‹ Miscellanées de médecine dosimétrique (volume 2)Chapitre 139 sur 179 · TRAITEMENT DU DIABÈTE PAR LARSENIC · texte numérisé non relu

TRAITEMENT DU DIABÈTE PAR LARSENIC

Le Répertoire s’est occupé à diverses reprises de l’emploi de l’arsenic et de ses sels — notamment l’arséniate de strychnine — dans le diabèfe, en faisant voir que c’est un médicament reconstituant ou d’assolement.

Dans un article du Paris médical, du 21 octobre 1883, M. le docteur Languevialle a confirmé — expérimentalement — cette manière de voir. « L’arsenic — a-t-il dit — oppose à la formation du sucre dans l’économie, sinon une digue insurmontable, du moins un frein modérateur d une puissance énorme, puisque sans parler — si l’on veut — des animaux chez lesquels nous n’avons pu faire l’analyse exacte du sucre sécrété — nous avons constaté, après la piqûre du quatrième ventricule, qu’un chien sécrète —par 100 centimètres cubes d’urine — 9 grammes 0908 de sucre ; tandis qu’un chien peu intoxiqué, n’en donne que 2 grammes 5, le premier jour, et 1 gramme 40 le second ; et que deux autres chiens ayant absorbé de plus fortes doses d'arsenic ne produisent : l’un 1 gramme 285 p. c. le premier jour, et 0 gramme 02454 le deuxième jour ; 1 autre 0 gramme 134. — D’après cette donnée physiologique, l’arsenic diminue donc notablement la glycosurie. C’est ce qui a eu lieu chez deux de mes malades diabétiques : en effet, l’une d’elles donnant 191 grammes 99 de sucre en vingt-quatre heures, n’en produisit plus que 65 grammes 20 après un traitement arsenical de 7 jours. L’autre excrétait, le 8 septembre 1881, 300 grammes de sucre; pendant cinq semaines elle prend de l’arsenic sans association d’aucun régime particulier, et la quantité de sucre vient à osciller entre 123 et 127 grammes. Si l’on suspend 1 usage de ce médicament, la quantité de sucre s’élève à plus de 300 grammes. D’autre part, concurremment avec la diminution.de sucre et durée, la totalité d’urine perdait, dans les deux cas, sous l’influence du traitement, exactement la moitié de son poids.

C’est la liqueur de Fowler qui a été employée à raison de 0 à 30 gouttes par jour. Chez une des malades on a atteint, en moins d un septénaire, 30 gouttes, et il s’est produit très rapidement une grande amélioration, mais l’irritation gastro-intestinale a forcé de supprimer la médication. On doit augmenter les doses progressivement, et suspendre le traitement dès qu’il y a des troubles digestifs. »

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Ici encore, on voit les inconvénients de l’allopathie. Donné en liqueur, l’arsenic se répand sur toute la muqueuse gastro-intestinale et l’irrite au point de suspendre l’absorption ; il y a ainsi accumulation et, partant, empoisonnement. La liqueur de Fowler ou d’arséniate de potasse, est très inconstante dans son action, et d’ailleurs d’un dosage difficile, alors qu’on s’en rapporte aux malades. Ceci explique comment les dermatologues varient tous dans leurs prescriptions. Ainsi M. Duvergie n’a pu dépasser 16 gouttes par jour, sans qu’il se manifestât de l’irritation du tégument gastrique. Biett prétend, au contraire, être allé à 30 gouttes et au delà. On vient de voir que le docteur Languevialle a dû s’arrêter à cette dose devant les symptômes gastriques. — Sous forme de granules, l’arséniate se potasse ne produit aucun de ces inconvénients. Combiné à la strychine, il hâte la catalyse physiologique — car on ne saurait admettre ici une action purement chimique. Les corps vivants ne sont pas des cornues ou récipients inertes ; ils profitent des lois de la chimie, mais en se les appliquant selon leurs besoins ou leurs idiosyncrasies.

L’Abeille médicale, dans son numéro du 29 octobre 1882, donne un article de M. le docteur Wôrms sur l’emploi du sulfate de quinine dans la glycosurie, mais plutôt préventivement. En effet, chez beaucoup de personnes les urines présentent du sucre au delà de la moyenne physiologique, cette substance n’ayant pas été complètement brûlée. M. le docteur Worms a administré le sulfate de quinine à la dose de 40 centigrammes par jour, en deux fois, dans une trentaine de cas, en en prolongeant l’usage pendant quinze à vingt-huit jours, sans aucune exception, il a obtenu une diminution très marquée de la quantité de sucre dans les urines.

Nous avons eu occasion — bien des fois — de donner l’arséniate de quinine dans des diabètes commençants, et en avons obtenu de rapides succès. Nous donnions, en moyenne, de 15 à 20 granules par jour. — Mais l’effet est bien plus prompt quand l’arséniate de quinine est combiné à l’arséniate de strychnine.

Au reste, cela fait voir que la thérapeutique actuelle est en progrès, et que bientôt le jugement de feu le docteur Amédée Latour contre la médecine sera levé (1).

(1) C'est-à-dire qu’elle :

■ plus une inutile histoire naturelle.

Dr B.

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