DES TISANES
Quand on visite les hôpitaux on est frappé du luxe des tisaneries et des innombrables bouteilles, qui de là se répartissent dans les diverses salles, au point que chaque malade a la sienne — quelquefois deux. — Les malades non alités trouvent le moyen de les vider autre part que dans leur estomac ; mais pour ceux que la fièvre tient au lit, impossible d’y échapper. La sœur de service est inexorable : il faut que l’affreuse boisson se prenne jusqu’au fond— il y en a de fades, d’amères, de sucrées, d’épaisses, de gluantes. En vain les yeux et l’estomac se révoltent, l’ordre est précis. Nous faisions cette remarque sur nous-même, ces jours derniers, alors que pour calmer des accès de dysurie, nous nous étions mis en tête de prendre une de ces décoctions qu’on décore du nom de « Boisson de Mai », parce qu’on les fait avec les premières plantes et racines. Après deux ou trois tasses, nous en étions écœurés ; et bientôt
l’estomac se révolta. Nous dûmes y renoncer et nous contenter de gorgées d’eau fraîche, et des granules de benzoate de lithine et de bromhydrate de cicutine qui eurent bientôt raison des ténesmes vésicaux. Ceci fait voir combien le régime pharmaceutique des hôpitaux est vicieux. Dans une visite à ... (il est inutile de désigner la localité), nous nous étions adressé au Ministre de la Guerre afin d’appeler son attention sur les médicaments dosimétriques. C’était un homme de bon sens ; peut-être se souvenait-il des bouteilles d’hôpital. Séance tenante, il sonna le directeur du service de santé et lui exposa l’objet de ma visite. Pris à 1 improviste, ce fonctionnaire invoqua toutes sortes de raisons, disant que cela n’était pas possible. Bref, le Ministre qui n avait aucune compétence sur ce point, dut se rendre à ces fins de non-recevoir. Le directeur nous invita à visiter son département. Ce que nous vîmes, de drogues amassées est inimaginable. Il y avait là des caisses qui envoyées des colonies y étaient réexpédiées sans même avoir été ouvertes, pour être réparties dans les pharmacies des Indes. Je compris alors pourquoi le directeur ne voulait point de la dosimétrie. A quoi emploieraiton le budget et que deviendraient ces nuées de fonctionnaires attachés au département du service de santé ? Cela est misérable, mais cela est ainsi. Pour en revenir aux tisanes, nous dirons que non-seulement elles sont écœurantes, mais quelles poussent à l’albuminurie et au diabète,en fatiguant inutilement les reins.