DE MÉDECINE DOSIMÉTRIQUE. - VII
de nombreux articles qui, comme les Miscellanées actuelles, prouvent la mauvaise foi de nos adversaires. Que Dieu... et la dosimétrie, nous donnent encore quelques années, et ils n’auront rien perdu pour attendre.
D r Burggraeve.
Gand 1887.
MEDECINE DOSIMETRIQUE
CONTRIBUTION A LA PATHOGÉNIE DE L’ÉPILEPSIE ET A SON TRAITEMENT DOSIMÉTRIQUE.
Nous commençons par affirmer que 1 épilepsie organique est incurable — comme, au reste, presque toutes les maladies organiques mais, cependant, que même dans ce'cas, elle peut être calmée et ses accès être rendus moins fréquents. Nous nous ressouvenons d’avoir reçu dans votre service à l’hôpital civil de Gand, un jeune homme de vingtquatre ans, épileptique de naissance, qui, dans un accès, était tombé la face dans le feu el s’était fait une brûlure étendue. Pendant toute la durée du traitement—c’est-à-dire près de quatre mois—il n’eut pas d accès, mais les brûlures étaient à peine cicatrisées qu’une violente attaque le prit et l’emporta dans d’horribles convulsions. A l’autopsie, nous constatâmes une induration éburnée des olives de la moelle allongée. On trouve dans les auteurs, notamment dans Haller, des cas analogues.
Ce fait confirme l’opinion que l’épilepsie a son siège—ou du moins son point de départ — dans le bulbe de la moelle allongée. Quant à la lésion organique, ce n’est pas toujours une induration, elle peut, comme dans une foule d’affections nerveuses, se borner à une simple hyperémie, et, à une époque plus avancée, un ramollissement; mais jamais de
produits inflammatoires ; ce qui exclut l’idée de la myélite. Le plus souvent le cerveau est intact, sauf un état exsangue plus ou moins prononcé.
Ceci est important pour le traitement, car il y a ici à combattre le spasme de la moelle allongée et 1 anémie du cerveau.
C’est là le point important de la présente contribution.
Quant aux causes générales, on sait quelles sont héréditaires ou acquises : parmi les premières il faut ranger l’alcoolisme des ascendants — car souvent la maladie saute une génération, en vertu de la loi de l’atavisme — le virus syphilitique ; parmi les secondes, les cachexies métalliques : mercure, plomb, cuivre, etc.
L’épilepsie n’est donc pas due à une congestion aiguë, mais plutôt chronique amenant la dilatation et la dégénérescence athéromateuse ou autre, des vaisseaux et pouvant ainsi produire des convulsions anémiques. C’est l’opinion du célèbre phrénologue Schroeder Vanderkolck, à laquelle se sont ralliés Voisin, Foville, et que M. Jaccoud a adopté sans réserve.
« La physiologie a établi, dit-il, les faits suivants, qui constituent toute la pathologie de l’épilepsie : 1° l’excitation de la moelle allongée provoque des convulsions générale^ et symétriques ; 2° le mésocéphale est la seule partie du système nerveux dont l’excitation produit des convulsions générales et symétriques ; 3° les effets convulsifs de 1 excitation bulbaiie sont indépendants de l'influence cérébrale, puisqu’ils peuvent être produits lorsque le cerveau est enlevé; 4° l’anémie subite du cerveau a pour résultat l’abolition de l’activité cérébrale dans tous ses modes : connaissance, perception, volition. «
La curabilité ou l’incurabilité de l’épilepsie dépend donc du degré plus ou moins avancé de l’état organique, c’est-à-dire de la persistance ou de la non-persistance de ses phénomènes. Cest là-dessus également qu’il faut régler le traitement dosimétrique. Or, celui-ci consiste dans l’emploi rationnel des alcaloïdes : strychnine, hyosciamine, picrotoxine et pilocarpine. La strychnine est indiquée dans les spasmes violents, c’est donc pendant les accès qu’il faut l’administrer ; elle a pour adjuvants l’hyosciamine et la picrotoxine. La pilocarpine a particulièrement pour objectif l’anémie cérébrale ; en effet, cet alcaloïde — qu’on l’emploie à l’intérieur ou par injections hypodermiques — relève la colonne circulatoire en un temps très court, produit des bouffées de chaleur et une abondante sécrétion salivaire. Les vaisseaux de l’œil s’injectent; et on peut juger ainsi de ce qui se passe dans le cerveau.
Les modifications des globules rouges du sang ne sont pas moins considérables. Et ici nous ferons une contribution au travail de M. Gillet-de-
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Grammont [De Vaction physiologique du nitrate dô pilocarpine et de ses effets thérapeutiques dans les affections oculaires).
« La numération des globules au moyen de l’hématimètre de Hayem, avant et après l’injection de la pilocarpine, nous a montré qu’il y avait toujours augmentation du nombre des globules rouges. L’augmentation en moyenne est de 700,000 globules environ. (Cette augmentation ne persiste pas sans doute, mais on peut la reproduire par de nouvelles injections.)
» Dans certaines affections générales les globules sanguins se ressentent du trouble de la constitution et offrent des modifications appréciables au microscope. Nous avons eu plusieurs fois l’occasion de constater—soit chez des anémiques dont les globules sont pâles et gonflés, soit chez des syphilitiques dont les globules se framboisent avec une rapidité remarquable— qu'après l’injection ces globules devenaient plus résistants, et que le nombre des éléments altérés était moins considérable que primitivement. Ce fait est peut-être pour beaucoup dans les résultats brillants que donnent dans la thérapeutique oculaire les injections de pilocarpine.
» Puisque le sang est ainsi modifié, il était intéressant de s’assurer si la force musculaire ne ressentait pas une heureuse influence de cette médication. Notre conviction est que le résultat final est en faveur du développement musculaire. Du reste, les malades se déclarent plus ardents au travail. «
Il y a là — comme on le voit—une riche mine d’application dans toutes les maladies nerveuses par anémie. Toutefois, il ne faudrait pas abuser de la pilocarpine, qui pourrait devenir-déprimante par les fortes hypersécrétions quelle détermine, notamment de la salive.
Aussi, dans l’épilepsie caractérisée, on recourra à la strychnine, à la picrotoxmê, en vue de diminuer la mobilité ou l’hyperesthésie nerveuse, et à l’hyosciamine contre le spasme du bulbe rachidien. Ce dernier moyen doit être employé avec la plus grande prudence, à cause de la sécheresse de la gorge et de la mydriase. Nous prescrivons d’ordinaire 2 granules de strychnine, autant de picrot.oxine et 1 granule d’hyosciamine, pris ensemble le soir, en se couchant, afin de la cure de la nuit.
On sait que la belladone a été recommandée par Trousseau, et la coque du Levant par le docteur Planat, dans le traitement de l’épilepsie. Il la prescrivait en alcoolature, à la dose progressive d’une à 30 gouttes, en augmentant chaque jour d’une goutte. Arrivé à la dose maxima, il s’arrêtait pendant quelque temps, puis diminuait chaquejour d’une goutte. Dans quelques cas, il en prescrivait jusqu’à 60 gouttes.
Le docteur Planat cite à l’appui de cette médication un certain
nombre de guérisons ; mais on comprend que dans cette cruelle maladie tout est incertitude. Il convient donc d’avertir la famille, afin de mettre à couvert sa responsabilité.
Un médecin belge, M. le docteur Hambursin, de Namur, dans un mémoire lu à l’Académie royale de médecine de Belgique, préconise également l’alcoolature de la coque du Levant à la dose de 10 gouttes matin et soir, en augmentant de 2 gouttes par jour, de manière à atteindre la dose de 60 gouttes. Puis il augmente graduellement de 10 gouttes chaque mois jusqu’à la dose de 100 gouttes. Si les accès disparaissent, il s’arrête à cette dose ; mais il n’hésite pas à la porter à 150 gouttes. A cette dernière dose, le médicament ne provoque pas plus d’inconvénients que n’en occasionnerait une perle d’éther; le docteur Hambursin dit qu’il n’hésiterait pas à dépasser cette dose de beaucoup, si cela devenait nécessaire; selon lui, il ne faut pas d’interruption dans l’emploi du médicament, et au lieu de diminuer la dose, il est d’avis de 1 augmenter, à cause de l’assuétude. Nous pensons que cela tient à l’incertitude du médicament-comme, au reste, pour toutes les alcoolatures-il est donc préférable de donner la picrotoxine de la manière que nous avons indiquée plus haut.
Quant aux injections de nitrate de pilocarpine, on les réservera pour
^Maintenant faut-il complètement abandonner le bromure de potassium ? Nous répondrons que cela dépendra des indications : ainsi il est incontestable que dans l’épilepsie de nature syphilitique ce moyen a donné et donne encore de bons résultats, mais il ne faut pas aller jusqu au bromisme - qui est un autre mode d’anémie venant accentuer encore l’anémie constitutionnelle, indépendamment des irritations gastro-intestinales résultant des hautes doses auxquelles on a poussé le médicament. En tout cas, c’est l’excès qu’il faut condamner et pas 1 usage.
En somme, il est difficile d’asseoir le diagnostic des localisations de l’épilepsie : on ne peut donc que se guider par les symptômes; mais il suffit que ces derniers soient bien appréciés pour y appliquer un traitement logique. C’est là un des avantages de la méthode dosimétrique.
CONTRIBUTION AUX MALADIES DE LA VESSIE ET DE LEUR TRAITEMENT DOSIMÉTRIQUE.
Rétention d'urine. — Ponctions hypogastriques.
Nous lisons dans le Bulletin de la Société de médecine de Gand, le fait suivant que nous croyons ne pouvoir passer sous silence, parce quil dénote une ignorance ou un dédain de la méthode dosimétrique non que ce dédain puisse l’atteindre, mais parce qu’il faut empêcher que de pareils faits se généralisent. Commençons d’abord par relater le fait; les réflexions viendront ensuite.
« Fr. D... est un cultivateur âgé de trente-deux ans, d’une constitution robuste et n’ayant jamais été malade. Depuis deux ans environ, il se sent gêné du côté des voies urinaires, surtout quand il a bu un peu plus qu’à l’ordinaire; alors il urine difficilement et lentement, et sent très fréquemment le besoin de satisfaire cette fonction. Le malaise dont il est atteint ne l’a pas cependant inquiété au point de l’engager à consulter un médecin.
» Le 21 mai 1880, Fr. D... boit beaucoup de bière et de genièvre. Vers le soir il veut uriner et n’y parvient pas. Il se met au lit et a recours à tous les moyens vulgairement employés dans ce cas : boissons chaudes, linges chauds sur l’abdomen, etc. La vessie ne sait pas se vider ; les douleurs deviennent plus vives ; enfin toute la série de symptômes et de souffrances que provoque une longue rétention d urine se présente bientôt.
» Vers deux heures de l’après-midi, le 25 mai donc vingt-quatre heures après la dernière miction — le patient n’en peut plus et me fait appeler. La vessie dépasse l’ombilic. Le pauvre patient me supplie de le soulager. J’essaye, de suite, le cathétérisme, d abord avec ma sonde de trousse. Je ne parviens pas à pénétrer dans la vessie : l’instrument s’arrête dans la portion prostatique du canal urétral. Le toucher rectal me révèle un développement hypertrophique considérable des deux lobes de la prostate. J’essaye successivement tous les numéros des sondes en caoutchouc, même la plus mince bougie. Pas de résultat. Je fais souffrir beaucoup le malheureux durant plus d'une heure et m épuise moi-même
en efforts inutiles. Je le fais mettre au bain, puis je fais faire des applications de cataplasmes bien chauds sur l’hypogastre. J’attends!
» Vers cinqheures le patient n’en peut plus ; les douleurs de tension sont immenses. Je recommence le cathétérisme. Pas moyen de pénétrer! La sonde s’arrête toujours dans la partie prostatique du canal. Que me reste-t-il à faire? A ponctionner évidemment. Telle est mon opinion.
» Qu’il me soit permis de rappeler ici ce qui m’amena à recourir hardiment à la ponction de la vessie. Au mois de juin 1875, je fus appelé à donner mes soins à un vieux boulanger qui dans sa jeunesse avait été atteint de plusieurs blennorrhagies. Celles-ci avaient provoqué des rétrécissements de l’urètre.Le maladeavait été beaucoup sondé, avait porté une sonde à demeure et finalement était parvenu à se sonder lui-même. J’étais donc appelé auprès de mon client parce qu’il lui était impossible de satisfaire son besoin ; il avait fait lui-même de nombreuses tentatives de cathétérisme et n’avait abouti qu’à irriter fortement le canal de l’urètre et à provoquer une hémorragie. J’eus recours, à mon tour, au cathétérisme ; et durant une heure entière je me trouvai devant le même obstacle. Je fit appeler mon bien regretté maître, M. le professeur Van Wetter. Ce praticien—dont l’habileté a été justement appréciée—eut aussi recours à la sonde et ne réussit pas plus que moi. Cependant il fallait délivrer le patient de ses terribles souffrances. La vessie était de plus de deux travers de doigt au-dessus de l’ombilic. M. Van Wetter me proposa alors la ponction hypogastrique au moyen de l’appareil Dieulafoy ; ce que j’acceptai. Le malade fut soulagé de suite et ne souffrit pas du tout de l’opération. Je fis ensuite une série d’une vingtainedeponctions. Aucun accident ne survint du côté de la vessie et de l’abdomen, jusqu’à la mort du vieillard par suite d’un gangrène de la verge. L’innocuité des ponctions, leur facilité, m’avaient frappé ; voilà pourquoi, dans le cas présentée songeai de suite à cette opération. Aussi vers les six heures du soir—c’est-àdire plus de vingt-quatre heures après la derrière miction—j’introduisis le trocart à 2 pouces au delà du pubis. Le malade ne sentit point l’introduction de l’instrument. Au moment où j’enlève le poinçon, l’urine se projette à travers la canule qui n’a qu’un diamètre de 4 millimètres. Au bout de quelques secondes le patient se sent partiellement soulagé. Le jet continue ; au moyen de l’aspiration je vide complètement la vessie. Le brave homme est dans une joie indescriptible. L’urine est foncée, assez épaisse, avec une odeur ammoniacale fort prononcée. Il y en a plus de 2 litres. Le malade ne souffre plus, mais est affaissé et sent le besoin de se reposer. »
Nous abrégeons : la ponction a dû être reprise le 26, le 27, le 28,
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le 29 mai, c’est-à-dire cinq fois en cinq jours. Grâce à sa bonne constitution et à des soins assidus, les accidents inflammatoires ont pu être conjurés.
Là n’est donc pas la question. La paracentèse capillaire est un grand progrès en chirurgie—il faut bien en convenir— mais n’est pas un motif de négliger les moyens médicaux. Or, les lecteurs du Répertoire savent combien de cas y sont consignés de rétentions d’urine non organiques, qui ont été dissipées par la strychnine, l’hyosciamine, la cicutme.
Remarquons que chez le malade dont nous venons de reproduire l’histoire, l’engorgement de la prostate n’empêchait point la miction (quoique lente), à tel point qu’il n’en avait pris aucune inquiétude et n’avait pas eu recours au médecin. Ce fut à la suite d’un abus de bière et de genièvre que la rétention d’urine devint complète. Vingt-quatre heures se passèrent avant que le médecin fût appelé, et celui-ci se livra à des efforts stériles de cathétérisme. Six heures se passèrent encore en soins externes superflus. Ne pouvait-on, dans cet intervalle, essayer les moyens que nous venons d’indiquer? La cicutine eût fait cesser les épreintes de la vessie; l’hyosciamine eût ouvert le col, la strychnine eût permis au corps du viscère de revenir sur lui-même. C’est-à-dire que c eût été un traitement curatif, tandis que la ponction est tout bonnement un expédient. Généralement les malades — surtout les vieillards — finissent par mourir de leur cystite; quelquefois même de la gangrène de la verge.
Loin de nous opposer à la ponction capillaire, nous la préconisons au contraire, mais dans des circonstances autres que celles qu’on vient de relater : c’est-à-dire dans les rétrécissements infranchissables, afin de laisser au chirurgien le temps de rétablir la voie naturelle. Mais on ne saurait considérer comme rentrant dans cette catégorie, les rétentions d urine survenues à la suite de cystalgie ou de cystite ; indépendamment que les dangers du cathétérisme dans ces cas sont nombreux.
Et maintenant un mot encore. Pourquoi ce dédain de la dosimétrie?
Est-ce que —par hasard — ce quelle enseigne n’est pas une médecine rationnelle?
Est-ce que ceux qui la repoussent systématiquement l’ont jamais expérimentée?
Au lieu de cela, ils en font une question de faux amour-propre, c’est-àdire qu’ils ne veulent pas avoir l’air de répudier ce qu’ils ont fait jusque-là.
Mais n’est-ce pas l’histoire de toutes les grandes innovations? Fallaitil continuer à voyager en patache parce que M. Thiers déclarait les chemins de fer impossibles? Fallait-il attendre pendant trois mois une lettre de famille ou d’affaires, parce que les matadors d’alors ne vou-
laient pas du télégraphe? De même en médecine, faut-il éterniser les traitements parce que les princes de la science déclarent le principe de la jugulation des maladies aiguës une hérésie? On brûlait autrefois les hérétiques pour les empêcher de répandre leurs idées ; aujourd’hui on est obligé de les subir. Car on a beau former un cénacle, on a beau s’armer du non possumus, la vérité—comme le droit—finit toujours par s’imposer. Le médecine a besoin du suffrage universel; elle ne peut le conquérir qu’en dehors de la science officielle.
CONTRIBUTION AUX MALADIES HYPERESTHÉSIQUES CÉRÉBRO-SPINALES ET A LEUR TRAITEMENT DOSIMÉTRIQUE PAR LE CAMPHRE MONOBROMÉ.
Parmi les médicaments mis en usage par la dosimétrie, il nen est pas de plus important que le camphre monobromé, puisqu il remplace à peu près tous les antispasmodiques de la vieille allopathie.
Le camphre monobromé exerce son action sédative sur les systèmes nerveux et vasculaires et convient ainsi dans toutes les hyperesthésies et hyperémies. Il est, à la fois, calmant et excitant. Les anciens avaient déjà dit : Camphora spasmos solvit ; par son adjonction au brome il exerce une action favorable sur les irrégularités de circulation. A proprement parler, les affections nerveuses dépendent d’un défaut d’équilibre entre les systèmes nerveux et vasculaires. Le camphre monobromé marche donc de pair avec la strychnine, l’aconitine, la digitaline (1), quoiqu’il ait ses indications spéciales. Nous allons les passer rapidement en revue. Nous ne nous servirons pas de nos faits, mais de ceux empruntés aux principaux cliniciens qui ont eu recours à ce puissant moyen excito-moteur.
1 er FAIT. — Delirium tremens. — Excès alcooliques. — Tremblement. — Insomnie. — Hallucinations. — Amélioration notable en quelques jours. (D r Deneffe.)
Dans ces cas, nous associons le camphre monobromé à la strychnine,
(1) Comme cette dernière, il a un effet marqué sur la diurèse et, par conséquent, pare à la plupart des symptômes urémiques.
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pour faire cesser les tremblements nerveux : 5 à 6 granules de chaque, par jour, suffisent d’ordinaire.
2 e fait. — Insomnie, suite d'affection cardiaque. — Amélioration. (D r Bourneville.)
Ici nous associons le camphre monobromé à la strychnine et à la digitaline, afin de calmer le cerveau par le cœur : 4 granules de chaque, au moment du coucher.
3 e pAIT . Hémichorée droite, avec maladie du cœur. — Améliora¬
tion. (D r Desnos.)
Même adjonction que dans le cas précédent.
49 paît. — Chorée progressive. — Guérison. (D r Brulois.)
Le résultat est plus rapide par l'adjonction de la brucine (pour les enfants), 4 à 6 grammes par jour.
5 e fait. — Hystérie. — Tremblement et palpitation hystériques. — Guérison. (D r Hammond.)
Adjonction de la strychnine et de la digitaline, comme dans l’alcoolisme.
6 e fait. — Hystéro-épilepsie consécutive à des émotions morales. Inefficacité du bromure de potassium. — Accès moins fréquents à la suite du camphre monobromé. (D r Potain.)
■ Mêmes adjonctions.
T fait. — Hystérie. — Battements du corps thyroïde et palpitation similaire des accès de goitre exophtalmique. — Amélioré. (D r Potain.)
Mêmes adjonctions.
8 e fait. — Père alcoolique. — Grand'mère maternelle morte d'apoplexie. — Cousin épileptique. — Préoccupations pendant la grossesse . Convulsions répétées. — Accidents bizarres probablement de nature épileptique : accès de colère. — Absences. — Cauchemar. Premier accès à treize ans. — Augmentation des vertiges. — Bromure de camphre. — Diminution des accès et surtout des vertiges. (D r Charcos. Salpétrière.)
Mêmes adjonctions.
9 e fait. — Dyspnée intermittente et accès de suffocation iiés au déve-
hppement d'une pleurésie droite subaiguë , presque latente. — Dilatation de l’aorte. — Guérison lente, après une thoracocentèse. — Bromure de camphre. (D r Potain.)
Mêmes adjonctions.
10 e fait. •— Névralgie de la cinquième paire. — Chloro-anémie profonde. — Bromure de camphre. — Guérison. (D r Desnos.)
Mêmes adjonctions.
11 e fait. — Spermatorrhée. — Pollutions nocturnes. — Bromure de camphre. — Guérison. (D r Fauconnier.)
12 e FAIT. — Phlegmasie péri-utérine. — Ténesme vésical et anal. — Mictions très fréquentes. — Modifications remarquables du ténesme et de la miction par l’emploi des capsules de bromure de camphre. (D r Siredey. Hôpital Lariboisière.)
Adjonctions de la strychnine, de la cicutine, de l’hyosciamine.
13 e fait. — Troubles nerveux de la vessie. — Douleurs fortes de la région hypogastrique, s’irradiant vers le testicule. — Envies d uriner fréquentes. —Mictions peu abondantes. — Peu d’albuminurie. Bromure de camphre. — Guérison. (D r Desnos.)
Mêmes adjonctions, plus la digitale.
Comme on le voit, les cas d’application du camphre monobromé sont nombreux et variés ; mais il ne faut pas en faire le pavé de l’ours, c’est-àdire sous prétexte de faire tomber l’hyperesthésie en éteindre la source. C’est ce qui arriverait avec les doses exagérées auxquelles on n’a pas craint de porter ce précieux médicament. Rarement nous dépassons 6 à 8 granules par jour (au centigramme) ; mais nous renforçons l’action du médicament par des auxiliaires, tel que la strychnine, la digitaline, l’aconitine, la cicutine, l’hyosciamine, selon les symptômes. Il faut tenir compte du calorique animal et du pouls ; dès qu’ils descendent au-dessous de la moyenne physiologique, il faut suspendre la médication, sauf à la reprendre ensuite.
Voici quelques expériences qui ont été faites et qui pourront servir à éclairer la marche de la thérapeutique.
Circulation. — 28 centigrammes de camphre, injectés à un jeune cochon d’Inde, suffirent pour faire descendre en trois heures, de 160 à 108 le nombre des battements du cœur. Cet abaissement fut graduellement
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croissant pendant dix-huit heures, et, vingt-quatre heures après, le nombre des pulsations n’avait pas atteint celui qui avait été constaté au début de l’expérience; 50 centigrammes de camphre monobromé ont amené chaque jour une diminution de près de 100 pulsations.
Vaso-moteurs. —Sur un lapin auquel on avait injecté 24 centigrammes de bromure de camphre, les veines de l’oreille — dont le calibre était dun 16 e de pouce —n’étaient plus perceptibles une heure après, alors que les mouvements respiratoires et les battements du coeur étaient réduits au chiffre minimum observé pendant l’expérience. (Lawson.)
Respiration. — Chez un chat auquel il fut injecté 25 centigrammes de bromure de camphre, la respiration tomba de 60 à 44 en une heure. (D r Bourneville.)
Température. — Chez un jeune cochon d’Inde auquel 5 centigrammes de bromure de camphre ont été injectés quotidiennement pendant une semaine, la température fut abaissée et oscilla entre 0°9 et 2°3.
Chez un chat, la température a diminué de 2°2 en quarante minutes, et l’abaissement s’accentua de plus en plus sous l’influence de doses plus fortes. (D r Bourneville.)
De ces expériences on peut conclure que le camphre monobromé produit un abaissement considérable de température chez les animaux, abaissement proportionnel à la dose injectée.
Il en est de même chez l’homme, quoique le premier effet produit soit un sentiment de chaleur. Il faut donc les plus grandes précautions et une surveillance constante chez les chloro-anémiques.
Action du bromure de camphre et de la strychnine. — Dans une communication faite à la Sociétés de thérapeutique, M. Trasbot a soutenu l’opinion que le bromure de camphre produisait « des phénomènes d’excitation très sensibles et de véritables accès convulsifs tout à fait comparables à ceux que détermine la strychnine ». Il ne peut être question que des effets toxiques, car, au contraire, le bromure de camphre produit la somnolence et l’affaissement, au point que comme nousl’avions dit — il faut, pour un traitement suivi, y joindre la strychnine. Nous en avons fait l’expérience sur nous-même. Ainsi, ayant pris 4 granules de bromure de camphre — d’heure en heure — la sensation de chaleur à l’épigastre ayant disparu, nous avons éprouvé à la quatrième prise, un grand affaissement et une somnolence dont nous ne nous sommes tiré qu’en prenant de la strychnine : 1 granule de demi-heure en demi-heure. Le pouls qui s’était abaissé s’est relevé et la chaleur animale qui était descendue à 36° c. est remontée à 37°5.
Le médecin, afin de s’assurer des effets des médicaments qu’il emploie.
fera bien de les essayer sur lui-même. Dosés comme ils le sont dans les granules Chanteaud, ils ne présentent aucun danger.
La thérapeutique ne peut devenir une science exacte qu expérimentalement Elle a cela de commun avec toutes les sciences naturelles.