DES AFFECTIONS PRIMITIVES DU CŒUR ET DU RHUMATISME CARDIAQUE
d’emblée.
Endocardite et pneumonie gauche, précédant de cinq jours un rhumatisme articulaire aigu. — Rétrécissement aortique consécutif.
« Le nommé Charpentier, soldat au 20 e régiment, en garnison à Laon, entra le 30 mars 1880, à l’Hôtel-Dieu de cette ville, dans le service du docteur Blanquinque, salle Saint-Louis, n° 11.
Ce jeune homme a joui d’une bonne santé habituelle ; cependant vers l’âge de dix ans il a eu un rhumatisme articulaire limité aux deux genoux et qui a duré trois mois. Cette attaque ne paraît pas avoir déteiminé chez lui de manifestations cardiaques. Depuis, il ne s’est jamais plaint de symptômes qui pourraient faire croire à une affection du cœur datant de cette époque.
Dans la soirée du 27 mars — sans autre cause manifeste qu’un refroidissement — il a éprouvé de violents frissons au creux épigastrique et à la région précordiale. Le lendemain et le surlendemain, il eut une forte fièvre avec céphalalgie, respiration pénible et toux.
Aujourd’hui, 30 mars, nous constatons que le malade a une fièvre intense. La douleur précordiale qu’il accuse, est très marquée ; la respiration très fréquente ; cependant il tousse peu. Il a, de plus, de la cépha-
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lalgie, de l’inappétence, une soif vive ; il lui est impossible de dormir. En percutant la poitrine, nous trouvons de la matité à la base et en arrière du poumon gauche. A l’auscultation dans le même point, nous entendons du souffle tubaire, avec quelques petits râles muqueux fins. A l’examen de la région du cœur, nous percevons à l’oreille, au premier temps, un bruit de souffle rude dont le maximum est à la base. D’ailleurs la matité précordiale est normale. Il n’j a point de signes d’hypertrophie de l’organe. Le pouls est fréquent et petit, mais régulier. Le foie ne déborde pas les fausses côtes; il n’y a pas d’œdème des jambes; peu d’albumine dans les urines.
Diagnostic. — Endocardite avec pneumonie.
Traitement. — Infusion de 75 centigrammes de feuilles de digitale et 30 grammes d’oxymel scillitique; quatre ventouses scarifiées en arrière de la poitrine, à gauche (le matin), quatre ventouses à la région précordiale (dans l’après-midi). Bouillon, potage.
Le 31 mars, fièvre moins forte que la veille. La douleur épigastrique et précordiale a à peu près disparu; la dyspnée est moins intense. Les signes sthétoscopiques de la poitrine sont les mêmes aujourd’hui qu’hier. Expectoration de quelques crachats sanguinolents adhérant au vase.
Le 1 er avril, la fièvre a diminué. Le malade expectore davantage ; les crachats sont jaunes abricot. Nous entendons toujours à la base du poumon gauche, en arrière, du souffle tubaire, avec quelques râles souscrépitants fins, et à la région du cœur, le bruit de souffle systolique avec maximum à la base. Vésicatoire 10/10, à la base gauche en arrière ; suppression de l’infusion de feuilles de digitale et potion avec kermès (0 gr. 05), et 20 gouttes de teinture de digitale. Bouillon, potage.
Le 2, le malade a éprouvé de violentes douleurs dans ses deux genoux. Ceux-ci sont encore très douloureux, avec un peu de gonflement, et la peau légèrement rosée; point d’épanchement notable. Plus de kermès ni de digitale; potion avec le salicylate de soude (6 grammes); tisane de chiendent nitré.
Le 3, les signes de la pneumonie et de l’endocardite sont encore manifestes et les genoux sont toujours douloureux. Les crachats sanguinolents sont moins abondants. L’appétit revient un peu.
Le 4, le malade, qui depuis son entrée à l’hôpital ne pouvait dormir, nous dit avoir eu une très bonne nuit. Les genoux sont beaucoup moins sensibles.
t Le presque plus de douleurs dans les genoux, qui déjà permettent d exécuter quelques mouvements. A l’examen delà poitrine nous trouvons : à la base du poumon gauche, en arrière, la matité et le souffle
tubaire remplacés par une sonorité et une respiration normales Quant au bruit de souffle du cœur, il n’a nullement changé. Salicylate de soude : 4 grammes en potion.
Le 6, grande amélioration.: plus de fièvre; plus de dyspnée ni de toux; plus de crachats sanguinolents. Les douleurs articulaires ont complètement disparu. Le bruit de souffle cardiaque reste très marqué.
Le jour suivant l’amélioration continue, et le 13 avril on cessa le traitement par le salicylate de soude.
Le 15, le malade se plaint d’une douleur localisée à la région de l’hypocondre gauche. Sinapisme loco dolenti. . ■ •
Le 16 la douleur de l’hypocondre gauche n’existe plus ; elle a lai place à une vive douleur dans le genou droit. La fièvre revient avec l’insomnie et les sueurs profuses. Sulfate de quinine (0 gr. 40) le soir.
Le 17, encore de la douleur dans le genou droit : sulfate de quinine, compresses imbibées d’eau froide sur le genou.
Le 18, le genou gauche est entrepris à son tour. Plus de sulfate de quinine-ni de compresses froides ; potion avec salicylate de soude
Le 19, les genoux sont moins sensibles ; mais de nouvelles douleurs apparaissent cette fois dans les muscles des cuisses et de la région lom-
Le 20, les douleurs n’existent plus que dans les cuisses.
Le 21, les cuisses ne sont plus douloureuses. Le malade ne souffre plus ; il dort et mange bien.
Le 22, salicylate de soude (4 grammes).
Depuis le 27 avril jusqu’à sa sortie le 5 mai, le malade ne sent plus rien II continue de prendre 2 grammes de salicylate de soude par jour.
Ce militaire, après avoir quitté l’hôpital, a été réformé pour 1 affection cardiaque. L’endocardite rhumatismale avait définitivement déterminé chez lui un rétrécissement aortique. »
Loin de nous de faire la critique de ce traitement qui, au point de vue allopathique a été correct. Il n’en est pas de même au point de vue dosimétrique. En effet, on a laissé marcher la fièvre au début au lieu de l’attaquer par l’aconitine, la vératrine, la strychnine, 1 hydro-ferrocyanate de quinine. Quant au salicylate de soude, il n’a eu d’autre résultat que de répercuter la maladie d’un point sur un autre.
CCYII