‹ Miscellanées bibliographiques (volume 2)Chapitre 94 sur 101 · BIOGRAPHIE, IMPRESSIONS ET SOUVBNIRS · texte numérisé non relu

BIOGRAPHIE, IMPRESSIONS ET SOUVBNIRS

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Redis-noai cette guerre.

Les livres faits faagaère Selon le ritnel De Rendue!.

TaloDOiti Di Bantilli {Aube romantique).

Voilà déjà cinq ans que mourait dans un petit village de la Nièvre, à Beuvron, ua homme qui avait joué un rôle marquant dans le mouvement romantique de 1830, et qui

* Au moment où les premières éditions romantiques sont tellement recherchées des bibliophiles et atteignent dans les ventes des prix fabuleux, il n'est pas, semble-t-il, hors de propos de faire connaître un peu cet Eugène Henduel qui fut l'éditeur du romantisme par excellence et dont le nom reparaît sur les trois quarts au moins des livres ainsi disputés aux enchères. Les impressions et souvenirs ici notés ont été rédigés par quelqu'un que Renduel avait vu naître et qu'il traitait comme son enfant ; ils sont donc en quelque sorte écrits sous sa dictée, ainsi qu'on le pourra voir. Disons encore que les librairies, à cette époque, ne représentaient pas, même embryonnairement, ce que nous voyons aujourd'hui : c'étaient de fort modestes installations, où le patron et deux ou trois employés suffisaient à la besogne, à la dififérence des grandes maisons actuelles, qui sont de véritables petits Etats. Mais heureusement que la renommée posthume ne se mesure ni à l'étendue des magasins, ni au nombre des commis. (Note de la rédaction de la Revue Britannique),

n^avaît pas été sans exercer une grande influence du (onà de sa librairie, où les plus grands comme les plus petits, dans le monde des lettres, venaient lui £ûre leur cour et l'associer, en quelque sorte, à leurs travaux. Quelle existence fut jamais mieux remplie que celle de ce petit libraire, qui partit de la position la plus humble pour arriver au succès par le travail et la volonté, dont la vie fut indmement mêlée à la période littéraire la. plus intéressante du siècle, et qui, inconnu d'abord et ne connaissant personne, sut, en peu d'années, grouper autour de lui toutes les forces vives de la littéramre et des arts.

Pierre-Eugène Renduel naquit, le 23 novembre 17^, au gros village de Lormes, situé sous les montagnes, aux confins des bois du Mon^an. Ses parents, de petits bourgeois campagnards, n'avaient que des ressources assez modiques pour élever leur nombreuse famille ; aussi, dès que le gar* çon fut en âge de s'occuper, le placèrent-ils comme clerc chez un notaire de Lormes, M. Lobé. Renduel s'attacha à son patron et put bientôt lui prouver, d'une façon éclatante, son affection et son dévouement. Lorsque arrivèrent les événements de 181 5, le fils de M. Lobé, compromis par ses opinions politiques, dut se sauver et se cacha dans les bois du Morvan, aujourd'hui encore si profonds et alors presque impénétrables. C'était Renduel qui, connaissant sa retraite, lui portait ce dont il avait besoin, vivres et vêtements ; quelquefois même il passait Içs nuits avec lui.

En 18 16, il suivit ses parents, qui allaient habiter Qamecy, et entra comme clerc chez un avoué de cette ville, M. Pellault. Il y demeura jusqu^au moment où il fut pris par la conscription ; mais il n'eut pas plutôt goûté de l'état

militaire qu'il en fut las; il obtint facilement de se faire remplacer en ce temps de paix réparatrice et put aussitôt rentrer dans la vie civile. ,

Il se rendit alors à Paris, où il brûlait de tenter la fortune, et se présenta chez un petit libraire auquel un ami commun l'avait adressé. Celui-ci, qui n'avait besoin d'aucun commis pour faire son modeste commerce, consentit seulement à l'employer jusqu'au jour où il trouverait une place plus lucrative. Renduel entra peu après dans une grande librairie^ mais il découvrit bientôt que l'on n'y usait pas des procédés les plus délicats vis-à-vis des souscripteurs, alléchés par de magnifiques annonces. Ces façons peu loyaleis choquèrent vivement la nature honnête et un peu rude du jeune homme, qui se retira aussitôt de cette maison : c'était peu après 1820.

A cette même époque, un ancien militaire, épris des opinions libérales, venait d'installer, rue de la Huchette, une librairie où il voulait publier surtout des ouvrages déplai^sant au gouvernement et combattant les idées religieuses en faveur sous la Restauration. Le colonel Touquet obtint alors une réputation éphémère en répandant, au meilleur marché possible, des livres d'opposition politique et religieuse^ entre autres les œuvres de Voltaire et de Rousseau, auxquelles^esprit de parti donna dans l'instant beaucoup de vogue. De cette célébrité passagère, il ne reste aujourd'hui que deux titres inséparables : le « Voltaîre-Touquet » et les « Tabatières à la charte. » Ces dernières, qui se vendaient à bas prix, étaient de simples tabatières sur le couvercle desquelles toute la chane était reproduite en lettres minuscules, av^c figures allégoriques, imprimées en lithographie par Godefiroy Engelmann : c'était encore un

'procédé d'opposirîon, afin que les priseurs eussent toajours sous les yeux les droits écrits du citoyen français. Les royalistes répondirent à cette manœuvre en faisant fabriquer d'autres tabatières, avec le testament de Louis XVI et le portrait du roi martyr ; mais le succès populaire était acquis et assuré aux «c Tabatières-Touquet. »

Renduel entra, vers 1821, chez le colonel Touquet, avec les idées duquel ses enthousiasmes de jeune homme s'accordaient sur plus d'un point. Les affaires de la librairie amenaient fréquemment le nouveau commis dans les bureaux d'un imprimeur-libraire de la rue du Pot-de-Fer- Saint-Sulpice, M. Laurens. Là, il eut occasion de voir plusieurs fois l'une de^es filles, la cadette, et il la demanda en mariage : cette union allait se faire et Renduel devait même succéder à son beau-père, lorsqu'un premier malheur, la mort de M"* Laurens, vint entraver l'accomplissement de ces beaux projets.

Le colonel Touquet avait très bien su profiter de son succès au point de vue commercial, mais sa vogue ne tarda pas à baisser, dès que l'on reconnut que ses éditions, ayant le seul avantage de ne pas coûter cher, étaient fautives et peu soignées. Il en parut de beaucoup meilleures qui rendirent le débit des siennes presque nul; et ses affaires allant de mal en pis, il dut enfin se réfugier en Belgique. Comme la librairie de Touquet commençait à décliner, bien qu'elle se fût transportée dans un quartier plus vivant, à la galerie Vivienne, M. Laurens engagea son futur gendre à faire quelques voyages pour se mettre plus au courant des affaires. Renduel entra alors chez M. Hautecœur jeune, dont la librairie était rue de Grenelle-Saint-Honoré, espérant bientôt se marier et s'établir ; maïs il comptait sans les

intrigues de gens qui avaient intérêt à ce que Timprimerie passât en d'autres mains que les siennes. U en arriva comme ceux-ci voulaient : M. Laurens transmit son brevet d'imprimeur à Honoré de Balzac. Ce nouveau contre-temps ne devait pas arrêter Renduel, qui persisu dans sts vues et vainquit enfin, par sa constance, toutes les objections: M"* Céleste Laurens devint M°* Renduel.

A partir de ce moment, Renduel redoubla de zèle, pour mettre un peu d'aisance dans son ménage^ et il fut bien secondé par sa femme. Grâce à leur activité commune, à leur ardeur au travail, ils purent élever peu à peu leur librairie au premier rang. C'est au courant de l'année 1828 que Renduel installa, au numéro 22 de la rue des Grands- Augustins, ce cabinet de librairie qui devait être, peu d'années après, le rendez-vous de toutes les célébrités littéraires et artistiques de l'époque, et surtout des chefs de filé et des disciples enthousiastes de l'école romantique. Il débuta de la façon la plus modeste, en publiant un tout petit code (format in-32), puis des contes de Berquin, de moitié avec un ami, et d'autres ouvrages de peu d'importance.

C'est seulement en 1830 que son nom commença à se répandre dans le monde des lettres. Il avait eu, en effet, le mérite de pressentir quelle force, quel avenir il y avs^it dans le mouvement littéraire qui ne faisait que de naître, et il eut l'habileté de grouper autour de lui tous ces écrivains, aujourd'hui célèbres, alors modestes débutants, qui allaient frapper à la porte de diSérents libraires pour leur glisser subrepticement quelques volumes de prose ou de vers. L'habileté de Renduel consista à les appeler tous à lui par des propositions plus avantageuses, et à publier fi'anchement leurs ouvrages, au lieu d'en produire, timidement un ou

deux comme £sdsaient les autres éditeors. Etant venu trop tard dans la librairie pour posséder les premières fffodiictions de ces écrivains, il eut le difficile talent de ks attirer chez lui, de les enlever aux libraires qui avaient mis an piar leurs livres de début, de retirer l'un à Ladvocat, l'autre à Gosselin, celui-ci à Paulin, celuîr-là à Levavasseur; de publier, sans distinction d'auteur, tous les ouvrages d'un mérite réel, laissant au hasard ou au public le sein de décider lesquels auraient le plus de succès et le dédonmu^eraient des pertes occasionnées par les autres.

Dans son aperçu historique sur la librairie française, Werdet, un ancien éditeur bien connu des bibliophiles, caractérise en ces termes la révolution littéraire commencée sons le règne de Charles X et qui reçut une impression irrésistible de la révolution politique de 1830 : « Avec l'émeute comprimée, avec le repos forcé impo^ à ces chaleureuses imaginations, le culte de la vieille forme classique dut se refroidir, et un avenir littéraire plus en rapport avec les circonstances fut avidement recherché. Lamennais, avec ses Paroles d'un croyant ^ Paul Lacroix, avec ses Scirits de Walter Sccit, qui obtinrent un brillant succès, ouvrirent à deux battants, à la génération nouvelle, Tun les portes de la philosophie, l'autre celles du roman. Deux horizons se découvrirent à la foule nombreuse des littérateurs en herbe, tels que les Léon Gozlan, les Eugène Sue, les Alphonse Royer, les Alphonse Karr et mille autres encore... »

C'est précisément Renduel qui produisit dès l'origine ces deux ouvrages, — comment Werdet n'a-t-il pas un mot de souvenir pour son ancien confrère ? — et par un heureux retour, ce furent ces deux publications qui mirent à

— 3S — flot la librairie de Rendael et qui en assurèrent la vogue par leur retentissement.

Le livre du bibliophile Jacob datait d'avant le changement de régime. Renduel avait édité, dès 1829, ses Soirées de fValter ScM à Paris, ce curieux recueil des chroniques de France du quatorzième au seizième siècle, demeuré le type des romans de chevalerie romantique^ et qui est précédé d'une gravure^aricature si bien dans le goût du temps, où le bibliophile Jacob est représenté en robe de chambre, en culotte courte, des bas déchirés tombant sur les talons, feuilletant de vieilles chroniques dans un cabinet rempli d'in-folio poudreux^ de tenmres et d'armures moyen âge.

Qiiant aux Paroles de l'abbé de Lamennais, c'est seulement en 1833 que parut che2 Renduel la première édition de ce livre de révolté, de cette sorte de plainte biblique adressée au nom des classes souffirantes aux heureux et aux puissants du jour, de cet ouvrage qui rendit définitive la scission du prêtre avec la Cour de Rome, qui attira enfin sur lui les foudres du pape Grégoire XVI, le condamnant, dans une encyclique solennelle, comme auteur avoué d'un « livre peu considérable, mais d'une immense perversité. »

G)mbien d'ouvrages de mérite Renduel fit-il paraître, combien d'auteurs de génie ou de talent virent leur premier livre édité par lui, ou le vinrent successivement trouver par la force même des choses ! Victor Hugo d'abord, puis Sainte-Beuve, Lamennais, Théophile Gautier, Henri Heine, Alfired et Paul de Musset, Gérard de Nerval, Alfired de Vigny, Jules et Paul Lacroix, Charles Nodier, Pétrus Borel, Frédéric Soulié, Eugène Sue, Léon Gozlan, Alphonse

Royer, d'Orctgue, le vicomte d'Ârlincourt, Michel Masson, Louis de Maynard, Rajrmond Bnicker, etc.

n fallait alors un rare esprit d'initiative» presque de l'audace, pour publier les écrits de Heine et les contes d'Hoffmann. C'est Renduel qui, le premier, demanda à Henri Heine, alors connu seulement par quelques articles de la Revue des deux mondes, de réunir en un volume ses émdes sur notre pays : de là le premier ouvrage de Heine paru en 1833 et intitulé De la France. Le succès n'avait pas trompé l'attente de l'éditeur, qui traita ensuite avec Henri Heine pour publier ses œuvres complètes et qui les fit paraître effectivement, au courant des deux années suivantes, en cinq volumes, dont un sur la FranUy deux sur l'Allemagne et deux de Reisdnlder. Et ce qui prouve qu'il y avait alors un certain mérite à apprécier Henri Heine, quelque courage à l'éditer, c'est que dix ans plus tard, quand Renduel eut pris ses quartiers définitifs à la campagne, Heine se trouva f(Ht embarrassé de trouver un éditeur. Hachette n'avait pris qu'en dépôt le restant de l'édition de Renduel, et Heine, redevenu libre de placer ses ouvrages où il voudrait, les alla proposer à Charpentier.

Or, celui-ci, qui n'était pourtant pas un homme ordinaire, écrivait dans ce temps à Renduel : <c J'ai parcouru les ouvrages de Heine, que j'avais fait prendre, avec votre petit mot, chez Hachette, et, franchement, ça n'est pas bon. C'est du dévergondage politique, philosophique, etc., sur tous les points enfin ; et l'esprit qui s'y trouve quelquefois sent diablement le cruchon de bière. C'est d'un étudiant allemand échauffé. Je suis fâché de ne pouvoir les imprimer, car i'aurais eu du plaisir à vous compter encore quelques piles d'écus de 5 francs ; mais c'est impossible. »

Effectivement, Charpentier n'édita jamais les ouvrages de Heine, qui fut tout heureux et tout aise, à la fin, de rencontrer un second Renduel en la personne de Michel Lévy*.

Lorsque Renduel, l'esprit séduit et charmé par les contes d'HoSinann, avait décidé de les faire tous traduire^ il s'était adressé, pour cette tâche délicate, à Lœve-Veimars, et il avait eu vraiment la main heureuse, à ne juger que le talent de l'écrivain, dont la remarquable traduction est devenue classique, et en oubliant le fâcheux caractère de l'homme. Cette longue publication obtint une vogue considérable, ne dura pas moins de cinq ans, de 1829 à 1833, et s'étendit jusqu'à vingt volumes, tandis qu'une traduction rivale^ celle de Théodore Toussenel^ suscitée par ce succès inespéré, et commencée seulement un an plus tard, s'arrêta à douze ' volumes d'égale contenance. L'édition des Contes d'Hoff-tnatm, publiée par Renduel, était aussi bien une œuvre de luxe qu'une œuvre littéraire ; car^ outre une notice histori-

* Lettre de Hachette à Renduel du 1 2 octobre 1 840 ; lettres de Charpentier à Renduel des 14 octobre et 9 décembre 1841. — Je pourrais insister sur les rapports d'amitié qui unirent toujours Charpentier à Renduel, celui-ci ayant conservé quelques lettres charmantes du premier, mais je me contenterai, pour le moment, de donner ici un simple éclaircissement bibliographique. Le livre de Heine sur la France parut isolément en i833; mais, quand Renduel dut publier ensuite les Reisebilder^ il voulut réunir toutes les œuvres de Heine sous une rubrique générale. Il marqua donc les Reisebilder comme tomes H et III; la seconde édition de l'a France (réédition fictive, car le titre seul était changé) forma le tome IV, puis V Allemagne les tomes V et VI. La série est complète ainsi, et Ton y chercherait vainement le tome I, qui n'a jamais paru. Renduel voulait peut-être attribuer cette place à la France ou à quelque autre ouvrage en un seul volume, mais le fait est qu'elle resta toujours vacante.

que de Walter Scott sur rècrivain allemand, elle lenfiennait un beau portrait» dessiné par M. Heniiquel Dupont» d'après une silhouette d'Hoffinann par lui-même, .puis deux jdies vignettes de Johannot : Tune tirée du conte de hiaUrtFlah et l'autre représentant le chat Murr.

Sue et Soulié contribuèrent également à la prospérité de l'entreprise de Renduel. S'il ne publia du second qu'une réédition des Deux Cadavres^ il eut en revanche la primeur de deux des plus célèbres romans du premier. Au moment où Renduel entra en rapports avec Eugène Sue, celuî-ci venait de quiner la carrière maritime pour s'essayer dans b littérature» après avoir exercé la chirurgie dans les armées de terre et de mer» parcouru l'Espagne» les Antilles, la Grèce et assisté enfin à la bataille de Navarin. Renduel commença par rééditer Atar-Gull, publié d'abord chez Vimont» puis il fit paraître» coup sur coup et à un an de distance» les deux grands romans maritimes de Plich et Flock et de la Salamandre, Plick et Plock était le premier ouvrage d'imagination sur la vie maritime qui fÙt écrit en France» et il avait d'aboi'd paru dans un recueil littéraire» la Mode, mais il retrouva en volume le succès retentissant qu'il avait obtenu en feuilletons» et la vogue de ces récits fiit telle, qu'elle établit définitivement la répuution naissante du romancier.

En 1837, c'est-à-dire au plus fort de sa réputation» Renduel avait transféré sa librairie au numéro 3 de la rue Christine» tout près de son premier domicile. Mais ce n'était pas sans porter atteinte à sa santé qu'il avait pu arriver à ce succès inespéré : son activité infatigable avait usé ses forces» si bien que les médecins lui conseillèrent» d'un avis unanime» de se retirer à la campagne. Un peu avant 1840, il

~ 39 acheu le château et la terre de Beuvron, situas dans Tétroite et charmante vallée du Beuvron, à trois lieues au-dessus de Clamecy , dans un pays où il n'y avait alors que des sentiers abrupts, difficiles à gravir, même à cheval. Cette propriété, d'ailleurs assez étendue et bien placée au bord de la rivière, avait surtout, à ses yeux, le gran^ mérite de le ramener presque dans son pays natal, aux confins du Morvan, à quelques lieues de Lormes. Renduel ne se décida pas tout d'abord à abandonner complètement Paris, tant était grand pour lui Tattrait de la vie militante, et il se contenta d'aller passer plusieurs mois chaque année à la campagne; mais, n'ayant pas tardé à s'apercevoir que sa santé dépérissait dès qu'il rentrait à la ville, il dut renoncer absolument à la librairie et se retirer à Beuvron.

L'arrivée d'un homme d'intelligence et d'action fut un bienfait pour ce pays, encore très arriéré. Renduel^ qui avait en lui un besoin incessant de s'occuper, reporta toute son activité sur la culture et oublia les jouissances de la vie littéraire pour les plaisirs de la vie rustique ; uniquement préoccupé de la prospérité de ses terres et de ses troupeaux, obtenant des prix aux comices, révélant aux gens de la campagne les inventions modernes et discutant presque autant avec eux, pour les décider à adopter un instrument nouveau, qu'il faisait naguère avec tel poète ou romancier pour obtenir une correction ou une concession. Les paysans, ou du moins la plupart d'entre eux, reconnurent bien vite les qualités de cet homme excellent, parfois brusque et grondeur^ mais si dévoué ; et chaque fois qu'ils purent nommer eux-mêmes leur maire ils ne manquèrent pas de le choisir. Elu à plusieurs reprises maire de Beuvron, Renduel apporta à ses fonctions municipales le zèle qu'il met-

tait en toute chose, et s'y donna tout entier. Il veillait à mieux employer les fonds de secours, ne soutenant que les véritables indigents, afin de pouvoir les secourir tous; U usait de sa légitime ii^uence, souvent avec succès, pour obtenir des chemins praticables ; il en traçait même et en exécutait avec les seules ressources de la commune. Il donnait encore l'exemple du courage en refusant de fuir devant l'épidémie cholérique, afin de ne pas augmenter l'effiroi des paysans attachés au sol. Durant la dernière guerre enfin, étant tout nouvellement renommé maire, il bravait cet hiver rigoureux, malgré ses soixante-treize ans, et courant tous les jours du canton à la sous^préfecture, pour veiller aux intérêts de sa petite commune. Bien qu'il dût aller presque chaque année aux eaux, pour soigner une ancienne maladie du foie, Renduel était encore alerte et solide lors* qu'il fut subitement frappé d'une paralysie partielle. La maladie parut un instant céder devant un traitement énergique ; mais une seconde attaque, plus violente, l'emporta le 19 octobre 1874. Il approchait de ses soixante-seize ans.

L'annonce du trépas d'un homme que tous crojraiem enterré depuis longtemps causa bien une légère surprise parmi les rares gens épris d'histoire littéraire qui avaient entendu prononcer le nom de Renduel par quelques débris de la phalange romantique, ou qui l'avaient vu au bas de quelque édition originale de Nodier, de Gautier ou de Hugo; mais ce* nom même n'éveillait qu'un rare sentiment de curiosité parmi tous les écrivains modernes, car nul n'avait connu Renduel. Il mourait trop tard pour sa gloire ;

car, s'il avait précédé Gautier dans la tombe, celai-ci n'eût

certainement pas manqué de lui consacrer un de ces articles nècrologique3y si animés, si touchants, dans lesquels il fai« sait revivre Tami qui venait de disparaître, et le faisait estimer et aimer de tous. Lorsque Renduel disparut à son tour, Paul Foucher survivait seul, qui aurait pu tracer de lui un ponrait d'après nature ; mais celui-ci n'avait eu que peu de rapports avec l'éditeur romantique, étant le demi«r venu dans le cénacle, et cette mort aurait frappé davantage quiconque, étant plus âgé, aurait vécu avec Renduel ces dix années de luttes littéraires, de 1830 à 1840. Qpant à Victor Hugo, il planait trop haut dans les nuages pour se soucier aucunement de cet accident terrestre et pour accorder un seul mot de souvenir à celui qui avait été mieux que son éditeur, son ami ; il daignait du moins l'appeler ainsi.

La plupart des journaux se contentèrent d'annoncer cette mort par un simple fait-divers ; quelques-uns pourtant profitèrent du trépas de cette « personnalité quasi littéraire » pour rééditer quelques contes à dormir debout, comme cela arrive trop souvent chaque fois que disparait une personne qui a eu son jour de renommée et d'éclat : simple prétexte à copie qui permet de reproduire deux ou trois anecdotes écloses dans le cerveau d'un rédacteur à bout de nouvelles *. Seul^ M. Philibert Âudebrand, qui avait gardé le culte

* Voici celle de ces anecdotes qui fit le plus de chemin dans la presse : 0 . . . Eugène Renduel a été Téditeur le plus marquant de recelé nouvelle; on sait assez que c'est lui qui eut rheureuse témérité de publier les premières œuvres des romantiques, à commencer par celles de Victor Hugo. En parlant de lui, Henri Heine disait : « Quand je suis allé lui offrir Reisebil' € der^ il me répétait la chanson qu'il chantait à tout le monde : 0 Vous me ferez mourir sur la paille. » Et moi de répondre : m 4

des choses littéraires , consacra au défunt quelques lignes d'un louable sentiment^ dans sa chronique de Vlllustraiion. C'était d'autant mieux à lui qu'il n'avait jamais connu Renduel et qu'il ne lui était redevable de rien.

« Eugène Renduel vient de mourir dans sa soixanteseizième année, au château de Beuvron (Nièvre\'

« A ce seul nom, ce qui reste de la génération de 1830 n'a pu s'empêcher de dresser l'oreille. Eugène Renduel a été celui des éditeurs qui a le plus contribué à aflFermir l'école romantique dans son triomphe. C'est lui qui a prononcé une sorte de « fiât lux » pour les œuvres magistrales d'alors. Ses in-octavo, illustrés des vignettes de Porret et des Johannot, donnaient plus de relief encore à Victor Hugo, à Charles Nodier, à Théophile Gautier et aux autres.

« Un libraire du temps de Louis XV disait :

a Ah! si je tenais dans un grenier, nus et sans pain, les « nommés Voltaire, J.-J. Rousseau et Diderot, quelle bonne « affaire je les forcerais à me faire faire ! »

« Eugène Renduel n'avait pas besoin de songer à de tels expédients. S'il faisait de bonnes affaires avec les grands écrivains de son temps, il les mettait de moitié dans la réussite de l'entreprise. Un livre édité par lui avait, rien que sur

« Sur la paille d'un château. » Vous le voyez, ce charmant Henri Heine était bon prophète ! » — Ce jeu de mot a été naturellement inspiré à quelque nouvelliste par la lecture de la lettre de faire part, datée du château de Beuvron ; mais il faut avoir vu ce château, déchu de sa splendeur passée, pour juger combien cette plaisanterie tombait à faux et comment les maîtres de ce domaine, bien que seigneurs châtelains, devaient être et étaient en effet beaucoup moins riches que tel ou tel gros fermier qui n'habite pas un château, mais qui pourrait en acheter deux ou trois comme celui de Beuvron.

le nom de celui qui l'avait fabriqué, un passeport sûr auprès du public.

<c Les catalogues qu'il a laissés sont des monuments littéraires. Il n'y a pas de bibliophile qui ne se fasse un devoir de les consulter, afin de se rendre compte de ce que pouvait être l'esprit français en 1830. Eugène Renduel^ très téméraire, a été le premier éditeur des deux ouvrages les plus audacieux de son temps : Reisebildery de Henri Heine, et les Paroles d'un Croyant y de Lamennais.

« Il avait commandé à Gustave Planche un roman en deux volumes in-octavo, et ce n'a pas été sa faute si le critique ne s'est pas fait conteur, au moins pour une fois.

ce Jules Janin nous disait un jour, dans son petit jardin :

M Un catalogue d'Eugène Renduel est plus intéressant à « lire que tous les livres qu'on écrit aujourd'hui *. »

Le chroniqueur se rappelait peut-être avoir enterré avant le temps celui qui venait de disparaître, et il désirait compléter pour l'homme vraiment mort l'oraison funèbre, très sommaire, mais déjà trop longue, qu'il lui avait consacrée de son vivant.

Au mois de juillet 1874, Renduel était allé prendre les eaux de Bourbonne-les-Bains, où le médecin, un peu en désespoir de cause, l'avait envoyé pour le remettre d'une première attaque de paralysie. Comme il feuilletait un soir Y Illustration y lui qui ne lisait d'ordinaire que deux journaux politiques, un de Paris et un de Nevers, il aperçut son propre nom imprimé, et il lut avidement les lignes suivantes :

* L* Illustration^ 7 novembre 1S74.

« Ce que le directeur ne sait peut-être pas, c*est qull a été fortement de mode en littérature, il y a quarante ans, de faire des promesses. On prenait les engagements les plus formels — dans les catalogues. Pour ne parler que du même Alphonse Karr, il avait promis, par exemple, trois romans, qu'on attendra probablement jusqu'à la semaine des quatre jeudis.

« i^ L'Ue des saules, dont il est fait mention dans les catalogues d'Eugène Rendue!, à la date de 1835. (Eugène Renduel est mort depuis longtemps et 1835 a l'air d'avoir été avant le déluge.)

« Mais que vous dire ? Les hasards de la vie et la Esmtaisie du conteur l'ont poussé de la mer d'Etreut à la mer de Nice. Tantôt il s'est fait jardinier, tantôt il s'est fait pêcheur. Pour im jardinier, c'est de la paresse *. »

L'article était de M. Philibert Audebrand, et raillait agréablement certain directeur de revue qui prétendait contraindre M. Alphonse Karr, par autorité de justice, à composer un roman de Rohinson Crusoé, que l'écrivain s'était engagé à faire il y avait déjà plus de vingt ans... Renduel n'en lut pas plus long et jeta le journal.

Lorsque j'allai le voir à Beuvron^ à la fin d'août 1874, l'excellent homme, qui s'était repris à espérer après le succès momentané de sa cure, riait volontiers de l'article qui l'avait d'abord désagréablement frappé, et il me disait, du ton joyeusement bourru qui lui était habituel : « Conçoiton ce M. Audebrand^ qui me tue et m'enterre sans plus de *

* L'Illustration^ 18 juillet 1874.

façon ! Si tu le connais, dis-lui que je suis encore de ce monde. J'avais d'abord envie de réclamer, mais à quei bon ? Si je ne suis pas mort, je n'en vaut guère mieux ; je suis oublié des rares survivants de mon temps ; si je faisais mine de vivre, je m'attirerais des lettres, des visites, des demandes : mieux vaut demeurer mort. »

Qpiconque connaissait le caractère et le ton de Renduel aurait facilement discerné sous cette boutade, une douce sadsfaction résultant d'abord de ce que son nom n'était pas oublié^ et aussi d'une idée assez complexe, mais bien naturelle chez un homme qui avait occupé une telle position. Pensée toute secrète qu'il ne formulait pas, mais qu'on lisait dans ses yeux, et qui était sûrement celle-ci. Tandis que les derniers représentants de l'école romantique, s'efforcent de satisfaire la curiosité avide des nouveaux venus dans les lettres artistiques et littéraires, tandis que Gautier se lamente de n'avoir plus tant de livres originaux, d'éditions rares, auxquelles le temps prête une si grande valeur, un homme vit retiré en province qui en sait long sur les mystères et les intrigues du temps romantique, car cet homme, par sa position et les services qu'on lui demandait était le confident de chacun, ^t c'est à son cabinet, sorte de terrain neutre entre tant d'ambitions rivales que venaient aboutir tous les propos méchants ou scandaleux, tous les commentaires défavorables d'écrivains qui se dépréciaient, par derrière, aussi fort qu'ils s'adulaient en face. Ce solitaire, oublié de tous et que tous croient mort, conservait soigneusement ces livres précieux^ ces éditions originales, devenues presque introuvables, ces curieuses eaux-fortes et gravures, aujourd'hui disparues ; il avait enfin, à demi en ordre, nombre de lettres à lui adressées ou de tndtés passés

avec lui par tous les écrivains et poètes du temps» du plus petit au plus grand.

Le vrai plaisir de Renduel était de penser qu'il détenait tant de riches documents sur le romantisme, et qu'il était seul à les pouvoir consulter. Il surveillait curieusement l'apparition des ouvrages, prétendant révéler certains points de l'histoire romantique, et il se pressait de les lire avec le désir secret d'y retrouver quelque souvenir pris sur le vif et aussi de n'y rien découvrir de curieux. La satisfaction qu'il éprouvait à cette lecture était moins d'évoquer le passé que de vérifier s'il était bien seul à en connaître les traits les plus piquants. Par le fait, chaque livre nouveau lui apporuit une désillusion ou plutôt une satisfaction nouvelle : tous ne fusaient que répéter les anecdotes ou les aventures les plus connues ; aucun ne dévoilait les intrigues secrètes, les hostilités sourdes qu'il avait connues mieux que personne. C'est que, par sa position même au centre du monde romantique, il était l'arbitre et le conseil nécessaire ; il écoutait les griefs des uns, les médisances des autres, les indiscrétions de tous, — et gardait, le plus souvent, ces confidences pour lui.

Lui demandait-on ce qu'il fallait retenir de livres comme Victor Hugo raconté par un témoin de sa vie ou comme les souvenirs de M. Feydeau sur Gautier : « Rien du tout, disait-il. L'auteur du premier, à la fois juge et partie, était trop malin pour raconter rien de vrai qui fût à son désavantage, et l'auteur du second était trop jeune pour avoir connu le véritable Gautier, celui des âges romantiques. » Puis, avec un ton de regret : « Ah ! si j'avais écrit tout ce que j'ai su, quelles révélations et comme on aurait appris de singulières choses sur ces petits grands esprits ! Pourquoi

dï-

n'avoir pas fixé mes souvenirs alors que j'avais la mémoire jeune et fraîche? J'ai beaucoup oublié depuis ce temps, mais je me rappelle encore quantité de choses que peu de gens ont sues aussi bien que moi » Et tout ce dont il se souvenait, il le racontait lentement, minutieusement, avec une satisfactioh visible, et d'autant plus heureux d'évoquer cette histoire du passé, qu'il voyait quelle attention on lui prêtait, quel plaisir on prenait à ses révélations.

Les souvenirs de Gautier sur YHistotre du romantisme l'avaient distrait en lui retraçant avec une verve amusante la joyeuse vie d'autrefois; mais il déplorait que Théophile, comme il l'appelait, n'eût pas pu mener plus loin son récit. Le seul livre qui lui parût mériter encore quelque attention était l'étude de M. Jules Claretie sur Pétrus Borel, cet écrivain d'un talent si personnel, qu'il avait apprécié et soutenu dès le début. Il trouvait surtout à cet ouvrage le mérite, trop rare de nos jours, d'être écrit dans un esprit très juste, ni trop sévère, ni trop élogieux; de transporter aussi le lecteur en pleine vie romantique et de le faire vivre, pour ainsi dire, avec les artistes et ces littérateurs, entre lesquels la physionomie originale de Pétrus Borel se détachait si bien en relief.

Il n'était pas non plus sans connaître le passage de Lutice où Henri Heine le met en scène avec Victor Hugo :

«... Qiielqu'un a dit du génie de Victor Hugo : « C'est « un beau bossu. » Ce mot est plus profond que ne le suppose peut-être celui qui l'a inventé. En répétant ce mot, je n'ai pas seulement en vue la manie de M. Victor Hugo, de charger, dans ses romans et ses drames, le dos de s^s héros principaux d'une bosse matérielle; mais je veux surtout insinuer ici qu'il est lui-même affligé d'une bosse morale

qu'il porte dans Pesprit. J'irai même plus loin, en disant que, d'après la théorie de notre philosophie moderne, nommée «( la doctrine de l'identité, » c'est une loi de la namre que le caractère extérieur et corporel de l'homme répond à son caractère intérieur et intellectuel. Je ruminais encore cette donnée philosophique dans ma tète lorsque je ^ns en France, et j'avouai un jour à mon libraire^ Eugène Renduel, qui était aussi l'éditeur de Victor Hugo, que, d'après l'idée que je m'étais faite de ce dernier, j'avais été fort étonné de ne pas trouver en M. Hugo un homme gratifié d'une bosse, (c Oui, on ne lui voit pas sa difformité, dit M. Renduel par <c distraction. — Comment ! m'écriai-je, il n'en est donc « pas tout à fait exempt ? Non, pas tout à fait », répondit Renduel avec embarras. Et, sur mes vives instances, il finit par m'avouer qu'il avait, un beau matin, surpris M. Hugo au moment où il changeait de chemise, et qu'alors il avait remarqué un vice de conformation dans une de ses hanches, la droite, si je ne me trompe, qui avançait un peu trop, comme chez les personnes dont le peuple a l'habitude

de dire qu'elles ont une bosse, sans qu'on sache où

Chose aussi amusante que significative ! ce fut justement à réditeur du poète que cette difformité ne resta pas cachée. Personne n'est un héros aux yeux de son valet de chambre, dit le proverbe, et de même, le plus grand écrivain finira par perdre à la longue son prestige héroïque aux yeux de son éditeur, l'attentif valet de chambre de son esprit ; ils nous voient trop souvent dans notre négligé humain. »

Et, comme je lui demandais ce qu'il y avait de vrai là dedans :

« Je connais cette histoire de longue date, me répondit Renduel ; elle est amusante, mais inventée à plaisir. Heine

est là tout entier. Je lui aurai dit quelque jour que j'avais surpris le maitre à sa toilette. Cette idée du petit lever royal d'Hugo Taura frappé et se sera mêlée avec sa théorie de conformité physique et morale chez les écrivains. Ces deux pensées auront germé ensemble et se seront confondues; de là cette anecdote qu'il imagine^ de là les paroles qu'il me prête et qu'il devait croire vraies à force de les rouler dans sa tête. »

Renduel avait gardé le meilleur souvenir de Gautier ; et, s'il avait toujours quelque trait désagréable à raconter sur les autres coryphées du romantisme, il ne parlait jamais de Théophile que pour vanter sa franche et bonne nature, son humeur égale, son excellent caractère. Il n'avait pourtant conservé aucune relation avec lui; mais il le préférait, comme homme, à tous ses contemporains. « Qjxel bon garçon, avait-il coutume de dire ; quel brave cœur ! » Cette sympathie semble avoir été réciproque, car Gautier ne manque pas, à l'occasion de donner dans ses livres un souvenir à celui qui fut son éditeur et son ami. Si brièvement qu'il parle de lui dans sa préface du Capitaine Fracasse ou dans sa notice autobiographique^ ce ne sont pas là des paroles banales, et le poète avait dû garder un souvenir sincèrement affectueux de l'éditeur de Maupin.

Lors de ma dernière visite à Renduel, les Portraits content' porains de Gautier venaient de paraître, et Paul Foucher, qui rédigeait une revue littéraire à la Liberté^ analysa ce livre dans un article qu'il terminait par ces paroles émues •

— 5P — • Gautier et moi nous nous étions un pe« podnsde tmm^ pourquoi ne le dirais-je pas? il m'aîoiait pca ;. je n'aii^m su pourquoi. Nous ne savons guère — et noos anm i^ — nous affranchir de cette réserve inspicée par le pet h sympathie que notre personne ou notre, piodoctian pik voque. Cependant, nous étions {dus que ^"^ii^traiirt ; étions frères d'armes. Nous avions tous deux ka i^AnUmy^ la croix d'honneur d^Hematù. Nos allures celles de copins de lettre; mais nous ne nous jamais mtoyès — que de loin. Je n*en remplis pas aK moins de sympathie la tâche qui m'échoit. Dans son aiticie . sur Gozlan, recueilli parmi les Portraiis coniemporums, Gmtier disait : « Notre armée n'est pas vaincoe, maisdédmi^ < et les soldats qui sont encore debout se ne^gardent aiec « inquiétude, voyant leur petit nombre. » Hilasl à k représenution des Burgravts, déjà on avait demandé i Célestin Nanteuil deux cents soldats des bandes d^Heum^ et il n'avait pu les donner. « Chacun a l'air de dire à l'autre, <c continue Gautier : « Si c'est toi qui es destiné à £ûit « l'oraison funèbre de la troupe, ne m'oublie pas. » Jai pensé — y avait-il témérité ? — que c'était « à moi le tour. > J'ai pris de la main du factionnaire tombé le fusil, prêt à le remettre à qui voudra me relever. Les hommes de la génération de 1830, que je n'ai pas à louer, mais que tant de noms d'un éclat si supérieur au mien ont recommandés, rappellent les huguenots du cinquième acte du chef* d'œuvre de Meyerbeer. Sous les balles invisibles qui criblent le peu qui reste encore de la phalange, ils chantent encore ; bientôt, peut-être, ils ne chanteront plus. »

Cet article plongea d'abord Renduel dans de tristes pensées ; mais il lui inspira bientôt des idées plus riantes en

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