DU DIABÈTE ET DE SON TRAITEMENT DOSIMÉTRIQUE
La dosimétrie est une méthode purement physiologique, c’est-à-dire laissant les entités morbides — ces moulins à vent de la pathologie — aux Don Quichottes de l’allopathie, qui en reviennent souvent avec un coup d’aile.
En parlant du diabète, Hufeland a fait une remarque qui dénote le profond praticien : « Dans le diabète sucré le travail chimique que les reins exécutent sous l’influence de la vie, a subi une perversion spéciale qui fait que ces organes fabriquent du sucre avec les liquides qui y aflluent, tout comme ils produisent des graviers et du sable dans l'affection calculeuse, ou comme on obtient du sucre en faisant réagir un acide sur de l’amidon. Cette transformation s'accomplit principalement aux dépens du chyle du sang, dont il se sépare aisément lorsqu’il vient d’y être mêlé, et sur lequel les reins semblent exercer une affinité chimique toute particulière, ce qui explique l’émaciation et l’affaiblissement qu’entraîne la maladie. (Cinquante années de pratique.) » Il résulte de ce passage que le célèbre auteur de la Macrobiotique a parfaitement saisi les analogies qui existent entre le foie et les reins. Chez les oiseaux il y a un système porte rénal, de sorte que les reins sont chargés, en grande partie, de la combustion respiratoire, comme l’indique l’énorme quantité de guano de leurs urines. Chez les mammifères et chez l’homme, la dépuration rénale se fait surtout sur le sang artériel, qui se débarrasse ainsi de ses principes excrémentitiels : d’abord de l’eau en excès, qui pourrait produire l’hydrémie et même l’analbuminose, comme quand on
DE MÉDECINE DOSIMÉTRIQUE.
injecte de l’eau dans les veines d’un animal. Et à cet égard on ne saurait trop s’élever contre l’abus des tisanes, dans les hôpitaux surtout, où il s’en fait un luxe effrayant, autant les celliers sont pauvres en vin. L’urée est due à la combustion nutritive enlevant ainsi au sang l’excès des matériaux azotés qui le rendrait trop échauffant. L’acide urique, qui est le résidu de cette combustion, est insoluble et est tenu en suspension dans l’urine — comme dans une eau de cristallisation ; et ainsi s’explique la formation des graviers et du sable dont parle Huffeland. Quand il arrive que d’autres acides existent dans l’urine — tel que l’acide oxalique — il peut se former des calculs durs ou d’oxalate de chaux, comme on l’observe chez les enfants nourris de matières féculentes et sucrées. Nous avons opérécinq fois des calculs de ce genre, sur des enfants de trois à cinq ans.
L’albumine existe normalement dans l’urine, en très faible proportion— presque infinitésimale. Quant à la fibrine, elle est la conséquence d’hémorragies, comme le prouve l’hématosine. En somme, les reins sont des organes de combustion et de dépuration, comme la peau, avec laquelle ils ont des rapports histologiques manifestes ; ainsi les glaudules sudorifères, avec leurs serpentins, rappellent les corpuscules des canaux urinifères. Physiologiquement, la peau et les reins sont également solidaires. « Parmi les causes éloignées du diabète, dit Hufeland, la plus importante est une suppression chronique de la sécrétion cutanée et de son transport sur les reins. » J’ai vu une femme qui, pour s’être refroidie en descendant à la cave et y être restée longtemps tandis quelle avait le corps en sueur, fut prise d’un diabète, aux atteintes duquel elle demeura en proie pendant plusieurs années, et dont on a eu beaucoup de peine à la délivrer. (Ouvrage cité.) C’est-à-dire qu’il y a eu chez elle néphrite catarrhale — car le diabète a frigore n’est souvent que cela. Est-ce à dire qu’en ces cas les sudorifiques doivent être prodigués? C’est la vieille rengaine de l’allopathie, qui ici est plus homœopathique quelle ne le croit, puisqu’elle entretient la maladie par faiblesse. En effet, il ne faut pas confondre la sueur par expression—comme une vessie distendue d’eau—avec la sueur par sécrétion ou combustion. Nous devons encore mentionner le diabète par excès vénériens ou solitaires. C’est alors particulièrement la moelle épinière qui est en jeu ; quelquefois le plancher du quatrième ventricule du cerveau. Nous terminerons cet article par le fait suivant. Un jeune homme de quinze ans était atteint de consomption, caractérisée par la fièvre, avec redoublements vers le soir, soif, sécheresse de la peau, sensation d’ardeur dans le dos, se portant aux zones précordiale, épigastrique et hypogastrique, suite d’excès vénériens précoces. Les urines étaient d’ordinaire pâles, sans odeur, par conséquent sans excès d’urée,
copieuses et avec un goût douceâtre. La poitrine ne présentait aucun signe d’auscultation ni de percussion; il n’y avait pas de douleurs néphrétiques, ni calculs, ni gravier. L’emploi de la strychnine, de la cicutine, de l’hyosciamine, du camphre monobromé, les huiles animales, les ferrugineux, un régime mixte, eurent raison de cet état de consomption qui se trouvait encore dans sa période initiale ou nerveuse. (Voir La dosimétrie, ses fins et ses moyens , pages 173-174.)
DE l’aLCALOÏDO-THÉRAPIE .
Les disciples de l’École galénique sont comme le vieux Marcel des Huguenots, élevé dans la crainte de l’enfer, comme eux dans l’horreur des alcaloïdes. Quand on leur dit qu’ils emploient la quinine, la morphine, ils répondent : « L’École le veut ainsi. » Mais vous verrez que bientôt ils enfreindront le carême qu’ils imposent à leurs malades. Savent-ils seulement comment les alcaloïdes agissent, et pourquoi ce sont des défervescents , tandis que la saignée et la diète sont des fervescents ? Ils devraient bien, à cet égard, consulter Andral. Or, voici ce que ce profond pathologue leur apprendrait. Il a cherché à déterminer les rapports de la température du corps avec celles de quelques-unes des parties solides du sang et de l’urine : fibrine, albumine, globules, etc. Il résulte de ces expériences que lorsque le sang contient plus de quatre millièmes de fibrine, la température animale s’élève — et cette élévation -est proportionnelle à l’élément plastique. Cette conclusion est conforme à celle du même auteur, sur les phlegmasies et les pyrexies ; également en rapport, non avec les globules rouges du sang, mais avec les globules blancs. Or, ce sont précisément ces rapports que les saignées viennent changer en augmentant le chiffre des globules blancs, en diminuant celui des globules rouges ; en élevant le chiffre de la fibrine et en faisant descendre celui de l’albumine. Andral nous a fait voir encore qu’il existe un rapport direct entre la température du corps et la quantité durée éliminée par les reins. Dans trente-deux analyses d’urines appartenant à divers malades dont la température était normale, il n’a trouvé que huit fois,plus de 12 grammes durée. Dans les pyrexies, il a constaté à la fois
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une élévation plus considérable de la température et une augmentation plus grande de l’urée ; c’est ainsi que sur vingt-trois analyses d'urines, provenant de malades atteints de fièvre intermittente, il a trouvé, onze fois, entre 20 et 32 grammes durée ; neuf fois, entre 15 et 20; deux fois seulement, entre 13 et 14. Or, on sait que les fièvres paludéennes prennent une forme typhoïde quand la chaleur s’élève à 30, 40, 41° c. Dans le choléra— qui est une fièvre algide au maximum —toutes les sécrétions sont suspendues et l’urée qui s’amasse dans le sang se décompose—probablement à cause du carbonate d’ammoniaque. S’expliquerait-on, sans cela, la rapidité avec laquelle la maladie évolue? Qu’il y ait des 'bacilles , je le veux bien — puisque sans microzoaires il semble qu’il ne puisse y avoir de maladies ; mais c’est toujours la dépression de la vitalité qu’il faut invoquer.
De tout ce que nous venons de dire nous concluons que l’alcaloïdothérapie deviendra le cheval de bataille du médecin, en dépit des résistances de l’École. On ne saurait mieux comparer cette dernière qu’à ceux qui rêvent encore les coches d’autrefois — probablement parce que le sommeil y est plus facile qu’avec nos chemins de fer. (Voir La dosimétrie , ses fins et ses moyens. — Études thermo-dosimétriques, pp. 139-151.)