‹ Miscellanées de médecine dosimétrique (volume 2)Chapitre 175 sur 179 · DANGERS DU SEIGLE ERGOTÉ DANS LATAXIE LOCOMOTRICE PROGRESSIVE · texte numérisé non relu

DANGERS DU SEIGLE ERGOTÉ DANS LATAXIE LOCOMOTRICE PROGRESSIVE

[Progrès médical, 17 mars 1883.)

M. S..., trente-neuf ans, rhumatisant; excès vénériens; pas de syphilis. — Il y a quatre ans, douleurs rhumatoïdes et céphalées se répétant pendant deux ans, puis paralysie brusque de la troisième paire à droite, avec diplopie et vertiges. Deux à trois mois après, apparition de troubles de la locomotion : lourdeur par incoordination; douleurs fulgurantes légères dans les membres, mais très vives dans le rectum et le périnée. — En 1880, première saison à la Molan ; la maladie était alors bien caractérisée : troubles des sphincters,

diminution dans la sensibilité des membres inférieurs, incoordination, etc.

En 1881, deuxième saison : grande amélioration; les sphincters fonctionnent presque normalement. — Il passe l’hiver à Hyères ; le mieux s’accentue. A la tin de l’hiver il se trouve un peu fatigué, un peu lourd, et il va à Paris consulter M. Charcot, qui 1 avait déjà soigné et qui lui prescrit le seigle ergoté ; 0.25 centigrammes d’abord par jour, en augmentant ensuite de 0.05 par jour jusqu’à 1 gramme. Il devait continuer 1 gramme par jour pendant trois jours, puis suspendre et prendre à la place le nitrate d’argent.—Le malade suit ie traitement sous surveillance médicale locale; il prend l’ergot, et le deuxième jour de la dose de 1 gramme — avant la troisième dose — il est paralysé des quatre membres et de la voix; il ne peut plus bouger; depuis un jour ou deux, dit-il, il sentait cette paralysie arriver; la sensibilité est très émoussée dans les membres paralysés, même dans les membres supérieurs, qui avaient toujours été intacts jusque-là. Il ne souffre de nulle part, mais il ne peut rien remuer du tout ; il ne peut ni selever, ni s’asseoir ; il est condamné à l’immobilité absolue. 11 suspend immédiatement l’ergot de seigle; une amélioration progressive se dessine tout de suite. — 11 septembre. Les bras sont à peu près complètement dégagés; il écrit; la voix est entièrement revenue; il s’asseoit très bien sur son lit et se tient assis. Quelques troubles cérébraux ; pas de troubles du côté du rectum ; incoordination dans les mouvements des membres inférieurs, surtout quand les yeux sont fermés; légère chute de la paupière supérieure; pas de réflexe tendineux aux genoux; légers troubles de la sensibilité aux extrémités inférieures.

Nous avons reproduit cette observation parce qu’elle fait voir jusqu’où peuvent aller les excès de l’allopathie. — Parce qu’il y a paralysie progressive, on donne le seigle ergoté, puis le nitrate d’argent, sans s’inquiéter de létat de la moelle épinière et de la cause première du mal. Ce qu il aurait fallu ici — du moins ce qu’en médecine dosimétrique on

DE MÉDECINE DOSIMÉTRIQUE.

eût prescrit —c’est : 1° comme dominante, l’arséniate d’antimoine contre la diathèse rhumatismale ; 2° comme variante, la cicutine, le camphre monobromé contre l’hyperesthésie de la moelle épinière ; l’aconitine, la digitaline contre l’hyperémie ; l’hypophosphite de strychnine contre l’ataxie, mais non un médicament aussi dangereux que l’ergot de seigle, qui détermine la gangrène quand son emploi est exagéré ou continué longtemps. Le nitrate d’argent, qu’on a vanté dans l’apoplexie, n’a fait que des nègres.

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