CONTRIBUTION AUX MALADIES DES POUMONS. — PNEUMONIE ARTHRITIQUE
On sait combien les goutteux sont exposés aux maladies les poumons. On s’était complu à y voir une métastase, c’est-à-dire le rejet du principe goutteux sur les organes ; mais — ainsi que nous 1 avons dit dans un précédent article —il s’agit d’un défaut de combustion, c’est-à-dire d’une production surabondante durée dans le sang et de sa conversion en acide urique. Il faut donc— avons-nous ajouté—donner aux goutteuxles incitants vitaux, notamment la strychnine, en y ajoutant les agents iatro-chimiques, tels que les benzoates de soude, de lithme, etc., les diurétiques : digitaline, colchicine, et les défervescents : aconitine, vératrine, etc., afin de diminuer la fièvre goutteuse.
Ce sont ces mêmes moyens qu’il faut employer dans la pneumonie arthritique.
Mais cette pneumonie existe-t-elle réellement, ou faut-il y voir une inflammation simple ? La réponse à cette question est toute clinique, c’est-à-dire qu’on ne guérit pas le goutteux d’une pneumonie par des antiphlogistiques ordinaires et encore moins par l’expectation. Les nombreux décès (30 p. c.) dus à ces deux modes de traitement, le prouvent surabondamment. Nous pourrions invoquer des autorités : Morton, Sauvage, Cullen,Morgagni, Lieuteaud, Baumès, Portai, Trousseau, Andral et tant d’autres, si le doute pouvait exister sur ce point.
Et ici constatons le lien de famille qui unit la goutte et le rhumatisme articulaire. Nous prenons pour exemple le cas relaté par Andral : d’une pneumonie remplaçant les douleurs rhumatismales. Le malade qui fait l’objet de cette observation, était atteint, depuis quinze jours, de douleurs aiguës qui avaient envahi les articulations de 1 épaule, du poignet et du coude, et qui enfin s’étaient fixées dans les genoux, lesquels étaient rouges et tuméfiés. Tout à coup les douleurs disparaissent et la pneu-
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monie fait son invasion. Rien d’appréciable — clit Andial—ma la percussion ni à l’auscultation ; ce ne fut que le quatrième jour qu’on remarqua du râle crépitant au-dessus de l’angle inférieur de l’omoplate. Enfin la pneumonie parut se juger vers le huitième jour par une sueur critique, sans retour les douleurs articulaires. (CL, t. VIII.)
Dans le même ouvrage on rencontre encore deux cas de pleurésie coïncidant avec la disparition de douleurs rhumatismales, le premier suivi de guérison, le second ayant eu une terminaison funeste. « Ces especes de déplacement de maladies - ajoute l’éminent clinicien - ces métastases comme on les appelait autrefois — sont dignes de toute notre attention. Lorsque les anciens parlaient de goutte remontée dans la poitrine, leur théorie était erronée sans doute, mais les faits dont ils la déduisaient n’en étaient pas moins souvent réels. »
Ces métastases rapides, ces inflammations succédant à une attaque de goutte ou de rhumatisme ne laissent aucun doute sur leur nature ; mais le cas est plus difficile à déterminer quand il n’y a pas eu d’attaque anterieure. Il ne faut pas perdre de vue - dit le docteur Besmer - quon peut être arthritique sans avoir actuellement ou sans avoir eu encore de localisation articulaire. Si dans ce cas le poumon venait à être pris d’emblée, il est facile de comprendre quelle serait l’utilité dun moyen
sérieux de diagnostic, i . ‘
M Charcot, dans son Traité de la Goutte, cite un cas fort curieux que nous croyons devoir relater ici. - La toux et la dyspnée doivent être comptées parmi les manifestations les plus fréquentes de la diathese goutteuse. Quelquefois la goutte larvée se présente sous la forme dune dyspnée assez violente pour donner de vives alarmes. Un malade auquel j’ai donné des soins et qui présentait — il est vrai — un certain degre d’emphysème pulmonaire, souffrait d’une dyspnée intense qui le mettait dans l’impossibilité de se coucher. Il était, en même temps, tourmente par une toux rude et sèche. Les moyens habituellement usités en pareils cas, tels que ventouses scarifiées, révulsifs, expectorants, etc., avaient, a peu prés, complètement échoué. Au bout de quelques jours, les symptômes thoraciques s’évanouirent tout à coup et firent place à la goutte articulaire, qui occupa d’acord le gros orteil gauche et ensuite le genou. J ai eu l’occasion d’observer plusieurs cas du même genre ; et il en existe
d’autres dans la science. » , x ,
Nous ferons ici une remarque : c’est que si la goutte ne s était déclaiée aux articulations, le malade eût été probablement emporté par la pneumonie, car, de l’aveu de M. Charcot, les moyens allopathiques usités en pareils cas, avaient complètement échoué.
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Les plèvres peuvent aussi être affectées dans la goutte, et il se produit alors une espèce de pleurésie sèche.
Ce qui distingue les affections arthritiques, c’est leur mobilité. La pneumonie rhumatismale elle-même est sujette à ces déplacements rapides, qui ont fait dire à M. Gueneau de Mussy : « Il faut faire une part à l’habitude qui ramène le processus morbide dans les voies déjà parcourues ; et l’organisme est plus disposé à subir certaines actions pathologiques par cela même qu’il les a déjà subies. »
Les hémoptysies sont souvent la conséquence de la congestion arthritique et peuvent être quelquefois critiques, de là cette opinion : qu’un crachement abondant de sang est moins dangereux qu’un petit. « Magnas excretiones sanguinis ex pulmone minus esse periculosas quam part as, » a écrit Baillou, doyen de la Faculté de Paris en 1580.
Hippocrate avait admis la phtisie ob hémoplæ ; nous sommes donc pleinement de l’avis de Laënnec: que ces hémoptysies doivent être prévenues; et on le peut par les moyens que nous avons indiqués au commencement du présent article. « Si le médecin qui prévient les maux^ est plus utile que celui qui les guérit — a dit Cullen — c’est surtout à 1 égard de la phtisie, qui peut faire, en peu de temps, de ces progrès quelle devienne absolument incurable. »
Disons à la décharge de la goutte, que les goutteux qui ont régulièrement leurs accès deviennent rarement phtisiques. Quoique les goutteux soient généralement anémiés, ils sont moins disposés aux tubercules que les lymphatiques.
Quoi qu’il en soit, chez les goutteux, les poumons ne doivent jamais être perdus de vue, car, ainsi que nous l’avons dit, il y a des pneumonies latentes — comme celle dont parle Andral.
Le diagnostic de la congestion arthritique sera probable si la toux précédée d’oppression et d’éraillement de la voix, est survenue brusquement et sans fièvre ; si ses paroxysmes ont lieu la nuit; si elle.est sèche au début et accompagnée ensuite d’une abondante expectoration et de coryza; enfin si tous les symptômes viennent à cesser brusquement pour reparaître les nuits suivantes.
« Le catarrhe pulmonaire par lequel un grand nombre de vieux goutteux terminent leur existence, donne lieu à un travail congestif habituel de l’appareil respiratoire, 'travail congestif qui se produit à l’auscultation par des râles sous-crépitants fins. ■> {Cl., t, III,P- 339.)
Dans un précédent article, nous avons traité de la broncho-pneumonie des vieillards, à propos de la maladie dont est mort le premier ministre d’Angleterre, lord Beaconsfield, qui n’a pas su obtenir grâce devant
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l’allopathie, parce qu’il avait eu l’audace des’adresser àlhomœopathie(l). Il faut également porter son attention sur le foie, car il est rare que cet organe ne soit également compris dans la zone arthritique. Les eaux minérales sont indiquées dans ces cas : il faut choisir les eaux sulfurées, sodiques et arsenicales. Les personnes qui ne peuvent se déplacer, soit à cause de leurs occupations, soit à cause de leur état de santé, devront se soumettre à un régime et un traitement consistant particulièrement dans l’usage journalier du sedlitz Chanteaud, l’arséniate de strychnine, l’aconitine, la digitaline, et, quand il se déclare des symptômes de catarrhe nasal et bronchique, le sulfure de calcium, qui doit alors constituer la dominante du traitement.
Quant aux alcalins, il faut en être sobre à cause de la pauvreté du sang chez les goutteux, malgré leur apparence pléthorique. A 1 appui du traitement que nous venons d’indiquer, nous pourrions citer une foule d’observations, mais nous préférons laisser ce soin à nos confrères en dosimétrie, surtout aux médecins d’eaux.