TRAITEMENT DE LA CHUTE DU RECTUM CHEZ LES ENFANTS
M. le docteur Archambault a, dans une récente clinique, exposé les méthodes les plus nombreuses pour guérir l’exonie.
« Pour les cas rebelles — dit-il - on a conseillé la strychnine, la noix vomique à l’intérieur, moyens dangereux chez les petits enfants, auxquels je préfère deux petits vésicatoires sur la marge de l’anus, que l’on pansera avec le sulfate de strychnine. On a aussi proposé l’électrisation, mais j’aime beaucoup mieux les cautérisations au fer rouge, auxquelles Guersent avait toujours recours. Ce moyen est aujourd’hui plus facilement applicable avec le thermo-cautère Paquelin. On touche ce que j appellerai les quatre coins cardinaux de l’anus, portant l’instrument, a la fois, sur la peau et sur l’origine de la muqueuse une fois réduite. Il se fait une inflammation du pourtour, suivie d’une bonne cicatrisation ; la paralysie disparaît et la tonicité du plancher se trouve augmentée. * [Revue de thérapeutique, août 1882.)
Nous ferons remarquer que chez les enfants il s’agit, le plus souvent, d’une invagination de la muqueuse rectale, par suite de la mauvaise habitude de les laisser sur la garde-robe. Il suffit donc de faciliter les selles par le Sel Chanteaud et — la tumeur étant réduite — de soutenir l’anus au moyen d’un bandage et de compresses trempées dans une infusion de ratanhia. En cas de paralysie du rectum, il faudra avoir recours à la brucine qui n’offre aucun danger chez les enfants. Les vésicatoires et les cautérisations sont des moyens auxquels il ne faut avoir recours qu’à toute extrémité (1). jÿ' g
(1) On abusait autrefois des cautérisations ; toutefois le procédé indiqué par le docteur Archambault équivaut à celui de Dupuvtren, ou l’excision des plis de l'anus. Mais de là aussi a i culté des exonérations, à cause du rétrécissement cicatriciel de l’anus.
DE MÉDECINE DOSIMÉTRIQUE.
LE LAVAGE DE l’eSTOMAC.
Les journaux de médecine s’occupent du lavage de l’estomac avec le tube Faucher.
Voulant mettre ce mode de médication en regard du lavage par le sel de Sedlitz, nous allons reproduire le fait suivant communiqué à la Société de médecine du IX e arrondissement, par M. le docteur E. Piogej. Il s’agit d’une malade atteinte d’embarras gastriques : elle avait eu l’année précédente une fièvre typhoïde, à la suite de laquelle elle conserva pendant plusieurs mois une susceptibilité gastrique très prononcée: pas d’appétit, nausées, vomissements, sueur, langue saburrale, selles diarrhéiques, tel fut le bilan pathologique pour l’année 1881. » Au mois d’avril de cette année— consécutivement à une époque menstruelle— le même état gastrique, légèrement pyrétique, apparut avec le cortège symptomatique relaté plus haut, et le 18 avril, cette personne, âgée de trentecinq ans, près de laquelle M. le docteur Piogey est appelé, se plaint depuis quelque temps d’une céphalalgie violente, de nausées, de vomissements. La langue est large, étalée, recouverte d’un enduit blanchâtre ;
1 appétit a complètement disparu ; le visage est légèrement vultueux, les yeux brillants, la peau moite, chaude, le pouls plein, les pulsations accélérées ; l’épigastre est le siège d’une sensation douloureuse ; l’estomac paraît distendu et il y a des éructations fréquentes ; il y a de l’insomnie. En un mot, nous sommes en présence d’un embarras gastrique fébrile. Un vomitif composé d’ipéca et de tartre stibié est administré. Le lendemain, un purgatif salin et un régime diététique en rapport avec la maladie. La malade prend un bouillon. Le 19 avril, la bouche est toujours le siège d’une.amertume prononcée; la stomatite catarrhale concomitante est caractérisée par un enduit blanc-jaunâtre et très épais ; la soif est vive ; il y a quelques éructations ; l’haleine est un peu fétide,
1 anorexie complète. Un nouveau vomitif est prescrit et, à vingt-quatre heures d’intervalle, un nouveau purgatif salin. La céphalalgie a disparu le 27 avril; à ce moment la peau est recouverte de la moiteur physiologique, mais la langue est toujours saburrale. Il y a perte d’appétit et un véritable dégoût pour les aliments, des nausées, des vomituritions
et un léger état pyrétique. Le bouillon et le lait constituent le régime. Pendant une semaine, malgré une médication et une diététique recommandées en pareille circonstance, l’embarras gastrique continue à être associé à la stomatite catarrhale ; la malade ne recouvre pas l’appétit et l'amaigrissement est notable ; elle a des vomituritions. fréquentes. Cet état gastrique se prolongeant au delà des limites ordinaires, nous résolûmes de pratiquer le nettoiement de l’estomac. Le 12 mai, nous pratiquons le lavage avec le tube Faucher. Le liquide employé est 1 eau de Vichy, et pour chaque lavage trois bouteilles suffisent. Dès le soir même l’anorexie disparaît et la malade prend avec plaisir du bouillon de bœuf, un potage au tapioca. Le 13 mai, le lavage est de nouveau pratiqué. La langue, bien qu’étalée, n’est plus recouverte par l’enduit blanchâtre de la veille; elle a un aspect rosé ; l’appétit recouvre un peu de vivacité, et c’est avec satisfaction que la malade prend un œuf à la coque et quelques asperges. Le 14 mai, même médication. L’amélioration est notable ; la susceptibilité gastrique à l’endroit des boissons et des aliments nest plus à redouter; ces derniers sont parfaitement tolérés. Un œuf, quelques asperges, un peu de poisson, voilà pour l’alimentation de la journée. Le 15 mai, nous suspendons le lavage, mais l’appétit n ayant pas été aussi vif que la veille, la malade surmontant toute l’appréhension que lui inspire ce mode de thérapeutique, réclame le lendemain la petite opération. Le nettoiement est pratiqué encore trois ou quatre fois et, le 25, la guérison est complète.
« Ainsi donc, nous avons pu suivre jour par jour les progrès de la maladie, que nous avons vu évoluer rapidement vers la guérison à l’aide du lavage. »
Nous ferons ici quelques remarques. D’abord quant à la répugnance que les malades éprouvent à se laisser introduire un tube de caoutchouc dans l’estomac (1). Nous comprenons qu’il faille passer outre dans des cas organiques, mais dans un simple embarras gastrique, nous n’en voyons pas la nécessité. Une cuillerée à café de Sedlitz dans une tasse de thé eût sufli ; puis quelques granules de caféine et. de quassme eussent rétabli les fonctions gastriques dans toute leur intégrité. Les deux vomitifs ont été, sinon inutiles, du moins dangereux; si nous en faisons la remarque, c’est qu’on s’obstine à passer sous silence une méthode rationnelle dont tous les malades qui s’en servent recueillent les avantages.
(1) L’introduction de la sonde œsophagienne est plus facile par le nez que par la bouche. C est ainsi qu’on fait pour les aliénés qui refusent de manger.
DE MÉDECINE DOSIMÉTRIQUE.:
DE l’emploi DOSIMÉTRIQUE DU MERCURE DANS LA SYPHILIS.
On donne aujourd’hui moins de mercure qu’autrefois, et cependant les accidents diminuent. Disons plutôt qu’il y a moins de mercurialismes, d’où l’on peut conclure que l’allopathie a fait plus de mal que de bien.
On parle de peptones mercuriels en injections hypodermiques et de leur innocuité. La chose se comprend puisque le mercure est ainsi converti en alhuminate — de la même manière que le blanc d'oeuf neutralise le sublimé. — Nous croyons devoir insister ici sur l’emploi des mercuriaux, en rappelant les idées de Bouchardat. Les préparations mercurielles dominent la thérapeutique des maladies vénériennes. L utilité des mercuriaux dans la syphilis est presque généralement admise; cependant, avant leur introduction dans la matière médicale, la maladie vénérienne existait, puisqu’elle est presque contemporaine de nos premiers parents ; et maintenant qu’on emploie moins de mercure, la maladie vénérienne n’a pas fait de progrès; au contraire. On peut attribuer cela en partie à la police, mais l’abstention d’un traitement mercuriel inopportun y est également pour beaucoup. Autrefois il y avait la méthode par extinction, qui éteignait le mal à la manière du feu, c’est-à-dire en consumant. Aujourd’hui on s’en tient à des quantités de mercure presque infinitésimales, n’osant pas l’abandonner complètement. Or, cest le cas avec les peptones mercuriques qui n’ont plus rien de mercuriel. Tout au plus faut-il y voir une action diététique ou reconstituante. Cependant les granules d’iodure de mercure ne sauraient être négligés, surtout en leur donnant pour succédanés les ferrugineux. Comme la plupart du temps on a affaire à des constitutions délabrées, on fera bien de combiner aux iodures mercuriels la strychnine, afin de relever des forces végétatives. Ainsi 6 à 8 granules de proto ou deuto-iodure et 2 granules de sulfate de strychnine par jour, suffisent généralement pour combattre la maladie vénérienne la plus rebelle.
On sait que c’est Paracelse qui introduisit les préparations mercurielles dans la matière médicale, et quels désastres en ont été la conséquence. Nous appartenons à l’époque des grandes salivations, et nous avons iu fonctionner les étuves, autrement dites casseroles, doù Ion soi tait sans
dents ni cheveux. Nous fîmes de cet abus le sujet de notre thèse inaugurale, en 1828. Il y avait alors deux camps : les mercurialisateurs et les non-mercurialisateurs.
Nous avons cherché la vérité entre les deux.
Au reste, le mercure n’est pas seulement employé comme antisyphilitique, on s’en sert encore comme désobstruant ; mais ici le danger est considérable, puisque les chlorures alcalins du sang suffisent à convertir les préparations mercurielles — quelles quelles soient — en sublimé. C’est l’histoire du calomel dont abuse l’École anglaise. Par contre, en combinant le mercure à l’iode on n’a rien à craindre. De là l’utilité des granules du proto ou deuto-iodure mercuriel. On peut ainsi provoquer les modifications antisyphilitiques dans toutes les périodes de la maladie, surtout comme pierre de touche.
Comment agit le mercure, notamment le sublimé? Probablement en tuant les microbes qui sont englobés dans un albuminate mercuriel insoluble — comme les poissons dans un bloc de glace. En effet, Orûla a démontré que le deutochlorure de mercure forme un composé insoluble avec l’albumine.
M. Lassagne a démontré que le composé insoluble résulte d’une combinaison définie de deutochlorure de mercure, non décomposé et d’albumine, et que ce composé peut être rendu soluble dans plusieurs conditions, notamment par l’iodure de potassium. En employant les granules iodés de mercure on n’a pas ces décompositions à craindre.
Quant au peptone mercurique, son emploi peut être regardé comme inoffensif; et c’est pour cela qu’il peut être employé, en vertu de l’adage : Primo non nocere.