LE DOS
L'Alcoran de Mahomet, traduit de l'arabe par André du Ryer, sieur de la Garde Malézair, nouvelle édition, revue, corrigée et augmentée des observations historiques et critiques sur le mahoiïiétisme, ou traduction du discours préli-
sirs faciles, et pour ainsi dire cooimandés, naissait alors, et^ bientôt, grandissait, effaçant le passé et projetant sur Tavenir une lueur sereine. Mais quelque chose grandissait aussi en France, la Révolution, qui allait demander des comptes h la pauvre femme, tuer son amant, la décapiter elle-même. Put-elle donc s'apercevoir des attaques contenues dans Toeuvre de Métra? Les volumes firent nombre, et voilà tout. Des accusations, plus redoutables que celles de Métra, retentirent ; — et, en écrivant ces lignes, il nous semble entendre les cris de douleur, de rage et de désespoir d'une victime qui expia les abaissements d'un roi.
minaire mis à la tète de la version anglaise de l'Âlcoran^ publiée par Georges Sale. — Amsterdam, Arkstée, 1770, 2. volumes, in- 12.
Séjlextons, sentences et maximes morales, mises en nouvel ordre, avec des notes pratiques et historiques, par Amelot de la Houssaye, nouvelle édition, augmentée de maximes chrétiennes. — Paris, Gauneau, 1754, un volume, in-12.
Emile, ou de éducation *, par J.-J. Rousseau. Amsterdam. Néaulme, 1762, 4 volumes, in-12.
Réflexions politiques sur les finances et le commerce, par Dutot. La Haye, Vaillant, 1754, 2 volumes, in-12.
Essai politique sur le commerce, par Melon, nouvelle édition, 1761, un volume, in-12.
Annales politiques de feu M. Charles-Irénée Castel, abbé de Saint-Pierre, nouvelle édition. Lyon, Duplais, 1767, 2 volumes, in-12.
Essai philosophique, concernant l'entendement humain, par Locke, traduit de l'anglais par Coste. — Amsterdam, aux dépens de la compagnie, 1758, 4 volumes, in-12.
De la recherche de la vérité; par Mallebranche. Paris, 1762, 4 volumes, in-12.
Histoire du ciel considéré selon les idées des poètes, des philosophes et de Moïse, par Noël Planche, Paris, Estienne 1739, 2 volumes, in-12.
Considérations sur la constitution de la marine militaire de
* Nous avons visité, soit en province , soit à Paris, soit à l'étranger, un grand nombre de bibliothèques formées au siècle dernier, et entretenues par le soin pieux et éclairé des descendants, et partout nous avons rencontré EmilCy ou de V Education ; nul volume, sauf V Encyclopédie^ n'eut une vogue aussi prononcée, aussi durable ; la Du Barry ne pouvait faire exception à une règle que nous avons lieu de croire générale.
France, par de Secondât. Londres, 1756, un volume, m-12. I Rouge végétal à l'usage des darnes^ avec une lettre à M***, sur les maladies des yeux causés par l'usage du rouge et du blanc, parle docteur Deshais-Gendron. Paris, 1760, un volume, in- 12*.
Les fureteurs, qui aiment à remonter aux sources, peuvent consulter avec fruit les dossiers conservés à la bibliothèque de la ville de Versailles. Voici, d'après M. Le Roi, leur désignation exacte :
I** Dossier renfermant toutes les pièces regardant particulièrement madame Du Barry.
2° Procès entre les héritiers Du Barry, dans lequel est établi la preuve que madame Du Barry est fille naturelle d'Anne Bécu.
3** Autre dossier, dans lequel on trouve une foule de renseignements sur tout ce qui regarde madame Du Barry.
4° Dossier concernant le vol des diamants de madame Du Barry, et les dépôts d'argent faits par elle en Angleterre :
5° Dossier Cbssé-Brissac.
6° Dossier de Rançon de Montrabe, beau-père de madame Du Barry.
* Ce dernier volume du catalogue fut sans doute celui qui eut les honneurs de la table de toilette. La Comtesse, au temps de sa faveur, si durement expiée sur l'ëchafaud, faisait des toilettes incessantes; elle se gênait peu avec le roi, ne venait pas quand la table l'attendait, ou paraissait simplement vêtue d'un long manteau de chambre : Louis XV laissait faire, traitant cela de caprices et d'enfantillages. — Et le rouge seyait à merveille au joli visage rempli de grâce mutine. Et comment vouiiez-vous qu'un blasé, un ennuyé, un voluptueux, réduit aux expédients, n'oubliât pas toute dignité, quand il voyait l'Amour présider aux merveilleuses toilettes de Vénus ? Riez, riez à gorge déployée : les échos de Versailles entendent les derniers rires du XVin« siècle.
7° Dossier contenant les états des dettes, oppositions et significations existant au trésor public, sur la comtesse Du Barry.
8° Procès des héritiers de madame Du Barry. — Mémoires imprimés.
9° — 10° — 11° — 12° — Dossiers des divers procès intentés par les héritiers de madame Du Barry, contre MM. Rohan-Chabot, de Chabrillan, de Mondragon.
13° Dossier concernant le comte Guillaume Du Barry, mari de la comtesse. — Son second mariage avec Madeleine Lemoine. — Sa mort.
14° et 15°. Papiers concernant les parents de madame Du Barry. ,
Le livre ! Tout passe, tout s'écroule, les maisons
royales, les institutions, les races, les peuples, les cités, et le livre reste, le livre survit à Torgueil, à l'ambition, aux passions des siècles : quelle puissance et quelle grandeur !
Une favorite prenant place , — une place d'ailleurs marquée, — dans un journal de bibliographie, il y a là assurément quelque chose de piquant , et l'on peut avancer , sans crainte de formuler une hypothèse hasardée , que la petite Béqus n'avait pas envisagée cette célébrité posthume. — Admirable prestige du livre, qui purifie ce qu^il touche, nous l'avons dit, et nous tenons à l'accentuer. Le livre est la passion maîtresse, souveraine, profonde, exclusive ; il prend toute l'intelligence et tout le^cœur; c'est un jaloux qui ramène tout à Ivii, nul moyen de lui faire entendre raison : on subit ce martyre charmant sans trop se plaindre. — Et que d'hommes ont dû à l'amour du livre des consolations suprêmes, que ni la société, ni les relations, ni les honneurs, ni la fortune, n'eussent pu leur donner. Toujours
ami^ toujours bienveillant, toujours à la portée de notre œil et de notre main, le livre n'est-il pas — et par excellence — un dieu du foyer, un sourire toujours éclôs pour appeler notre sourire, une ardente pensée toujours prête à stimuler notre pensée ? Qui n'aime pas le livre a une case vide dans le cerveau; l'équilibre n'existe plus : on vit, mais sans connaître de la vie ce qu'elle a de meilleur.
Il suffit que l'on ait eu une riche bibliothèqiie pour passer à l'immortalité. Que l'on voit revêtu de la pourpre romaine comme les illustrés cardinaux, fondateurs de la Vaticane^ ou que l'on se plaise à enrichir ses livres de superbes reliures comme GroUier, de Thou, le duc de Lavallière, Choiseul, le régent, les filles de Louis XV, et les nombreux amateurs des xv% xvi% xvn* et xviii® siècles, cela reste dans les collections d'Etat ; votre nom est plus .souvent cité que celui de tel conquérant. Le livre possède l'immortalité ; il donne cette immortalité avec la rare bienveillance du talent unie aux franches manières du moade lettré. Aimer le livre, l'acquérir, le conserver, lui procurer le vêtement et le couvert, c'est travailler pour l'avenir, c'est faire œuvre d'artiste et de savant. — Madame Du Barry, elle, conserva les livres ; il lui sera beaucoup pardonné, parce qu'elle prodigua avec intelligence le maroquin et les petits fers. Qjie la terre lui soit légère : elle aima le livre !
LÉON p£ Labessade.