ÉPIDÉMIE DE PNEUMONIE CROUPALE
Le docteur Peuckers, d’Aortern, vient de décrire une épidémie de pneumonie croupale, dont le point de départ a été une école, et qui s’étendit dans des conditions de contagion absolument avérées à 42 personnes du village. Les frères, sœurs, parents des enfants atteints les premiers, contractaient la maladie : pneumonie croupale franche aussi caractérisée que possible. Ailleurs, les intermédiaires de la contagion médiate ou immédiate purent être aussi facilement établis. La période d’incubation a été de cinq à huit jours. La pneumonie était généralement lobaire, postéro-inférieure, unilatérale, trois fois elle fut double ; dix-huit fois il y eut de l’herpès labial au décours. Il y eut 2 décès.
DE MÉDECINE DOSIMÉTRIQUE.
Dans un autre village de 460 habitants, 20 personnes furent atteintes, il y eut 9 décès. [Berliner Klin.)
On ne dit pas quel a été le traitement institué. C’eût été intéressant à savoir maintenant que nous possédons le traitement prophylactique abortif et curatif du docteur Fontaine, de Bar-sur-Seine (1).
ENDOCARDITE RHUMATISMALE. — EMBOLIE CONSÉCUTIVE DE LA FÉMORALE. — MORT.
Le nommé H... (Joseph), âgé de trente-quatre ans, cordonnier de son état — son père est mort phtisique, ainsi qu’une de ses sœurs. Il y a six ans, au moment d’une grande fatigue, le malade aurait vomi « une cuvette de sang » ; puis aurait été complètement remis au bout de ce temps. Le début des accidents actuels remonte à un mois : en rentrant le soir, très fatigué d’une longue course, il ressentit une courbature générale et, le lendemain, une douleur apparaissait à la cheville droite ; le pied était rouge, enflé. Le malade fut obligé de prendre le lit. Il survint des vomissements. Du côté de la respiration il y avait un peu d’oppression, et dans les crachats quelques filets de sang. Quoique d’apparence assez vigoureuse, le malade est pâle, essoufflé, avec un peu de dyspnée. A la poitrine, on entend un foyer de râles humides au niveau de la racine des bronches du côté droit. Pas de pneumonie; pas d’épanchement. La douleur du pied a disparu. Au cœur, souffle systolique intense, à maximum à la pointe. Impulsion cardiaque fort vive. Pouls assez petit, régulier; rien à la base. Pouls 90. Temp. 38° c.? Proportion notable d’albumine dans les urines.
Diagnostic : Endocardite rhumatismale, à forme grave.
La maladie resta stationnaire pendant cinq à six jours, sans aucun phénomène nouveau que des frissons répétés dans la soirée. L’état du cœur reste le même.
28 juillet — c’est-à-dire le quatrième jour de son entrée à l’hôpital — il y a encore des crachats sanguinolents. Apparition de signes importants du côté de la jambe droite : à partir du genou, il existe une insensibilité
(1) Mais comme c’est, de la dosimétrie on préfère laisser mourir les malades que de l’employer.
Dr B.
presque absolue, le membre est pâle, froid et le siège d un léger œdème ; la peau n’offre, en dehors de sa pâleur, aucun autre caractère ; pas de purpura, pas de développement veineux; pas de taches livides. Les battements de la pédieuse se retrouvent, mais très affaiblis ; au pli de 1 aine une douleur à la pression, au niveau de ïartère; on ne perçoit plus, de battements au-dessous du triangle de Scarpa ; au niveau meme de 1 artère, battements bien plus faibles que de l’autre côté. A la poitrine, tout le long de la colonne vertébrale et s’étendant à droite en suivant la base du thorax, souffle doux, à double courant, particulièrement marqué a la partie moyenne de la région dorsale. A la région précordiale le souffle s’entend toujours dans une grande étendue, descendant jusqu a l’epigastre et remontant jusqu’à la base du cou. Le foie est volumineux, douloureux à la pression. La dyspnée est très vive, la pâleur extrême. Le soir, le sang reparaît dans les crachats; l’hémoptysie s’accentue et le malade rend le quart d’un crachoir. La dyspnée a encore augmenté ; sueurs froides. Le rapprochement de ce souffle à double courant tout le long de la colonne vertébrale, de cette embolie crurale et des hémoptysies, fait songer un instant à un anévrisme de l’aorte thoracique.
Le 29, pâleur moins marquée ; réaction générale meilleure ; pouls plus ténu ; toujours souffle râpeux à maximum à la pointe ; pas de modification de la matité précordiale. A la jambe, toujours même état ; les battements de la pédieuse ont disparu, ainsi que de la poplitée. Le souffle dorsal s’entend jusqu’au sacrum. Dans le même point du sommet droit, en arrière, foyer de râles humides ; matité, sonorité de la partie moyenne du poumon ; matité à la base, avec diminution des vibrations et nuances d’égophonie.
Le 30, la sensibilité paraît revenue en partie, ainsi que la chaleur, au niveau du membre droit ; cependant différence encore considérable avec le côté sain : jambe droite, 34,7 ; pied droit, 34,2; jambe gauche, 35,1 ; pied gauche, 32,2. Les battements de la pédieuse sont toujours imperceptibles. A la poitrine, diminution de sonorité ; respiration obscure et résonnante de la voix sous la clavicule droite,
Le 1 er août, toujours face très pâle ; en arrière au sommet, râles humides; craquements. A la cuisse, toujours douleurs à l'aine et sensation de caillot.
Le 5 août, le malade se plaint de douleurs dans la jambe gauche , on ne constate pas d’insensibilité à la pression, pas d’œdème, pas de signes du côté de l’aine, les battements de la pédieuse sont conservés.
Le 4 août, aggravation très marquée; épistaxis d’une demi-cuvette; œdème de la face et des paupières ; état syncopal ; subdelirium ; la
dyspnée s’accroît de plus en plus, et le malade meurt tranquillement par asphyxie croissante.
Autopsie. — Toutes les lésions de l’endocardite rhumatismale. (. Journal de Paris.)
Réflexions. — L’observation ne dit rien du traitement; nous n’avons donc pas de critique à faire à ce sujet. En dosimétrie on procède par la dominante et par la variante. Or, là cause étant arthritique et rhumatismale, l’arséniate d’antimoine était indiqué. En même temps il eût fallu combattre la fièvre et la dyspnée par l’arséniate de strychnine, l’aconitine et la vératrine ; puis l’hydro-ferro-cyanate de quinine contre les accès; car il y a eu manifestement des redoublements avec frissons.
Quant au peu d’espoir qu’il y avait à sauver ce malade, nous dirons avec Beaumarchais : « La difficulté de réussir ne fait qu’ajouter à la nécessité d’entreprendre. » Le médecin n’a pas le droit de rester inactif en face de la mort; il doit agir, agir toujours, car tant qu’il y a souffle il y a espoir.
Ceci n’implique aucune critique de notre part quant au traitement qui a été suivi, car on ne le dit point ; seulement nous ferons observer qu’en dehors d’une thérapeutique rationnelle, tout est « une inutile histoire naturelle ».