LES LIVRES ILLUSTRÉS
DES XVm* ET XIX« SIÈCLES
Ie mérite des vignettistes du siècle dernier est incontestable, ils réunissent au charme séduisant du crayon l'exquise délicatesse du burin. L'admiration pour leurs travaux est devenue une espèce de culte. On les a décrits^ ces travaux, dans d'excellents ouvrages, dont les plus complets sont ceux de M. Cohen et de M. Portalis. Le sujet a été curieusement et minutieusement fouillé, et bientôt il ne restera plus rien à dire. Aussi, est-on en train de passer à d'autres amours. Le XVm* siècle épuisé, déjà on se préoccupe du XIX®, bien plus vivant, bien plus vaste. Les Eisen, les Marillier, les Moreau', n'ont pratiqué qu'un seul genre, la taille-douce, tandis que les artistes nos contemporains les ont cultivés tous, et avec une supériorité incontestable, si l'on veut bien compter pour quelque chose l'originalité dans les arts. Q]ielque entiché que l'on soit pour les mignardises de l'autre siècle, on conviendra que c'est un peu toujours la même chose, que l'on considère la composition des figures, généralement firoide, ou celle des ornements, qui ne se sauve que par la finesse d'exécution.
a Les vîgnettistes du XVIII* siècle cessent de produire avant même l'époque de la Révolution. On n'a plus guère que quelques suites de Moreau, dont les cuivres sont utilisés par les éditeurs, même jusqu'à la Restauration. On continue à orner les livres avec la taille-douce. Au commencement de la lithographie, on se sert de l'art nouveau, pour les figures hors texte, bien entendu ; jnais on y renonce bientôt, ce genre, tout artistique qull était au début, manquant tout à fait de charme. La gravure sur bois abandonnée depuis le XVI** siècle, est reprise alors, mais seulement pour les fleurons têtes-de-page et culs-de-lampes, et les figures hors texte. L'illustration sur bois dans le texte proprement dit, conmience en 1830, avec V Histoire du rai de Bohême et de ses sept Châteaux, par Ch. Nodier. Ce n'est qu'une tentative, mais exécutée par des maîtres : Tony Johannot comme dessinateur, et Porret comme graveur. En 1835, ce genre d'illustration conquiert son droit de cité par trois volumes préparés en même temps par l'éditeur Paulin. Gil Bios, qui paraît le premier, est illustré de nombreuses et spirituelles figures sur bois, grandes et petites, dessinées par Jean Gigoux et gravées par plus de vingt artistes, parmi lesquels on remarque Brévière, Porret, Best, Leloir et Thompson, qui sont restés célèbres. Vient ensuite le Molière en deux volumes, publié de 1835 à 1836, et dont les dessins, confiés à T. Johaqfiot, ont été gravés par les mêmes artistes. Tel est le début de l'illustration des textes par la gravure sur bois. Depuis, elle a perdu deson originalité, mais elle a gagné beaucoup en finesse, c'est-à-dire qu'elle est devenue de plus en plus classique. Ces tendances ont été traversées iin instant par deux dessinateurs de génie, Grandville et Gavarni. Avec eux, les
traits ne sont plus que des hachures. L'école ro: de la gravure sur bois est fondée. Gustave Doré e hardiment encore dans cette voie. Il procède paj Le graveur n'a plus à suivre servilement les meni du dessin : il interprète.
« Les deux écoles de la gravure sur bois som sence. Tout porte à croire que les classiques ; dessus ; mais, pendant ce temps^ un nouveau c< manifeste dans l'illustration des livres : l'eau-fone jour en jour plus de faveur. On en raffole. L'eaudevenue le passeport obligé de toute publication d' L'eau-forte, il est vrai, a une valeur particulière, r lement quand elle est bien réussie. U ne faut pas singes de Rembrandt s'imaginent avoir créé d< d'œuvre en exagérant le noir, comme pourrait chat en trempant sa patte dans un encrier. Les bc fortistes se comptent, surtout ceux qui s'adonn succès aux petits sujets destinés à la décoration d comme têtes de page.
« Les lithographies artistiques de nos jours et 1 chromolithos ont, dans l'illustration des livres, u sur lequel il serait odieux d'insister. Il n'en est pas • des photographies collées dans le texte, qui prod plus déplorable effet. Outre qu'elles font goder elles forment, par leur brillant insolite, un étrange avec le texte typographique. »
Extrait de la Revue des Auto