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'l vous est arrivé plus d'une fois, cher lecteur, de regarder avec admiration une fine miniature, ou un poétique pastel, pâli par les années ; en contemplant la gracieuse figure d'une jeune fille, couronnée de roses, ou d'une femme élégante, poudrée, décolletée, souriante.
Mouche à la joue et Téventail en main !
vous avez songé, peut-être, avec un vague sentiment de regret, aux avrils disparus^ aux grâces envolées, aux «c flammes » éteintes, aux firanches galtés d'autrefois, si séduisantes et si éphémères !
Cette charmante feipme, dont Latour ou Baudouin ont reproduit les traits délicats, vous ne l'aviez jamais vue, ni à la messe ni au bal, mais qu'importe ? elle vous intéresse, elle vous attire, — elle évoque, en votre cœur ému soudain, les heures riantes de la jeunesse I Combien son clair regard est brillant encore ; combien son malicieux sourire est printanier !
Elle a éprouvé les enivrantes illusions du matin de la
vie, cette adorable femme que vous ne pouvez vous lasser de regarder; elle a espéré, elle a chanté, elle a ri, d'un beau rire argentin (hélas ! elle a pleuré, aussi) ; elle a aimé sans doute, elle a eu des poètes « attachés à son char », et heureux de la célébrer en petits vers harmonieux et légers. Pamy et Bertin l'ont peut-être connue; peut-être Dorât lui a-t-i} offert galamment un exemplaire des Baisers... Eh bien ! puisque nous ne pouvons^ ressusciter cette radieuse beauté, naguère admirée et choyée; du moins, remettons en lumière les spirituels rondeaux, les stances mé* lancoliques, les vives épigrammes, les bouquets à Chloris, les sonnets amoureux, les triolets badins, les quatrains improvisés, les chansons un peu lestes, les tendres élégies, les madrigaux parfumés, les fraîches odelet* tes, les ballades originales, qui ravissaient, jadis ^ la vaporeuse duchesse et la bourgeoise appétissante, et même, à l'occasion, Dieu merci ! le duc et le marquis, le grave magistrat et le pimpant abbé de cour, le joyeux clerc et le tabellion obèse du « bon vieux temps. » Ces jolis vers, dits le matin, dans les ruelles; répétés la nuit dans les fins soupers, ne méritaient, certes, pas tous de vivre, — mais il en est beaucoup qui n'auraient pas dû mourir !
Et quelle charmante anthologie on ferait avec ces pauvres oubliés! Nous n'avons point la prétention, assurément, de les ressusciter tous ; qu'on nous permette seulement d'effleurer le sujet aujourd'hui. Cueillons un simple bouquet, — une autre fois, nous ferons une gerbe, si le lecteur prend goût à ces fleurs d'antan, choisies avec soin» et dont un grand nombre, à notre avis, possèdent encore un délicieux parfum.
Lisez, d'ibord, une strophe ingénieuse de l'Ode en l'honneur de la Rime, que composa Jean-François Leriguec de La Faye (né en 1674) :
De la contrainte rigoureuse ^
Où l'esprit semble resserré,
Il reçoit cette force heureuse
Qui l'élève au plus haut degré.
Telle, dans des canaux pressée.
Avec plus de force élancée,
L'onde s'élève dans les airs :
Et la règle, qui semble austère,
N'est qu'un art plus certain de plaire,
Inséparable des beaux vers.
On a dit de l'auteur de cette ode :
Il reçut deux préaens des Dieux,
Les plus charmants qu'ils puissent fiure : >
L'un étoit le talent de plaire ; I
L'autre, le secret d'être heureux..
Un grain de malice, maintenant l
Voici la fin d'un rondeau de Chapelle, adressé à Benserade, comme accusé de réception d'un exemplaire de ses Mitamorphoses d'Ovide^ en rondeaux : I
De ces Rondeaux un Livre tout nouveau A bien des gens n'a pas eu l'art de plaire ; Mais quant h moi, je trouve tout fort beau, Papier, dorure, image, caractère.
Hormis les vers qu'il fallait laisser faire A La Fontaine. *
Et cette épitaphe de Ménage^ par La Monnoye, n'est-elle pas digne en tout point, elle aussi, du français « né malin ii qui créa le vaudeville ?
Laissons en paix Monsieur Ménage, C'étoit un trop bon personnage,
Pour a'ètre pas de ses amis ; Souffrez qu'à son tour il repose.
Lui, de qui les vers et la prose Nous ont si souvent endormis.
A propos de vaudevilles, laissez-nous vous oflBrir deux fragments de V Impromptu des acteurs^ une comédie du joyeux Panard, mort il y a plus de cent ans, un refrain sur les lèvres. Il nous semble que ces vers alertes pourraient être datés d'hier :
L'esprit n'est plus qu'un &ux-brillant, La beauté qu'un faux étalage, Les caresses qu'un faux-semblant, Les promesses qu'un ûiux langage.
Fausse gloire, fausse grandeur.
Logent partout le faux honneur.
Partout on voit fausse noblesse.
Fausse apparence, faux-dehors, Faux airs, fausse délicatesse, Faux bruits, faux avis, faux rapports.
Le cœur est faux chez Amarante, Vesta nous montre un faux maintien, Use est une fausse ignorante, Clindor est faux homme de bien.
Petit bien qui ne doive rien.
Petit jardin, petite table.
Petit minois qui m'aime bien.
Sont pour moi chose délectable.
J'aime à trouver, quand il fait froid, Grand feu dans un petit endroit; Les délicats font grande chère.
Quand on leur sert, dans un repas, De grand vin dans un petit verre.
De grands mets dans de petits plats.
Du grave, à présent^ n'est-il pas vrai ? On ne connait guère
des belles stances de Jean Bertaud, évèque de Séez, que la première ; nous donnerons toute la pièce ; elle figure dans le Commentaire sur Job, de messieurs de Port-Royal :
Félicité passée, Qui ne peux revenir, Tourment de ma pensée, Que n'ai-je en te perdant, perdu le souvenir !
Hélas! il ne me reste De mes contentements, Qu'un souvenir funeste, Qui me les convertit à toute heure en tourments.
Le sort plein d'injustice, ^ M'ayant enfin rendu Ce reste, un pur supplice ; Je serais plus heureux, si je l'avais perdu.
Un doigt de cour 1
Charleval à madame Scarron : .
Bien souvent l'amitié s'enflamme.
Et je sens qu'il est malaisé Que l'ami d'une belle Dame Ne soit un Amant déguisé.
Rappelons, en passant, que Taimable poète Charleval est le véritable auteur de la fameuse conversation du père Canaye avec M. le maréchal d'Hocquincourt^ insérée dans les ouvrages de Saint-Evremond. — Il y a juste un siècle, l'irascible Sabatier de Castres déclarait que Saint-Evremond « n'avait fait que la gâter en y ajoutant • d
Voici un harmonieux sonnet, imité de Cervantes, — qui a paru en 177 1, sans nom d'auteur :
Pendant qu'un doux sommeil, dans l'ombre et le silence. Délasse les mortels de leurs divers travaux, Des rigueurs de Cloris je sens la violence, Et j'implore le Ciel sans trouver d< repos.
Quand l'aurore renaît, ma plainte recommence, Et je ressens aussi mille tourmens nouveaux. Je passe tout le )our dans la même souifrance, Espérant vainement la fin de tant de maux.
La nuit revient encore, et ma plainte de même ; Tout est dans le repos, et mon mal est extrême, Comme si j'étois né seulement pour souffrir.
Qu'est-ce donc que j'attends de ma persévérance, Si le Ciel et Cloris m'ôtent toute espérance ? Mais n'est-ce pas assez d'aimer et de mourir.
Madame de Sainctonge, — dont on lisait volontiers les vers en 17 14 — nous fournira le madrigal suivant, « sur un bel Enfant qui n'avoit qu'un œil^ et dont la mère, qui itoit tris belle, avoit aussi le même défaut. »
Tu ne viens, bel Enfant, que de paroître au jour. Tu ne sçais pas encor le prix de la lumière : Fais présent de ton œil à ta charmante Mère, Elle sera Vénus, et tu seras TÂmour.
Nous ne saurions mieux finir qu'en reproduisant un petit bijou poétique, ciselé par un maître illustre. On a lu et relu les Fables inimitables et les Contes gaulois de Jeza de la Fontaine : la chanson que voici, enterrée en quelque sorte dans ses Œuvres diverses , est presque ignorée ':