CONTRIBUTION A LHISTOIRE DE LA GOUTTE ANOMALE
PAROTIDITES MÉTASTATIQUES.
Nous empruntons au Journal des connaissances médicales le fait suivant, qui nous a paru intéressant au point de vue du traitement dosimétrique de la goutte.
« M. S,.., grand amateur de bonne chère et surtout de cuisine raffinée, administrateur financier des plus appréciés et des plus occupés, s’est toujours refusé à suivre l’hygiène que réclamait son état ; il s’est borné à venir assez régulièrement, depuis 1866, à Contrexéville y chercher, comme tant d’autres, l’impunité pour son déplorable régime. Du reste, les crises néphrétiques n’ont pas reparu depuis 1869, et les accès de o-outte avaient très notablement diminué de fréquence et d'intensité, lorsque au mois de mai 1881, je fus appelé accidentellement (c’est M. le docteur Debans d’Estrées, médecin inspecteur des Eaux de Contrexéville qui parle) auprès de M. S..., en ce moment à Paris. Le malade me raconta qu’étant allé la veille chez son dentiste, qui lui avait opéré une dent, il setait réveillé la nuit avec un gonflement très-douloureux à l’angle de la mâchoire du côté gauche, au niveau de la région parotidienne. Je crus à la formation d’un abcès d’origine dentaire et employai les moyens ordinairement usités, mais à ma grande surprise, après quarante-huit heures, l’aspect de la tumeur n’avait nullement changé et je doutai de mon diagnostic. Surledésir du malade, je priai alorsM. le docteur Bucquoy, dont M. S... avait, l’année précédente, fait la connaissance autour de la source du Pavillon, de venir nous éclairer de ses conseils. Notre savant confrère pensa que l’on ne pouvait attribuer le gonflement survenu qu’au traumatisme dentaire, et que l’intervention chirurgicale le prouverait sans doute bientôt. Quel ne fut pas notre étonnement en revenant le lendemain voir le malade, de constater la presque disparition de la tumeur, l’absence de douleur de la région et en même temps un accès de goutte siégeant dans le genou droit. Je revis seulement le
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malade au mois de juillet dernier, à Contrexéville ; il me raconta que la seconde parotide avait été affectée — ainsi que la première — et qu’au moment de son arrivée, à part un peu d’induration au niveau des deux glandes, il ne lui restait rien si ce n’est un goût très salé dans la bouche au commencement de chaque repas. En pressant sur les deux glandes, je déterminai l’apparition de ce goût salé produit par la salive chargée d’urates, ce qui n’était, en somme, que l’épiphénomène de la crise goutteuse. M. S... n’a plus eu depuis l’an dernier de nouvel accès, ni articulaire, ni parotidites. »
Les faits du genre de celui que nous venons de transcrire ne sont pas nouveaux, et plus d’une fois on a eu occasion de retirer des canaux salivaires des concrétions calcaires. Comment faut-il entendre la métastase goutteuse? Est-ce par le transport du principe goutteux par le sang, ou bien par une acidification sur place? C’est cette dernière opinion qui nous paraît la plus probable. L’acide de l’urine normale est dû au phosphate acide de soude plutôt qu’à l’acide urique lui-même, et ce dernier se rencontre surtout à l’état d’urate neutre. Dans la goutte il se forme des urates en abondance, et ce sont ceux-là qu’on retrouve particulièrement dans la salive. Il en est de même, pour l’estomac, dans la gastralgie goutteuse, ou ce qu’on a nommé à tort la rétrocession de la goutte. Le régime des goutteux devra consister* dans l’abstention des acides minéraux, dans l’usage journalier du sel de Sedlitz, et l’emploi de l’aconitine, de la digitaline, de la strychnine et de l’hydro-ferro-cyanate de quinine aux approches des accès. C’est là le but du présent article.
DES ÉVACUATIONS SANGUINES ET LES MÉDICAMENTS DOSIMÉTRIQUES EXCITO-MOTEURS.
Je suis obligé de me faire appliquer de temps à autre des sangsues au fondement, à cause de congestions à la tête et de bourdonnements d’oreilles qui par moments m’empêchent de travailler. Il y a deux jours, j’avais pensé que des sangsues derrière les oreilles dissiperaient ces bruissements ; mais il en est résulté, au contraire, une aggravation et une grande faiblesse, avec vertiges. Le sphygmographe a indiqué une
anémie manifeste, de sorte que j’ai été obligé de recourir au phosphure de zinc et à l’arséniate de strychnine pour rétablir l’équilibre des mouvements. Avec l’honorable confrère Bonnafond — un otologue distingué — que j’ai consulté à mon dernier voyage à Paris, je crois qu’il faut prendre mon mal en patience, en évitant autant que possible de congestionner la tête par un excès de travail. Je prends tous les matins le Sedlitz Chanteaud, et le soir, au coucher, 4 granules arséniate de strychnine et autant d’aconitine et de digitaline.
Maintenant, pour en venir aux évacuations sanguines, je dirai que ce moyen déplétif ne vaut que pour autant qu’on resserre immédiatement les vaisseaux par l’arséniate de quinine et l’arséniate de strychnine, sans cela il se produit un vide dans lequel le sang se précipite, et alors on est pire qu’avant : c’est-à-dire qu’il y a de la faiblesse dans les mouvements musculaires et des vertiges ; c’est un point sur lequel j’appelle l’attention de mes confrères. Bouillaud, par ses saignées coup sur coup, versait, dans un cercle vicieux dont il eut beaucoup de peine à se tirer, car en médecine un système engage et il faut le suivre jusqu’au bout — à moins d’avoir le courage de revenir sur ses pas. Les saignées répétées appauvrissent le sang de ses globules rouges et de son albumine ; par contre, le chiffre des globules blancs augmente ainsi que la fibrine. C’est un point d’hématologie qui était parfaitement inconnu de Broussais et qui lui faisait croire à un inflammatoire, par la couenne de ce nom. Ce n’est pas que nous prétendions qu’il ne faille jamais saigner, mais seulement dans un but de dérivation. C’est ainsi que les sangsues à l’anus dégorgent les sinus veineux vertébraux et crâniens, côs veines n’ayant pas de valvules, de même que la veine porte : de sorte que le dégorgement est immédiat. Mais ici encore — contre le vide — il faut employer l’arséniate de quinine et l’arséniate de strychnine. On voit par là que le médecin doit toujours rester vitaliste, quels que soient les moyens qu il emploie.
On se tromperait si on croyait que le sang se répartit d’une manière uniforme sur tout son parcours. On ne saurait mieux le comparer qu’à un fleuve où chaque organe puise en raison de ses besoins ou de son activité propre. Ainsi les organes qui fonctionnent d'une manière continue — les reins par exemple — ont un système artériel très développé, et chez les oiseaux on sait qu'il existe un système rénal porte, comme au foie. Le cerveau a également un riche système artériel, et on sait les précautions que la nature a prises pour mettre cet organe — d’une consistance molle — à l’abri des congestions. Mais quand par des évacuations sanguines abondantes on l’anémie, on 1 empêché d exercer son action prépotente sur tout l’organisme, on est faible, ver-
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tigineux, et les moindres bruissements prennent la proportion d’une clameur.
Ça été mon cas. On voit par là combien il faut être prudent avec les saignées. C’est par acquit de conscience que je me suis fait appliquer des sangsues derrière les oreilles, mais sans améliorer ma situation acous-, tique. Ma vue s’en est également ressentie; et il a fallu pour la rétablir, que je prisse des granules d’hypophosphite de strychnine, conjointement avec des granules de phosphure de zinc, à raison de 8 de chaque, deux par deux, dans les vingt-quatre heures.
DES COLIQUES HÉPATIQUES ET NÉPHRÉTIQUES DANS LA GROSSESSE ET LES ACCOUCHEMENTS.
En raison du silence presque absolu dans tous les traités d’accouchements, sur ces affections, on pourrait croire quelles sont rares ; cependant il n’en est rien. M. le docteur H. Hachard, médecin de 1 hôpital de Tenon, en rapporte trois observations. Dans les deux premiers cas, une attaque de coliques hépatiques est survenue après l’accouchement; dans le troisième, une crise de coliques néphrétiques éclata pendant la grossesse. Lorsque l’attaque apparut après l’accouchement, on crut à une péritonite; il y avait, en effet, des douleurs abdominales violentes, vomissements verdâtres assez abondants, face grippée. Ce qui permit à M. Hachard de redresser le diagnostic, au moins dans le premier cas, ce fut l’absence de fièvre, le pouls lent plutôt qu’accéléré, le siège de la douleur dans l’hypocondre droit et son absence dans les fosses iliaques. Dans le troisième cas, la crise apparut au huitième mois de la grossesse, et on pensa être au début du travail ; mais comme les douleurs étaient continues, qu elles siégeaient dans la région rénale, avec irradiation dans la région iliaque gauche, quelles étaient unilatérales et qu’il n’y avait pas de contractions utérines, le confrère porta le diagnostic de “ coliques néphrétiques », diagnostic que confirma l’examen des urines. En présence de ces accidents si douloureux, survenant pendant la grossesse, le confrère demande simplement : Que faire ? Et il répond : Calmer la douleur au moyen d’injections hypodermiques ; combattre la disposition à la lithiase par le traitement hygiénique et le régime.
Nous dirons à notre tour : Combattre le spasme par l’hyosciamine ; faire prendre chaque matin le sel de Sedlitz, en attendant qu on puisse instituer un traitement hydro-thermal. Ce sont là les moyens qui nous ont toujours réussi.
CCY