VIEUX PARCHEMINS
iA Chronique du journal général de l'Imprimerie et de la [librairie^ en date du 2 avril 1864, reproduit d'après le Moniteur Universel du 4 mars de la même année, un article sur un procédé qui doit fixer l'attention de tous les amateurs d'anciens manuscrits et qu'il nous a paru utile de reproduire ici :
Ce procédé de M. Ed. Moride nous paraît devoir suffisamment intéresser les archéologues et les paléographes pour en donner l'exposé. H consiste : i** à ramollir aussi vite que possible le parchemin dans l'eau distillée froide, sans agitation, sans froissement; 2"* à plonger pendant cinq secondes seulement la feuille égouttée dans une solution d'acide oxalique au centième; $^ à laver rapidement dans deux eaux le parchemin, souvent recouvert d'oxalate de chaux, afin de l'en dégager; 4° à introduire le manuscrit dans un vase fermé contenant une solution de dix grammes d'acide gallique sur trois cents grammes d'eau distillée; 50 enfin, à le laver à grande eau après l'apparition des caractères, à le sécher entre des feuilles de papier Joseph sans cesse renouvelées, et â soumettre en dernier lieu le tout à la presse. Dans les cas où il s*agit simplement de faire ressortir quelques mots sur un titre, je me sers de pinceau
ensuivant régulièrement la marche que je viens d'indiquer; j'applique alors alternativement une solution acide et un papier buvard, de Teau et du papier qui l'absorbe.
M. Ed. Moride recommande d'agir avec délicatesse et promptitude pendant toute la série des opérations qui précèdent, attendu que les parchemins imprégnés d'acide gallique se colorent facilement en rose et même en noir sous l'influence de l'air et de la lumière; qu'ils se tachent si le papier Joseph est ferrugineux; que l'écriture est difficile à lire si l'on vient à froisser les feuillets; qu'ils se raccornissent si la température des solutions est trop élevée ou lorsqu^on les sèche trop rapidement soit au feu, soit au soleil ; qu'ils se maculent et se recouvrent de moisissures au contact d'un papier buvard trop chargé d'humidité, quand le séchage est trop lent.
« Il est bon de changer la solution d'acide dès qu'elle commence à se colorer.
« Toutes les encres ne ressortent pas aussi bien les unes que les autres; il en est qui deviennent très-noires, tandis que d'autres restent d'un jaune pâle.
« Il arrive quelquefois que l'encre, entraînée par de l'humidité prolongée, se répand en nappe à la surface des manuscrits; alors de grandes taches foncées se produisent sous l'action des réactifs, et l'écriture reste illisible comme il en est lors de la décomposition du parchemin; mais, il faut le dire, ces cas sont assez rares, et, en dehors de ces exceptions, nous pouvons affirmer que l'on peut, par les moyens décrits ci-dessus, rendre à des caractères anciens à peine perceptibles, toute leur netteté, leur fraîcheur, et leur teinte noire, comme s'ils avaient été récemment tracés »,