DES POISONS DANS LANTIQUITÉ ET LE MOYEN AGE
Les anciens connaissaient les poisons végétaux et la manière de s’en servir : ainsi de l’opium, de la jusquiame, de la racine d’aconit, de la ciguë, de l’ellébore, soit le veratrum, soit l’ellébore noir. La fameuse
(1) Malheureusement le Conseil général est là pour opposer son veto à toute initiative ministe-
mandragore était un composé de belladone, de stramoine ou d’autres solanées encore. Les champignons vénéneux leur étaient également connus : ils les nommaient « le mauvais ferment de la terre ». L’art du chimiste étant nul, on comprend que les empoisonnements passaient inaperçus et souvent servaient d’instrument à la politique. Quand on voulait se débarrasser d’un adversaire gênant, on l’invitait à boire le coup de l’amitié. Qui ne connaît les exploits des Locustes de cette époque ? Les dames romaines n’étaient pas les dernières à se servir de ces moyens pour se défaire de leurs amants.
On voit par là combien on a tort de reprocher à la dosimétrie de se servir de poisons, puisqu’au contraire jamais les empoisonnements n’auront été plus rares. D’ailleurs le poison des plantes vireuses n’est pas dans leurs alcaloïdes, qui sont plutôt des principes vitaux. L’atropine est inoffensive à doses fractionnées, tandis que la belladone ne l’est pas ; il en est de même de la digitaline par rapport à la digitale ; de l’aconitine par rapport à l’aconit, etc. Nous prenons tous les soirs de la strychnine, de l’aconitine, de la digitaline, que pour rien au monde nous ne voudrions prendre de la noix vomique, de la digitale, de l’aconit. L’opium a des dangers, tandis que ses sels ou principes extractifs n’en ont pas. On voit par là que la dosimétrie ou l’alcaloïdo-thérapie, est venue restituer à la médecine la sécurité qu’elle n’avait point avant. On l’a calomniée devant le public — ou plutôt c’est le public qu’on prend pour dupe. Les allopathes ont encore cette prétention : qu’on ne doit mourir que de leurs mains.
A propos de poisons végétaux nous' citerons la Lobelia inflata, qui vient d’occasionner mort d’homme à Carlisle (Angleterre). Un menuisier du nom de John Richard, souffrait depuis plusieurs mois d’une affection organique du cœur, avec une violente sensation de brûlure dans l’estomac. Cet homme mangeait beaucoup et buvait de même. Le jour de sa mort il était assez mal ; il avait pris, disait-il, un vomitif, qui n’avait pas agi. Comme on lui demandait de quelle nature était ce vomitif : « Il a été, dit-il, d’après la prescription du docteur Coffin et il renferme de la lobélie. » Il avait un livre sur sa table et il déclara, en le montrant, qu’on lui avait recommandé d’essayer ce remède quand il était dans le Lancashire. L’autopsie fit voir que les organes internes étaient comme brûlés.
La lobélie appartient à la classe des campanulacées et est très âcre, brûlante ; de là le nom d e Lobelia urens; e lie est voisine du Daphné misereum. C’est donc une sorte de brûlure interne. De là la vogue dont elle a joui longtemps auprès des allopathes, auxquels il fallait des
remèdes forts. On s’en servait contre le typhus et les asthmes. Que d empoisonnements ne pourrait-on ainsi mettre au jour ! Mais la terre garde ses secrets. C’est pour cela qu’on dit : « Quelle vous soit légère, »