‹ Miscellanées bibliographiquesChapitre 18 sur 52 · MÉTHODE POUR NETTOYER LES ESTAMPES · texte numérisé non relu

MÉTHODE POUR NETTOYER LES ESTAMPES

ans un volume peu connu, publié en 1751, in-12, par un marchand d'estampes nommé Hecquet, dans cette sorte' de gros catalogue de l'œuvre gravé de Rubens, de Jordaens et de Visscher, nous trouvons un secret qui consiste à blanchir les estampes et à enlever les taches d'huile ; Grimm en parle dans ses ^Isiouvelles littéraires et semble en apprécier l'efficacité ; nous copions donc ce procédé, persuadé qu'il sera utile à plus d'un amateur-

« Je distingue dans les estampes, dit le sieur Hecquet, deux sortes de malpropretés, lès unes sont rousses, et les autres jaunes. La rousseur des estampes provient d'avoir été trop exposées aux impressions de l'air. Les jaunes sont celles qui onrété imprimées avec de l'huile qui n'était pas brûlée suffisamment; car, quand les imprimeurs n'ont pas l'attention de faire assez brûler leur huile, les estampes deviennent jaunes dès les premiers jours, ce qui provient de ce que l'huile, n'ayant point assez de corps, coule à côté de la taille et jaunit le papier.

« L'opération que je propose ne se fait qu'à la chaleur du soleil. Plus il est chaud, plus elle est prompte ; ainsi les mois de juin, de juillet et d'août sont les plus favorables. En voici le procédé.

« On prend une table ou des planches; on attache de petits clous des deux côtés. On y passe des fils en travers, afin d'empêcher que le vent n'enlève les estampes, on étend ensuite du papier de peur que les pores du bois, venant à s^ouvrir, ne communiquent à l'estampe la rousseur de l'eau qui s'y attacherait et qui serait plus difficile à ôter que les taches d'huile. Il n'est pas nécessaire qu'il y ait plusieurs feuilles de papier les unes sur les autres, il suffit que la table ou les planches en soient entièrement couvertes. On y placera les estampes sur lesquelles on veut faire l'opération, et on versera dessus de l'eau bouillante. Il faut avoir l'attention d'en verser partout, et, comme il y a des endroits où les estampes se recoquillent et que les plus élevées sèchent plus vite, on aura une éponge fine et on se servira de l'eau qui est dans les creux des estampes pour en mouiller les endroits qui se sèchent. Après avoir versé trois .ou quatre fois de l'eau bouillante, on s'apercevra que le jaune ou le roux de l'estampe s'attachera dessus. Il ne faut point s'en inquiéter; plijs les estampes blanchiront, plus cette espèce de rouille augmentera. Q.uand les estampes seront blanchies, on les mettra dans un vaisseau carré, de cuivre ou de bois, de la capacité delà plus grande estampe; on versera d^sus de l'eau bouillante et on couvrira le vaisseau avec du linge ou quelque étoffe pour bien conserver la chaleur. Au bout de cinq ou six heures, cette rouille se détache et s'évapore dans l'eau. Il faut observer, avant de verser cette dernière, d'étendre sur les estampes déjà mouillées une feuille de fort

papier blanc, de crainte que l'eau bouillante ne les déchire.

« Cela fait, on les étendra sur des cordes pour en exprimer l'eau, et, quand elles seront à moitié sèches, on les mettra dans des feuilles de papier ou entre des cartons qu'on chargera de quelque chose de pesant pour qu'elles ne se recoquillent point.

« Il faut que les estampes soient bien rousses ou bien jaunes pour être deux jours à blanchir, car elles blanchissent ordinairement en un jour.

« La même opération ôte toutes sortes de taches d'huile, mais il faut y employer plus de temps; j'ai alors la précaution de ne point exposer le côté de la gravure. Je tourne mon estampe, de crainte que l'ardeur du soleil n'en enlève la fleur. »

La méthode de Hecquet, on le voit, est fort simple et racontée dans le style culinaire qui lui est propre, nous avons aujourd'hui des procédés plus hâtifs; nous les croyons moins sûrs, car ils altèrent souvent le papier des estampes et quelquefois blanchissent la gravure elle-même.

Jehan Guet.

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