisseurs du couvent n'avaient pas été seuls à piller les livres. Don Vincente, connaissant mieux que ces pillards illettrés, le prix de ces tas de vieilles paperasses et de lourds in-folios, leur avait indiqué les endroits où se trouvaient des richesses et des provisions mieux appropriées à leurs appétits et, spéculant sur leur ignorance, se serait adjugé les plus précieux trésors de la bibliothèque.

Chose singulière ! le moine défroqué ne montrait aucun empressement à échanger contre de l'or ces richesses qui, en ce temps-là, semblaient fort hypothétiques. Les livres ordinaires et de peu de valeur sortaient facilement de ses mains ; mais il fallait qu'il se trouvât hien à court d'argent pour ouvrir au plus riche ou au plus savant amateur son arrière-boutique où, sur des rayons nombreux se pressaient des trésors qui eussent ébloui les Nodier, les Didot, les Pixérécourt, et surtout le marquis de Morante, le célèbre bibliophile espagnol.

Parvenait-on à lui arracher à prix d'or un de ces volumes conservés avec tant de soin ? On eût dit qu'on lui arrachait un morceau de sa chair, et ençor courait-il quelquefois après l'acquéreur, pour lui rendre son argent et reprendre son livre. — Faisaif-il quelque économie? il en profitât aussitôt pour augmenter sa collection chérie et, dût-il ne vivre pendant de longues journées que de quelques

fruits avariés, rien ne loi coûtait pour accroitre son trésor.

Vers le milieu de l'année 1836, on vendit aux enchères la bibliothèque d'un vieil avocat, récemment décédé. Parmi les ouvrages consacrés à l'étude du Droit ancien, dont elle était composée, il s'en trouvait un, qui excitait toutes les convoitiises de Don Vincente. C'était l'exemplaire unique des Fur s e ordinacians feUs per los Gloriosos reys de Arago ah regnicols del règne de Valencia, petit in-folio gothique, édition originale imprimée en 1482 à V^ence, par Lambert Palinart, introducteur de l'imprimerie en Espagne.

Don Vincente avait réuni toutes les ressources qu'il pouvait se procurer sur ses économies, sur des ventes qu'il se hâta de réaliser à des prix réduits, soit enfin en Ayant recours à des emprunts; aussi espérait-il se rendre adjudicataire.

Le livre fut mis sur table à un prix modique sur lequel chaque assistant mit tour à tour une faible enchère. Il semblait sur le point d'être adjugé à un prix minime, quand Augustin Patxot ajouta 50 réaux; de Arditez Vûjcente en mit 150, espérant éblouir son adversaire ; Patxot surenchérit de 200.

Ds restaient seuls en présence. Patxot était rouge ; Viacente était pâle. Les enchères se succédaient rapides, tantôt de 100, tantôt de 150 réaux. Le moine pâlissait toujours, le vieux libraire rougissait, comme si l'un absorbait à mesure le sang de l'autre. Vincente porta soudain le livre à 4,000 réaux. Il n'était plus pâle; il verdissait. Patxot, rouge comme un coquelicot, s'écria : 4,500 réaux! Vincente s'appuya au mur, les yeux fixes, enfonçant ses ongles dans sa chair, broyant ses dents, se mordant les lèvres. Enfin, après Un silence terrible, voyant tous les yeux fixés sur lui,

la gorge sèche, la bouche écumeuse, il murmura péniblement : 55 réaux(i320 fr. 90 cent.)....! Un tremblement nerveux l'agitait ; et, s'il n'eût été soutenu par la muraille, il serait tombé. On voyait que c'était son effort suprême et qu'il ne pouvait rien de plus. Patxot n'eut qu'une centaine de réaux à ajouter (1344 fr. 44 cent.), et le précieux incunable lui fut adjugé, aux trépignements de l'assistance peu habituée à de pareils combats.

Don Vincente s'était redressé, plus livide, plus décomposé que le saint moine du peintre espagnol, écrivant sqs mémoires quinze jours après sa mort. Ses yeux s'allumèrent un instant pour lancer un éclair de colère pâle et de haine féroce à son heureux concurrent, puis, rabattant brusquement son capuchon sur son visage, il sortit de la salle à pas précipités.

Une semaine ne s'était pas encore écoulée depuis cette lutte mémorable, qu'au Qiilieu d'une nuit sans lune, les Serenos habitués à pousser des clameurs moins effrayantes, lancèrent le cri terrible : Elftiegot l'incendie venait d'éclater avec violence après avoir longtemps couvé, dans la boutique d'Augustin Patxot. Le pauvre homme semblait avoir été surpris dans son lit, qui s'était lentement consumé sous lui. Avait-il été asphyxié par la ftimée ? avait-il été la victime d'un assassin ? c'est ce qu'il fut impossible de reconnaître, tant le corps avait été carbonisé. On retrouva d'ailleurs intacte une somme qu'il avait touchée la veille. U était généralement estimé et on ne lui connaissait pas d'ennemis.

Cependant je ne sais quels soupçons planaient sur Don Vincente, pour qui son caractère monacal était loin alors d'être une recommandation. On se rappelait la lutte achar-

née dont le livre acquis par Patxot avait été l'objet, la pâleur, les regards haineux du moine, quand il se vit distancé par son rival, et, circonstance grave, le livre si chèrement payé, que les héritiers du Bouquiniste, sachant sa valeur, avaient cherché et fait chercher partout, ce livre ne se retrouvait, ni en argent, ni en nature. — Qiiand un soupçon de ce genre s'élève, on ne sait plus où il s'arrêtera

Les uns racontèrent qu'on avait récemment trouvé, dans les fossés de VAtarasanal (l'arsenal, la fonderie de canons), à peine recouvert de quelques branchages, le corps d'un curé, poignardé, mais encore muni de sa bourse, et ce curé avait, dit-on, été vu examinant des livres, sous les piliers de los Encantes, notamment dans la boutique de Don Vincente. D'autres parlèrent de personnes frappées de même, par à.ts malfaiteurs qui ne les avaient pas dépouillées. Tous étaient des gens instruits et quelques-uns lès clients habituels des libraires et des bouquinistes de Barcelone. Parmi ceux-là on nommait Don Pablo Rafaël de N... alcade honoraire, un alcade mayor et un Bayle. On en comptait déjà huit ; quand un nouveau crime fut tout-à-coup signalé. On venait de pêcher dans le port le cadavre d'un jeçnç littérateur allemand, criblé de coups de couteau, mais ayant encore sa bourse dans sa poche.

Des perquisitions jusqu'alors inutiles avaient été faites chez plusieurs personnes. Mais la rumeur publique se prononçait tellement contre Don Vincente, que le Corregidor crut devoir se transporter chez lui. — L'arrivée imprévue du magistrat ne parut pas déconcerter le bouquiniste, qui s'empressa d'ouvrir toutes les pièces de son logement et se mit à la disposition de la justice pour la guider dans ses

recherches. En effet il indiquait avec une verbeuse érudition le classement de ses livres/ la place des exemplaires précieux et rien de suspect ne s'offrait à l'investigation du Corregidor qui se retirait assez désappointé, lorsque par hasard (par la volonté de Dieu, peut-être) il avisa, couché sur un rayon élevé, dans une chambre retirée, un Directorim inquisitamm ses yeux furent-ils attirés par l'intitulé de l'ouvrage ou par l'aspect d'une reliure curieuse ? Toujours est-il que grimpant sur une escabelle, il tira le livre à lui. Un autre volume moins granà de format, posé sur le premier de manière à être dissimulé par lui, coula sur son bras et tomba tout ouvert sur le sol. C'éuit un petit in-folio gothique, l'exemplaire des Furos de Arago imprimé par Palmart en 1582... ! l'exemplaire adjugé récemment à Tinlortuné Pat5totl l'exemplaire que Don Vincente lui-mêfl^^ avait déclaré être unique I

Ce muet témoin suffisait pour motiver l'arrestatioa (i*- Bouquiniste. Le Corregidor, montrant du doigt le livre * Vincente, lui dit : — Comment ce livre est-il ici ? — O ^ me l'a revendu, répondit-il, n'osant pas prononcer le nor^ de Patxot. — Emmenez cet homme en prison, dit P magistrat *.

Il se laissa saisir et enchaîner sans résistance. Une foi qu'il fut sous les verroux, la justice procéda à l'invenuir^ détaillé de ses livres. On y découvrit plusieurs exemplaire^ précieux, qui, de notoriété publique, avaient été vendus au^ personnes assassinées, notamment les antiquités d'Espagne^ et d'Afrique dont les marges étaient couvertes d'annotation^

* Le procès du Bouquiniste Don Vincente a été l'objet d'ur* compte rendu dans la Ga:jette des Tribunaux du 23 octobre i836

autographes de Bernard Âdrete *, acquises chez Vincente par Tinfortuné D. Pablo-Kafael de N...., quelques jours avant sa mort.

Accablé par tant de preuves convaincantes, D. Vincente ne pouvait plus opposer au juge que d'impuissantes dénégations. Ce fut toutefois seulement après avoir reçu la promesse formelle que sa bibliothèque ne serait pas dispersée ; mais conservée dans son intégrité, qu'il se détermina à entrer dans la voie des aveux et à donner des détails sur les crimes qu'il avait commis.

Après avoir fait sur ses lèvres et sur ses yeux le signe de la croix, il prit ainsi la parole : a J'ai promis de dire la vérité, je la dirai. Si j'ai failli c'était dans la bonne intention d'enrichir la science, de conserver des trésors impossibles à remplacer. Qji'on me traite comme on voudra, peu m'importe, puisqu'on m'a promis de laisser intacte ma collection; car il n'est pas juste de punir le bât pour les fautes commises par l'âne qui le porte.

« C'est à ce pauvre curé que je vendis mon premier livre précieux, bien malgré moi, je le jure et contraint par la faim : mole suada famés l — Le glorieux saint Jean, patron des écrivains, m'est témoin que je fis tout au monde pour l'en dégoûter. Pris ensuite de remords, je courus après lui, je lui dis : — Rendez-moi mon livre, voilà votre argent !

* Ni B. Adrete, ni les Antiquités d'Espagne ne sont mentionnés dans le Manuel de Bru net et dans les ouvrages que j'ai pu consulter.

L'ouvrage en question pourrait être les Antiquidades arabes de Espana, Madrid, impr. reale, 2 vol. in-fol. publiés l'un en 1780, l'autre en 1804. La première partie contenant un frontispice et 29 planches, la deuxième 14 ff. de texte et 3o planches.

D idosa, je le finappaî d'un coap de madxU, Il tomba ; je loi donnai l'absolution et je l'achevai — Je revins serrant contre moi mon livre reconquis. — Tenez! c'est cdoi-li!-.»

— Est-ce ainsi que vous avez assassiné vos antres victimes? \

— Par la sainte Vierge et les saintes femmes, rien n'était plus^simple. Quand un acquéreur s'entêtait à m'arracher un livre, avant de le remettre j'en détachais quelques pages que je conservais soigneusement; l'acquéreur me rapportait mon livre ; je l'attirais dans une pièce à l'écart et l'assistance du bon larron ne m'a jamais manqué ; jamais mon bras n'a Ëûbli.

— Ainsi vous aviez le cœur d'assassiner une créature faite à l'image de Dieu ?

— Que voulez-vous ? Les honmies sont morteb ; I^eu les rappelle à lui un peu plus tôt un peu plus tard ; ce sont les bons livres qu'il &ut conserver.

— Et c'était uniquement pour des livres que vous commettiez ces meurtres ?

— Des livres ? oui ! des livres ! mais les livres, c'est la gloire de Dieu (es la gloria de Dios) !

— Vous êtes aussi l'assassin de Patxot ?

— Pouvais-je laisser entre ses mains un objet aussi précieux que l'unique exemplaire imprimé par Lambert Palmart ! — C'était un brave homme après tout, et je ne lui en veux pas, malgré le tort qu'il m'a fait en me privant de ce livre. Quand il a été mort, j'ai mis le feu à son lit...

— Vous lui avez laissé son argent ?

— Me prraez-vous pour un voleur ? je leur ai rendu à tous leur argent !

L'avocat de Vincente, pour défendre son client dans ce

cas désespéré, soutint qu'il pouvait exister plusieurs exemplaires des livres trouvés dans sa boutique et qu'on ne pou<vait condamner sur ses aveux prétendus un homme qui semblait atteint de folie.

Le fiscal, qui remplit en Espagne les fonctions de procureur du roi, fit observer qu'on ne pouvait alléguer ce moyen pour le livre de Lambert Palmart, dont - il n'existait pas d'autre exemplaire.

Mais l'avocat rétorqua cet argument en prouvant par des attestations écrites qu'un second exemplaire des Furos de Arago, existait en France.

Jusqu'à ce moment Vincente s'était renfermé dans un calme imperturbable; mais 'en entendant la plaidoirie de son avocat il se mit à pleurer.

— Enfin, Vincente, lui dit TAlcade, vous reconnaissez toute l'étendue de votre crime.

— Ah! seigneur Alcade, quelle erreur grossière j'ai commise ! vous ne comprendrez jamais combien je suis malheureux.

— Tant mieux pour vous, accusé. Dieu vous tiendra compte de votre repentir.

— Hélas ! seigneur Alcade, hélas ! mon exemplaire n'est pas unique....

Vincente fut condamné à la peine du garrot et quand on lui demanda s'il n'avait rieii de plus à dire, il ne trouva la force que de répéter en sanglotant :

— Ah ! seigneur Alcade, mon exemplaire n'est pas

unique!!

Prosper Blanchemain.

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