PASCAL
Les sens abusent la raison par de fausses apparences; et cette même piperie ^qu'ils lui apportent, ils la reçoivent d'elle à leur tour ; elle s'en revanche. Les passions de l'âme troublent les sens et leur font des impressions fâcheuses. Ils mentent et se trompent à l'envi.
. . . Rien n'est si fautif que ces lois qui redressent les fautes. Qui leur obéit parce qu'elles sont justes obéit à la justice qu'il imagine, mais non pas à l'essence de la loi.
Furetière a été accusé par l'Académie d'avoir soustrait des articles discutés en commun pour en enrichir le Dictionnaire qu'il publia de son côté. Le succès du travail de Furetière et le peu d'importance de ses emprunts lui donnèrent raison aux yeux du public, mais il n'en fût pas moins expulsé
de l'Académie. On a gagné à cette fameuse querelle des factutns de Furetière, pétillants d'esprit, et qui mériteraient, par conséquent, d'être connus davantage.
Arrivant au roman, constatons, en passant, que le joli chapitre de VErmite, dans Zadig, est extrait presque d'un bout à l'autre, d'un petit volume intitulé : 7he Works in verse and prose of D" Thomas Parnell, lafe Archdeacon of Clogher (Œuvres en vers et en prose du docteur Thomas Pamell, archidiacre de Clogher), Le malicieux Fréron, qui découvrit ce plagiat, eut soin de mentionner une inadvertance singulière commise par Voltaire. « ... A l'article du jeune homme jeté dans la rivière, il fait dire à l'ermite : « Apprenez que ce jeune homme dont la Providence a tordu le cou, etc. » Précipiter quelqu'un dans l'eau n'est pas lui tordre le cou; mais comme effectivement il se trouve danis l'original un enfant à qui Von tord le couy M. de Voltaire, qui de deux événements n'en a fait qu'un, les a confondus ; l'enfant à qui Parnell fait tordre le cou lui est revenu malgré lui dans l'esprit, et, sans y penser, il s'est servi de cette expression pour son jeune homme noyé. Il faut avouer que sa mémoire, qui d'ailleurs le sert très-bien, lui a joué là un mauvais tour. »
N'oublions pas d'ajouter que le chapitre intitulé le Chien et le Cheval y dans Zadig également, est emprunté, en quelque sorte mot pour mot, à un livre fort oublié, imprimé en 171 6, sous ce titre : Le Voyage et les Aventures des trois princes de Sarendip, traduit du persanMolxzixQy pour toute modification, s'est contenté de mettre à la place d'un chameau, un chien et un cheval,
n est piquant, sans nul doute, de reproduire ici, pour servir de conclusion à nos recherches, la définition du plagiat.
prise dans le Dictionnaire philosophique dé Voltaire : « Lé véritable plagiat, dit l'auteur de Zadig, est de donner pour vôtres les ouvrages d' autrui, de coudre dans vos rapsodies de longs passages d'un bon livre avec quelques petits changements; mais le lecteur éclairé, voyant ce morceau de drap d'or sur un habit de bure, reconnaît bientôt le voleur maladroit. » Voilà de l'aplomb, certes ; mais c'est l'aplomb d'un maître en l'art d'écrire ; et, le plus souvent, il a emprunté la bure — pour la transformer en drap d'or !
Nous avons donc enregistré ces détails uniquement au point de vue de la curiosité, et cette observation s'applique également à plusieurs autres grands écrivains, placés sur notre liste, et qui nous ont laissé, eux aussi, des chefsd'œuvre de bon aloi.
Et, maintenant, pour ne pas encourir le reproche d'avoir commis le méfait en question, il nous reste à déclarer loyalement qu'à l'égard de ces pages, nous devons beaucoup à Charles Nodier, qui s'est occupé du plagiat, il y a plus d'un demi-siècle, avec autant d'esprit que d'érudition, dans un livre presque introuvable aujourd'hui.
Alexandre Piedagnel.
DES IMPRESSIONS MICROSCOPiaUES
Jarmi les produits typographiques qui figurent à l'exposition de Paris, la section italienne doit comprendre une Édition de la Divina Comedia de Dante qui est, sous le rapport du format et du caractère typographique, le plus petit livre du monde; il n'est pas plus grand qu'une breloque de montre, et on ne peut le lire qu'en employant la loupe.
Déjà à une exposition antérieure, les journaux citaient qu'une fonderie ou imprimerie de Madrid exposait une édition complète du Don Quichotte de Cervantes, formant trois volumes de l'épaisseur de trois cahiers de papier à cigarettes; on n'a jamais pu découvrir cette édition.
Ce cas toutefois ne doit pas se présenter pour le Dantino cité ci-haut, car bien que le public n'ait pu le voir à l'exposition, il est certain que cette œuvre liliputienne , qui n'a que le quart delà grandeur de l'édition Diamant i^Barberay éditeur à Florence, a été éditée par M. Gnocchi, à Milan^ et imprimé par MM. Salmin frères à Padoue. On en attend prochainement la mise en vente.
Nous ne nous proposons pas de discuter ici l'utilité de ces ouvrages microscopiques , nous voulons seulement constater Je progrès de l'art.
Peut-être y a-t-il quelque intérêt de passer en revue, ces bijoux bibliographiques, qui font plaisir aux amateurs de Vart typographique; nous allons donc commencer avec les publications les plus récentes :
Lors de l'Exposition universelle de Paris, en 1849, la fonderie tjrpographique de Laurent et Debemy publiait et exposait deux volumes microscopiques.
Fables de J, de La Fontaine. Edition miniature in-ia8 de a56 pages, imprimée par Pion frères, à Paris (Composition par page 5o lignes, hauteur 52 millim., largeur 3o millim.).
Gresset, Ver-Vert, suivi de la ChartreusCy l* Abbaye et autres pièces. Edition Mignardise, 2 feuill., 160 p. et table. (33 lignes, hauteur 38 millim, largeur 22 millim ).
Le caractère employé pour les deux bijoux est le même ; seulement le dernier paraît avoir un peu plus de blanc entre les lignes, la grandeur du caractère paraît présenter 3 1/2 à 4 points typographiques.
Le bibliographe-libraire feu Edwin Tross publiait, en 1858, une édition :
De Imitatione Christi, Libri Quatuor. Paris 1 858. Publié par Edwin Tross. Impressum typis Guiraudet et Jouaust, à Paris, avec frontispice Salvator mundi, gravé sur bois. Titre et i55 pages. (38 lignes par page, hauteur 46 millim., largeur 3o millim.).
Un chef-d'œuvre d'impression a été fait par TOxford- Presse, en 1876 :
The Holy Bible, containing the old and new Testaments : translated out of the Original Tongues and with the former translations diligentley compared and revised. By,His Majestys spécial command. Appointed to be read in churches. Oxford. Printed ât the universîty Press. (N® 26 diamant, 24 1"") (Chaque page 2 col. de 70 lignes, hauteur 1 16 millim., largeur 55 mil-
lim., et épaisseur du vol. relié i3 millim. Le volume pesé 95 grammes).
D existe de nombreuses petites éditions, comme fonnat et caractères, des Bibles et Nouv. Testament, en différentes langues, mais aucune ne mérite de mention spéciale après celle-ci.
Un ouvrage pratique rentrant, sous tous les rapports, dans la catégorie des éditions en miniature, c'est :
Le vrai dictionnaire de Poche (français-anglais et anglais-français), avec les deux parties imprimées sur la même page. De nombreux conseils de prononciation et de tableaux comparatifs des mesures et des monnaies, par John Bellows (de Glocester)é Revu et corrigé par Aug. et Alex. Beljame et John Sibrer. Printed by John Bellows, steam Press, Glocester, from types eut specially for the work by Miller et Richard, typefoudes to the Queen, Edinburgh, 1873. 6 feuilles xvi et 548 p. Imp. à 2 coi. avec encadrement rouge ; hauteur de la compos. 99 millim., largeur 59 millim.
L'impression de cette édition a durée huit ans; une nouvelle édition vient de paraître dans un format un peu agrandi et dans laquelle on a espacé un peu la composition, les pages sont presque i centimètre plus haut et 5 millim. plus large.
A toute époque on a publié des ouvrages en très-petits formats, aussi nous bornons-nous à indiquer les éditions miniatures, diamants et microscopiques , où le terme s'applique généralement au caractère employé.
D doit exister du xvn* siècle plusieurs impressions microscopiques de « Cicero, de officiis » « Cicero de republica » <c Claelius, de amitié » (Amsterdam, 1600) ; je n'ai jamais pu mettre la main sur l'une ou l'autre édition et je ne puis donc en donner la description*
A Sedan, il a été crée vers 1611 une fonderie t5rpographique considérable. Vers 161 5, Jean Jannon en est devenu propriétaire et a fait graver un petit caractère « la petite sédanoise. » Le premier ouvrage imprimé avec ce caractère est un Virgile in-32, de 1625; il y a des exemplaires qui portent la date de 1628 ; c'est la même édition avec un titre renouvelé : Le même caractère servait à l'ouvrage suivant :
Quincti (sic) Horatii Flacci opéra omnia, Sedani, ex typographia et typis novissimis Joannis Jannoni. 1627, pet. in-32.
De la même imprimerie sort imprimé en caractères grec :
Sedani, ex typographia et iypis nouissimis Joannis Jannoni, Novvm Jesv Christi Domini nostri testamentum, ex regiis aliisque optimis editionibus cutn cuna expressum. In-64 (572 pages). Texte grec.
Nous entrons dans le xvm*' siècle et rencontrons :
Phaedri fabulae et Puhlii Syri sententiœ. Parisiis^ ex typographia regia. 1729, in-24, 2 feuillets, 86 p. avec frontisp. sculpt. par Ph. Simonneau (hauteur de la comp. 34 lign. 62 millim. (Reliure orig. veau rouge).
De la même imprimerie est sorti un spécimen de caractère
microscopique, sousje titre :
Epreuve du premier alphabet, droit et penché, ornée de cadres et cartouches. Gravé par ordre du roi pour ritnprimerie royale, par Louis Luce, et finis en 1740. 8 feuillets, format in-32, grandeur 6 sur 10 millim.
Il contient une introduction , trois fables de La Fontaine et des vignettes.
Nous n'avons pas pu comparer à quelles autres publications ce caractère a été employé.
M. Tuîîi Ciceronis cata major ad F. Tomponium atticum. Lutc-
tia, typis Jos^hi Barbou, ijbS, In-64, portrait d'après Rubens, gravé par Huot.
Q. Horatii Flacci poemata , scholiis sive annotât instar commentarii illustr. à Joa. Bond. Aurelianis typis Couret de Villeneuve, 1767.
(Jolie édition impr. avec le caract. microscopique, fondu par Fournier).
Phaedri fahulae, PAnnaei Serecae ac publii syri sententiae. Aureliae, Couret de Villeneuve. 1773, in- 18. Comme la précédente.
Il existe sans doute encore des publications microscopiques des époques précédentes; je serai reconnaissant pour toute communication à ce sujet.
Au commencement du xix* siècle, le célèbre Fournier
commençait une
Bibliothèque portative de voyage, format in-48. Composition de 34 lignes par page, hauteur 69 millim. sur 45 millim.
J'ai trouvé seulement deux vol. de cette bibliothèque et j'ignore si d'autres volumes en ont paru. Ci- après le titre des deux :
I. Les amours pastorales de Daphnis et Chloé. 232 pages. IL Œuvres du Cardinal de Bernis. 184 pages. An XI, 1802. Chez J.-B. Fournier père et fils.
Dans cette catégorie trouve place ici une publication de la même grandeur :
Lettres à Emile sur la Mythologie, par C. A, Demoustier, 4 vol. in-64. Paris, chez Lemoine, 1826.
Le typographe anglais, M.G.B. Pickering, a commencé en 1822 la publication d'une série des petites éditions des classiques de toutes les nations avec des caractères trèspetits et pourtant très-lisibles, dont les titrçs suivent ;
Cicero dt o/ficiis, de senectute et de amicitia. Londini, 1822, in« 64 av. portrait gravé.
Puhlius Virgilius Maro. Londini, 1822, in-64 av. portr.
La Gerusalemme liberata di Torquato Tasso, in-64, 4^5 p. av. portr. d'après Raphaël Morghen et titre gravé. Londra,
La rime del Petrarca, in-64 Londini. 1822.
Quintus Horatius Flaccus, in-64, ^9^ P» avec front, gravé, 2«édit. 1874. Nouv. édition, 1826.
Puhlius Terentius Aîer. in-64 av. portrait, 1822. Nouv. édit. 1823.
La divina Comedia di Dante, 2 voL in-64 avec portrait, titre gravé, 1822.
Catullus, Tibullus et Propertius, în-64 London 1824.
Novum Testamentum graecum, in 64, front, gravé, d'après Leonardo de Vinci, 4 feuil. 5i2 p. 1828.
Homère, Iliade et Odyssée. Texte grec. 2 vol. in-64, i83i. Tom. L 2 feuilles 35i p. av. portr. Tom. IL 2 feuilles 272 p. (Execudebat Carolus Whillingham, London) .
Les éditions Pickering sont recherchées; elles portent la marque des Aides « Ancre avec le Dauphin. » Elles sortent toutes, à l'exception du Homère, de la typographie C. Corrall de Londres.
Jules Didot aîné (i'' prix de typographie 1823) a commencé en 1825 la publication par souscription des
Œuvres complètes de Voltaire, un seul vol. in-8. Edition dédiée aux amateurs de l'art typographique. (70 livraisons à 5 fr.) Impression in-8 à 2 vol. av. caract. microscopiques av. titre dessiné par Desonne et gravé par Tompson et portrait.
A cette publication suivent plusieurs du même genre,
de même format et caractère,
Molière^ œuvres complètes, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs, par Simonin, i vol. gr. in-8 à 2 col. av. portr. par Devenue. Paris, 1825.
Plutarque, Hommes illustres, trad. du grec par D. Ricard, in-8 à 2 vol. Paris, 1827. Brière.
Collection des classiques français : Première partie. Poésie cont. Voltaire, J.-B, Rousseau, La Fontaine, Molière, Boileau, J. Racine, Corneille, Malesherbe, L. Racine, Gresset, Regnard, Destouches, etc., gr. in-8 2 feuillets i547pagesà2Col.av. frontisp. Portraits del. par A. Desenne, sep. q. p. Hopood.
Seconde partie. Prose cont. Voltaire, La Rochefoucauld, La Bruyère, Fénélon, Massillon, Fléchier, Bossuet, Pascal, Montesquieu et Le Sage. 2 feuillets, p. 1 549 à 2544, av. frontisp. Portrait del. par Jul. Bailly, sep. par Alp. Bailly. Imprimé par Jules Didot aîné. Paris, 1828. Dufour et C".
Voltaire, œuvres poétiques. Edition dédiée aux amateurs de Fart typographique, in-8 à 2 col. Paris, i832. Lebigre.
Pour les deux ouvrages microscopiques suivants, les caractères ont été gravés par Henri Didot :
Duc de La Rochefoucauld, maximes et réflexions morales, in-64 Paris, 1827.
Qu. Horatii Flacii, opéra omnia recensuit Filon, Parisiis et Londini 1828. Imprim. de Henri Didot. In-64.
Ce sont des chefs-d'œuvre d'impression.
Je ne pense pas avoir épuisé la matière, et je n*ai pas non plus la prétention de fournir quelque chose de complet; c'est le premier jet d'une bibliographie des impressions microscopiques, qui demande encore à être complété et rectifié.
A juste titre, on pourrait ajouter encore le
Nouveau manuel de Bibliographie universelle, par MM. Ferde. Denis, P. Pinçon et de Martonnet. Paris, 1857, gr. in-8xi, 706 p. à 3 col.^e io3 lignes.
C'est un ouvrage comprimé et très-utile.
Louis Mohr.