TROISIÈME PARTIE
TARIS
LIBRAIRIE ANCIENNE ET MODERNE
EDOUARD ROUVEYRE
I, Rue des Saint»-Péres, i
l8âo
aUELQUES NOMS DE RELIEURS PEU CONNUS *
|n voit que les prix de Du Seuil avaient sensiblement augmenté ; au commencement du siècle Boyet ne demande qu'une livre 15 s., pour un in-8, gr. pap. en veau ; i livre pour un in-12, et 18 livres pour Tin-foU gr. pap.^ aux armes et chiffires, en maroquin; aussi l'abbé Bignon ne marchande-t-U pas.
Je soussigné reconnois que le sieur Boyet a relié les liures compris dans le mémoire cy joint, et j'ai arresté le présent mémoire par ordre verbal de Monsieur l'abbé Bignoii déduction faite de trois cens liures qui auroient esté payées cy-*deuant audit sieur Boyet de plus qu'il ne lui etoit deub (sic), à la somme de cinq cens sept liures quinze sols qui luy reste deûe pour solde de compte jusqu'à ce jour. Fait à Paris le 15* mars 1707.
Jal n'a rien trouvé sur Boyet, tout au moins le nom de cet illustre relieur ne figure pas au Dictionnaire critique de Biographie et d* histoire; voici un document qui nous donne approximativement la date de sa mort.
ce Je reconnois que Monsieur Ânisson, directeur de l'Imprimerie Royale m'a payé la sonmie de seize cens soixante
* Voir pages 189 et suivantes (Miscellanées Bibliographiques), tome II.
et dix--sept liures pour solde et entier payement des livres reliés pour le compte du Roy par feu mon père et depuis sondecez jusqu'au mois d'aoust de Tannée 1733. Fait à Vienne ce lo* septembre 1735.
BOYET.
Ainsi suivant toutes les probabilités la mort de Boyet remonterait aux premiers mois de 1733'; ce renseignement nous parait intéressant à enregistrer.
Mais pourquoi le fils de Boyet était-il établi à Vienne ? A ceci nous ne pouvons répondre que par une hypothèse. Peut-être avait-il été appelé dans cette capitale par le prince Bugène, lorsque le trop célèbre capitaine se rendit acquéreur en bloc de la collection du colonel baron de Hohendorf, en 1720. Et dans ce cas ce serait à cet artiste, digne de son père, qu'on devrait les plus belles reliures aux armes de Savoie, dont la Bibliothèque Impériale de Vienne a disposé avec un laisser-aller si extraordinaire, il y a une vingtaine d'années.
— Solum certum nil esse certi, — dit Pline, et voilà un adage qui peut justifier toutes les hypothèses.
Mais revenons à nos moutons, c'est-à-dire à nos mémoires.
Nous citons un mémoire de Padeloup le Jeune à la date de 1736 ; il n'est pas très facile de dire quel est ce Padeloup le Jeune, mais, avec M Jal, nous pensons qu'il s'agit ici, non pas de Philippe II Padeloup, né le 25 juillet 1680, mais bien de son frère Antoine-Michel, plus jeune de $ années, étant né le 22 déc. 1685, et qui obtint, le brevet de relieur du Roi, en 1733 : Padeloup le Jeune mourut le 8 septembre 1758.
Nous répétons que nous observons respectueusement l'orthographe.
Memoiere des livres relie^fpar ordre de Monseigneur de Mou* repas par Padeloup le Jeune relieur du Roy depuis le 1 5 janvier ij 3 6 jusqu'au i5 octobre l'jS'j,
lirres toit.
Concile. Douze volumes in-fol. grand papier reliez en veaux à raison de dix livres chaque volume fait lao » »
2 Sirmondi Opéra cinq volumes a chaque qui font dix volumes fol. grand papier reliez en veaux à raison de dix livre chaq'un fait loo » »
2 tomes second des insectes reliez en veaux à raison de trois livres dix sols chaque vol. fait 7 » »
37 tomes troisième des insectes reliez en veaux à raison de trois livres dix sols chaque fait 129 » lo »
12 tomes troisième djss insectes reliez en veaux à raison de trois livres dix sols chaque fait • 42 » »
6 tomes troisième des insectes reliez en maroquin dorée marbrée sur tranche avec armes et dantelle différentes à raison de quinze livres chaque volume fait 90 » »
Plus pour six voyages à 12 s. chaque fait 3 » 12 »
492 liv 2 s.
Mais halte là! c'est Ânisson Duperron qui règle, et il n'est pas tendre.
Notez qo'il s'agit ki de Tonvri^e de Réanmor, paru de 1734 a 1742, en 6 volumes in-4.
I j fr. un vol. in*4, en mar., tr. d., annes et dentelle, c'est exorbitant : Anisson rabat 3 fr. par volume, et il arrête le compte à 474 livres, en respectant scrupuleusement les 2 sols.
Je soussigné, Direcf de llmprimerie Royale, certifie avoir arresté le présent mémoire à quatre cens soixante quatorze livres deux sols et que les relieures ont esté fournies par le s' Pasdeloup {sic). Fait à Paris le 18 janvier
ÂKISSON.
Nous avons promis quatre mémoires; voici celui du relieur Ânguerrand, qui porte également le titre de relieur du Roi.
Mémoire des relieures faites par P^ Enguerrand fsicj, relieur du Roy^ pour l'ouvrage de Monsieur Perronnet, premier ingé' nieur des ponts et chaussées, en deux volumes tn-foUoj grand colombier^ d'après la décision de Monseigneur le Contrôlleur général des finances en datte du 6 avril 1 yS3^ mentionnée dans la lettre de Monsieur de la Millière du 18 du même mois, et suivant le récépissé des dittes relieures pour M. Perronnet,
Sçavoir
UYres.
4 exemplaires reliés en maroquin pour le Roy et la famille Royale, dorés sur tranche, avec armes et dentelle, faisant 8 vol. à 60 liv. le vol. 480
45 exemplaires id. reliés en veau sans armes, dorés sur tranche avec filet, faisant 90 vol. à 30 liv.' le vol. 2700
Total . 3180 liv.
C'est an peu raide ou plutôt raide, mais le vieil Ânisson- Duperron vit encore, et il supprime 96 liv. sur les quatre exempl. en maroquin, et 450 &. sur les 45 exempl. en veau, soit 24 &. Texempl. ou 12 fr. le voL en mar., et 5 fr. le vol. en veau.
— Arrêté le présent mémoire, y compris le rabais cycontre, à la somme de deux mille six cent trente quatre livres. Fait à Paris, le 12 novembre 1783 •
Anisson-Duperon (sic).
— Je soussigné Recpnnois avoir Reçu de M. Dupéron la somme de deux mille six cent trente quatre livres, montans du mémoire cy-dessus; en une ordonnance de pareille somme sur M. de Savalette garde du trésor royal.
A Paris, le 12 février 1784. / : *
Anguerrakd.
Il nous faut nous borner, et nous arrêtons là les comp* tes de relieurs : ce que nous avons donné, suffit, croyonsnous, pour donner une idée du prix des reliures au XVIII* siècle, et de l'élévation progressive du salaire.
Ce tableau pourrait être continué avec fruit jusqu'à nos jours, si toutefois les prix actuels sont les prix définitifs, ce dont il est permis de douter.
— De las Cosas mas seguras la mas segura es Dudar, dit un vieil adage d'Espagne. C'était la devise de La Mothe Le Vayer, et, par le temps qui court, nous croyons que cette devise a du bon.