DES AGENTS PROPHYLACTIQUES ET DES AGENTS CURATIFS DOSIMÉTRIQUES
« On cherche dans des considérations abstraites la définition de la vie ; on la trouvera, je crois, dans cet aperçu général : La vie est l’ensemble des fonctions qui résistent à la mort.
Tel est, en effet, le mode d’existence des corps vivants : que tout ce qui les entoure tend à les détruire. Les corps organiques agissent sans cesse sur eux; eux-mêmes exercent, les uns sur les autres, une action con-
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tinuelle ; bientôt ils succomberaient s’ils n’avaient en eux un principe permanent de réaction. Ce principe est celui de la vie; inconnu dans sa nature, il ne peut être apprécié que par ses phénomènes ; or, le plus général de ces phénomènes est cette alternative habituelle d’action de la part des corps extérieurs, et de la réaction de la part du corps vivant, alternative dont les proportions varient suivant l’âge. Il y a surabondance de vie dans l’enfant, parce que la réaction surpasse l’action. L’adulte voit l’équilibre s’établir entre elles et, par là même, cette turgescence vitale disparaître. La réaction du principe interne diminue chez le vieillard — l’action des corps extérieurs restant la même ; alors la vie languit et s’avance insensiblement vers son terme naturel, qui arrive lorsque toute proportion cesse.
La mesure de la vie est donc, en général, la différence qui existe entre l’effort des puissances extérieures et celui de la résistance intérieure. L’excès des unes annonce sa faiblesse ; la prédominance de l’autre est l’indice de sa force. »
Ainsi s’exprime, dans ses Recherches physiologiques sur la vie et la mort, l’immortel auteur de Y Anatomie générale : Bichat On lui a reproché d’avoir défini un inconnu par un inconnu, tandis que ce sont les deux termes du problème qu’il a voulu seulement poser. Où la mort commence, où la vie cesse ; et vice versa.
Mais il s’agit de la mort naturelle et non de la mort accidentelle, où la vie, qui est loin d’être épuisée, est arrêtée comme une montre dont un des rouages est brisé. Tant qu’il y a équilibre entre l’action des forcesextérieures et la réaction des forces intérieures, il y a santé ; c’est donc cet équilibre que nous devons nous appliquer à maintenir. Jusqu’ici l’hygiène et la médecine n’y ont pas suffi, parce quelles ne nous ont pas donné les véritables moyens d’égaliser les plateaux de la balance où se pèsent la santé et la maladie., et que c’est le plus souvent celle-ci qui l’emporte sur celle-là. Bichat dit « qu’il y a surabondance de vie dans l’enfant, parce que la réaction surpasse l’action ». C’est tout l’opposé, puisque c’est dans l’enfance que la mortalité est la plus grande, la réaction constituant alors un véritable danger. En effet, l’enfant a la fièvre pour tout et pour rien; et on sait combien les fièvres sont violentes chez lui.
Si chez le vieillard la réaction du principe interne diminue — 1 action des corps extérieurs restant la même — il y a aussi moins de danger quant à la fièvre ; et quant aux vicissitudes extérieures, il y a toujours moyen de les modérer, ou plutôt elles se modèrent d’elles-mêmes. Ainsi le cercle des besoins se rétrécit, ainsi que l’ardeur de les satisfaire. Le proverbe « Si jeunesse savait, si vieillesse pouvait » n’est donc pas juste.
A tout prendre, c’est l’adulte qui est le plus exposé aux causes de mort, parce qu’il tend plutôt à abuser qu’à user. Chez lui la vie animale devient sensuelle, en dépit des instincts ; et c’est de lui qu’on peut dire : « S’il savait ! » Mais on ne corrigera pas l’homme dans ses passions ; il vaut donc mieux augmenter chez lui la résistance vitale. C’est là le problème que nous avons cherché à résoudre par notre système de longévité.
Ce système est trop connu maintenant pour que nous ayons à y revenir ; mais nous devons rechercher si la médecine n’a pas été une des causes qui ont le plus contribué à écourter la vie de l’homme.
Qu’a-t elle fait jusqu’ici? Au lieu de fortifier l’organisme malade, elle l’a affaibli, tantôt par les purgations, tantôt par les saignées et — maintenant encore — par des dissolvants, tels que le bromure de potasium, le salicylate de soude et toute la série des alcalins, perdant de vue que les humeurs dans l’état physiologique sont parfaitement neutres. Si, quand il y a excès d’action, elles s’acidifient, dans l’état contraire elles s’alcalinisent. Or, c’est tourner dans un cercle' vicieux que de vouloir substituer ces deux états l’un à l’autre. Mais l’iatro-chimie est elle-même subordonnée à la vitalité; et c’est ainsi qu’il faut toujours fortifier cette dernière et non l’affaiblir. Si nous avons fait de la strychnine le cheval de bataille du médecin, c’est parce quelle augmente la tension de la fibre organique ; mais à côté nous avons placé l’hyosciamine, l’atropine, la daturine, parce que, la plupart du temps, il faut à la fois tendre et détendre — ainsi que le fait le musicien pour mettre son instrument d’accord. Les sels d’opium : morphine, narcéine, codéine, ramènent la sensibilité nerveuse à son taux physiologique; l’aconitine, la vératrine, la digitaline, font tomber les réactions fébriles; et quant aux agents catalytiques, ils ne sont, en quelque sorte, que la piqûre d’épiugle qui réveille les organes de leur torpeur. Le médecin possède ainsi une série d’agents qui, pour n’avoir rien de spécifique, la maladie elle-même n’étant pas une entité, un corps qu’on puisse attaquer directement — n’en tendent pas moins à rétablir l’équilibre physiologique. Prenons les maladies humorales : elles sont toutes vitales à leur origine. Ainsi, dans le diabète, il y a épuisement nerveux. Les organiciens disent irritation du plancher delà moelle allongée (Cl. Bernard); nous voulons bien l’admettre, puisque l’expérimentation in anima vili nous le fait voir ; mais pense-t-on que c’est en affaiblissant le malade par un régime non azoté qu’on le débarrassera de sa glycosurie ? Ce sera tout à fait le contraire. Et quant au bromure de potassium tant vanté, il laisse à sa suite un déliquium dont les malades finissent par être victimes. Il est vrai qu’on met cette ter-
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minaison sur le compte de la maladie, que la strychnine et les reconstituants eussent au contraire dissipée.
Nous pourrions passer en revue toutes les chloro-anémies, car le diabète n’est que cela.
Il en est de même de toutes les leucocythoses. En vain Virchow a dit que c’est la rate qui élabore les globules blancs en trop grande quantité ; cette leucémie fait voir que le malade est au-dessous delà moyenne physiologique, et qu’il est descendu d’un cran dans l’échelle de l’animalité.
On demandera pourquoi les animaux à sang blanc ne deviennent point phtisiques ? Précisément à cause de leur sang qui ne pousse point aux inflammations.
Or, ces dernières surtout sont dangereuses chez les lymphatiques ou leuciémiques, parce que ce sont des appels continuels aux globules blancs, qui sortent ainsi des vaisseaux par leur mouvement amiboïque propre et vont ainsi répandre les germes de la tuberculose.
Il faut donc toujours en venir aux reconstituants. Voilà pourquoi les eaux minérales arsenicales sont si utiles dans la tuberculose pulmonaire —et pourquoi le docteur Papillaud avait fait des arséniates la base de son traitement.
Le docteur Amédée Latour recourait au chlorure de sodium et au tannin ; nous nous sommes expliqué sur ce traitement dans notre article nécrologique, concernant cet homme de bien, que ses adversaires ont tué précisément parce qu’il n’avait pas la force vitale voulue, car on ne se fait point semeur d’idées impunément. Voilà aussi pourquoi nous nous strychninisons chaque jour, ne voulant pas laisser à nos adversaires la triste joie de venir faire leur mea culpa sur notre tombe. Nous avons, au contraire, le ferme espoir que c’est nous qui viendrons clôturer sur leur cercueil une guerre qu’ils auraient pu faire cesser eux vivants, pouvant alors dire — à propos de la réforme thérapeutique — Quorum, pars maxima fui.