DE L’EMPLOI DU SULFATE DE PELLETIÉRINE CONTRE LE TÆNIA
On sait que M. Tanret a découvert dans l’écorce du grenadier quatre alcaloïdes auxquels il a donné le nom général de Pelletiérine. Parmi ces alcaloïdes, deux agissent très efficacement contre le tænia ; ce sont ceux que le bicarbonate de soude ne déplace pas de leur combinaison par les acides : le sulfate, par exemple. Les deux autres — que le bicarbonate de soude déplace facilement — paraissent être sans action sur le parasite.
La Pelletiérine a des propriétés toxiques qui pourraient être comparées à celles du Curare. Toutefois cela dépend de la dose. Ainsi, à la dose de 5 centigr., elle donne lieu chez l’homme à des vertiges, avec tendance à la syncope. Ces phénomènes sont de courte durée, mais ils suffisent pour exiger la plus grande prudence dans l’administration de cette substance aux enfants.
Parmi les médicaments dosimétriques nouveaux que le Répertoire a fait connaître, se trouve le T annote de Pelletiérine, au milligramme. C’est la préparation la plus facile et la plus sûre, et qui ne donne point le malaise des potions de sulfate de Pelletiérine et de tannin que quelques auteurs préconisent. On fait prendre, le soir, 6 à 10 granules avec 1 ou 2 granules de brucine, .et, le lendemain matin, une cuillerée d’huile de ricin avec 1 granule d’hyosciamine. Les selles doivent être recueillies dans un vase à moitié rempli d’eau chaude, afin de constater le corps de délit. Le vers est rendu en une fois sous forme de boule, qu’il est facile de dérouler.
Le régime doit être lacté pendant quelques jours, pendant l’administration des remèdes.
Nous ferons remarquer que les vers, en général, ne résistent point à l’amertume des alcaloïdes, notamment de la quassine. Or, on sait que le quassia amara sert à préparer le papier avec lequel on tue les mouches. On fera donc bien de faire prendre aux enfants qui ont des symptômes de vers, 1 ou 2 granules de quassine aux repas.
DE LHYDROPISIE SCARLATINEUSE SIMPLE, PAR LE DOCTEUR QUINCKE
(de kiel).
(Berl.klin. Woch.-Sch., 1882.)
L’auteur s’est inspiré dans son travail par trois cas de scarlatine suivis d’hydropisie sans albumine dans les urines. Les malades étaient trois frères qui présentèrent les mêmes phénomènes — ou a peu près. L’hydropisie se déclara trois ou quatre semaines après l’exanthème, et dura également le même laps de temps; outre l’œdème du tissu cellulaire, il y avait un peu d’ascite. Dans deux cas on constata, le premier jour, des traces d’albumine dans les urines ; mais l’auteur fait remarquer que les enfants avaient été traités au baume de copahu et que l’un d’eux avait eu un peu de fièvre ; que tous les trois étaient très faibles et mal nourris ; on ne saurait donc conclure de cette faible quantité d’albumine à une néphrite, d’autant, que toute albumine disparut dès le second jour et . qu’on ne put trouver dans les urines aucun élément organique des reins. S’il est vrai — comme le dit Royer — que dans quelques cas de néphrite l’albumine peut disparaître avant que l’hydropisie ait complètement cessé. Il faut remarquer que, dans les cas présents, l’hydropisie était précisément dans son plein au moment où on constata que l’urine ne renfermait point d’albumine. D’après les recherches dans les auteurs, les observations d’hydropisie scarlatineuse sans albuminurie, étaient plus nombreuses autrefois qu’aujourd’hui. Le plus grand nombre de cas a été observé par Philippe, qui sur 100 cas d’hydropisie en nota 60 dépourvus d’albumine. Le docteur Quincke pense que ces cas présentent un très grand intérêt, principalement au point de vue de la pathogénie de l’hydropisie en général. On sait que l’hydropisie dans les cas de néphrite est très variable et ne correspond pas toujours à la proportion d’albumine contenue dans les urines ; cette disproportion est particulièrement fréquente dans la scarlatine. On voit quelquefois une hydropisie modérée avec une albuminurie considérable. Beaucoup plus souvent, au contraire, une hydropisie considérable coïncide avec une albuminurie minime et polyurie. On peut donc dire que l’hydropisie scarlatineuse est, jusqu’à un certain point, indépendante de la néphrite. Il faut donc, dit l’auteur, en
DE MÉDECINE DOSIMÉTRIQUE.
chercher la cause dans des lésions locales, et admettre que l’infection générale se manifeste, d’une part dans les reins, et aussi, d’autre part, dans d’autres organes du corps, notamment dans le tissu cellulaire souscutané. Dans certains cas rares une seule de ces localisations existe (hydropisie sans albuminurie ou néphrite sans hydropisie). Le plus souvent les deux lésions existent simultanément, quoique à des degrés divers. Cette hypothèse explique — selon l’auteur — les cas assez fréquents dans lesquels il y a hydropisie considérable, sans que la quantité d’urine diminue notablement et sans qu’elle renferme de l’albumine ou des éléments morphologiques rénaux. Au reste, les deux troubles organiques (des reins et du tissu cellulaire) l’influencent réciproquement, car, d’une part, la néphrite, en restreignant la sécrétion urinaire, tient à augmenter l’œdème ; et, d’autre part, la transsudation abondante d’eau dans les mailles du tissu cellulaire diminue la sécrétion rénale. L’auteur croit avoir constaté — particulièrement dans un cas d’hydropisie scarlatineuse — que la diminution de la sécrétion urinaire était la conséquence et non la cause de .l’épanchement. Si la transsudation des vaisseaux, tout autour, est facile, que l’absorption d’eau par l’estomac est abondante, il peut se former de l’œdème alors même que la quantité d’urine est peu ou pas diminuée. Quant à l’interprétation des modifications qui ont lieu dans les régions œdématiées, nous ne pouvons faire que des hypothèses. Miller admet une activité hydropique des capillaires ; Conheim et Lichtheim croient à un trouble fonctionnel des vaisseaux sanguins, tandis que Leichtenstern pense que l’œdème est dû à un dépôt du poison scarlatineux dans les voies lymphatiques et, par suite, à une stase dans la circulation de la lymphe. Il pourrait ainsi y avoir une modification du tissu cellulaire sous-cutané ; de sorte que l’imbibition de celui-ci par le sérum, serait due, moins à une extravasation plus abondante à travers les parois des vaisseaux, qu’à une augmentation de l’attraction que ces cellules exercent sur le contenu des vaisseaux. Il faut, du reste, se rappeler que quelle que soit la nature des modifications locales, celles-ci ne doivent pas être exclusivement placées dans le tissu cellulaire sous-cutané, mais aussi dans d’autres organes, dans d’autres régions — par exemple dans le péritoine — et que ces modifications ne sont pas exclusivement restreintes à la scarlatine, puisqu’on observe des cas analogues dhydropisies soi-disant essentielles, à la suite de la rougeole. L’auteur conclut en disant que, d’après lui, l’infection scarlatineuse prédispose un grand nombre d’individus au développement de ces œdèmes, mais que ceux-ci n ont réellement lieu que chez un petit nombre. Ce développement est favorisé, non seulement par des conditions individuelles, mais aussi par des
causes générales. C’est ce qui explique le fait constaté par Philippe, qui observa cette hydropisie chez un bon nombre de malades dans une épidémie de scarlatine.
D r Moeller,
[Revue médicale de Louvain.)
Le docteur Quincke ne parle point du traitement; c’est que, probablement, il n’en a pas — comme, du reste, la plupart des médecins expectants (1). Sans cela il saurait que la scarlatine — comme toutes les pyrexies — peut être coupée par la strychnine, l’aconitine, la vératrine, la quinine, et dès lors ne donne lieu ni à l’hydropisie ni à 1 albuminurie, parce qu’on ne laisse point le sang s’affaiblir. Le Répertoire en a cité des exemples.
Au reste, l’article qu’on vient de lire prouve combien les organiciens sont dans le vague tout ,en prétendant s’appuyer sur 1 anatomie pathologique. C’est là leur erreur — au grand détriment des malades car le désordre organique une fois produit, est le plus souvent irrémédiable. Ce sont des ruines après un incendie ■— et l’homme ne se reconstruit pas comme une maison. Voilà pourquoi la médecine doit devenir franchement préventive et agissante, et non rester dans une expectation stérile et le plus souvent mortelle. B.
LA VALEUR DE l’ARSENIC DANS LE LUPUS ÉRYTHÉMATEUX,