MORTALITÉ DES FEMMES EN COUCHES
M. le docteur Sérédey a lu à la Société médicale des hôpitaux, un travail tendant à prouver que, grâce aux soins de propreté et à l’isolement, la mortalité des femmes en couches a notablement diminué à l’hôpital Lariboisière où, en 1881, elle a été de 1 sur 153 des cas simples, et de 1 sur 85 pour la totalité des décès. M. le docteur Hervieux, à la Maternité, est arrivé, par des moyens analogues, à une mortalité de 1 sur 175 à 200 accouchées. Ces moyens consistent dans la séparation des accouchées malades et des accouchées valides ; dans l’interdiction faite aux élèves chargés du service des femmes malades de pénétrer dans les salles de celles qui ne le sont pas, et dans l’emploi de liquides antiseptiques.
"C’est incontestablement un grand progrès ; et nous pensons qu’on finira par supprimer les maladies puerpérales par ce que nous nommons l’entraînement obstétrical au moyen de l’aconitine, de la strychnine, de l’hyosciamine.
DE LEMPLOI DU SALICYLATE DE SOUDE ET DU SULFATE DE QUININE DANS LE TRAITEMENT DE LA FIÈVRE TYPHOÏDE.
M. le docteur Sorel a adressé à la Société médicale des hôpitaux un travail dans lequel il étudie l’action comparative du salicylate de soude et du sulfate de quinine employés concurremment. Les doses ont été : pour le sulfate de quinine, de 0.50 à 1.50; pour le salicylate, de 2 à 4 grammes. Ces doses ont pu être longtemps continuées sans danger. Comme régime diététique, l’alimentation est appropriée à l’état des malades. Les résultats obtenus ont été : l’égalisation de la température, l’inversion des minimum, une diminution de la température vespérale. Dans la généra-
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lité des cas (au nombre de 97), cette médication a réussi à modifier la fièvre dès le deuxième jour ; elle a eu une action antithermique constante et soutenue par la continuité du mode de procéder, môme dans les cas les plus fébriles. Ce n’est que dans quelques cas rares où la maladie a résisté, que M. Sorel a eu recours aux lavements pbéniqués, à la digitaline et aux bains froids.
On voit qu’on commence à entrer dans la voie du principe de la jugulation des pyrexies aiguës que la dosimétrie a indiquée depuis dix ans. Les résultats seront bien plus probants encore quand on aura recours à l’aconitine, à la vératrine, à la strychnine, au fort même de la fièvre, comme le Répertoire en a fourni de nombreux exemples.
UNE MALADIE SOI-DISANT NOUVELLE OU MALADIE DE DRESSLER. HÉMOGLOBINE ALBUMINURIQUE PAROXYSTIQUE.
On a eu raison de dire que les médecins nosographes sont des naturalistes toujours en quête d’une maladie nouvelle, la décrivant, la dessinant, mais ne la traitant point. « Les médecins nosographes, anatomistes, expectants, ne s’occupant nullement de traiter les malades, en sont venus à étudier, chacun à des points de vue différents, les phénomènes du corps humain, comme ils étudieraient les phénomènes géologiques ou astronomiques : avec curiosité et indifférence. Ce ne sont plus des médecins, mais des naturalistes, des membres de l’Académie des Curieux de la nature, qui commettent ici le sophisme de prendre l’objet de la médecine pour le but même de cette science. Quant au système de Broussais, il a eu un singulier avantage : celui de faciliter les études des anatomistes, en leur donnant l’occasion de faire un très grand nombre d'autopsies. Les statisticiens qui ont paru se montrer plus soucieux de la vie des hommes, ont abouti, en définitive, aux mêmes résultats que leurs devanciers. Et comme nous l’avons dit plus haut, la méthode numérique qui par ses mécomptes poussait au scepticisme, a préparé le règne de l’École expectante. (D r Gtallavardin, Expér., p. 49.) » Ceci dit en passant, arrivons à la maladie soi-disant nouvelle. On lit dans nos Études sur Hippocrate, l’observation suivante :
Troisième malade. — Apollonus, à Abdère, resta longtemps sans s’aliter ; il allait et venait, ayant le ventre tuméfié et une douleur habituelle au foie. Ce mal le tenait depuis longtemps, lorsqu’il tomba en jaunisse; il avait beaucoup de vents, sa peau était d’un jaune clair. Ayant un jour trop bu et mangé trop de bœuf, il sentit d’abord un peu de chaud et fut obligé de s’aliter. Il usa abondamment de lait de chèvre et de brebis, cuit et cru, tenant un mauvais régime dont il se trouva fort incommodé. Il survint une forte fièvre, et le ventre ne rendait presque rien ; les urines étaient claires, en petite quantité ; point de sommeil ; le ventre très tendu ; plus de vent ; il y avait grande soif, disposition à l’état comateux; l’hypocondre droit élevé, douloureux; les extrémités un peu froides. Le malade délirait peu ; il oubliait tout ce qu’il avait dit; la connaissance n’y était plus. Le quatorzième jour, à compter depuis qu’il s’était alité avec des frissons, il criait, avait de grands troubles, beaucoup de paroles et de sueurs ; ensuite l’état comateux se déclara. Il y eut beaucoup de selles bilieuses, de matières crues, peu liées; les urines étaient très foncées, en petite quantité, et comme de la rouille ; tantôt elles étaient grasses, crues, mordicantes ; d’autres fois elles ressemblaient à du lait. Vers le vingt-quatrième jour, il y.eut de l’amendement; les autres symptômes restaient les mêmes, mais la connaissance revenait un peu — le malade ne se souvenait de rien depuis qu’il s’était alité. Le délire revint bientôt; tout s’empira. Vers le trentième jour, fièvre violente, abondance de selles claires, délire, extrémités froides, point de parole. Le trente-quatrième jour, le malade mourut. Durant tout le temps que je le vis il avait eu des troubles d’entrailles, des urines claires, très foncées, noires, de l’assoupissement comateux, sans bon sommeil, froid aux extrémités, du délire. Il mourut enfin frénétique. »
Voici maintenant la maladie de Dressler (du nom de son auteur, le docteur Dressler, de Wurtzbourg, qui en donna la relation en 1854, et que vient de rajeunir le docteur Nicolich Junior, de Trieste : « Cette forme morbide, connue sous le nom à’hématinurie paroxystique, d'hémaglobine albuminurique paroxystique, d'hémaglobinurie ex frigore, hématurie d'hiver, etc., est une maladie à marche lente, caractérisée par la récurrence fréquente, quelquefois périodique, de phénomènes de l’hémaglobinurie, presque toujours consécutive à l’action du froid, avec albuminurie transitoire ; souvent précédée de fièvre et qui se développe chez des individus affaiblis et anémiques à la suite de diathèses. Cette maladie récidive facilement ; dans quelques cas elle a amené la mort, mais le plus souvent elle guérit à la suite d’un traitement prophylac-
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tique (1). La maladie affecte généralement les sujets cachectiques, cependant elle peut surgir chez ceux qui ont toutes les apparences de là santé. Le sujet qui est prédisposé à cette maladie, après avoir été exposé au froid, ressent immédiatement une forte douleur à la région rénale, accompagnée de frissons et d’un sentiment de faiblesse générale : aussitôt le besoin d’uriner se fait sentir ; l’urine a la couleur de vin de Malaga, et, peu de temps après, les sclérotiques prennent une teinte jaune comme dans l’ictère. Cet état s’améliore si le malade garde le lit : l’urine redevient promptement normale, mais tous les symptômes se reproduisent s’il s’expose de nouveau à l’action du froid. Telle est la forme typique de la maladie, qui peut varier selon les sujets ; toutefois les symptômes caractéristiques sont : la couleur de l’urine, sa composition et son apparition immédiate après l’action du froid ; la réaction acide pendant l’accès ; un poids spécifique élevé qui dénote la présence de l’albumine en abondance ; la couleur chocolat due à la grande quantité d’hémaglobine ; le coagulum obtenu par l’ébullition ; l’absence de pigments de la bile ; la présence d’une quantité de granules pigmentaires rouge foncé, disséminés ou ayant la forme de tuyaux rénaux (examen microscopique); Voici ce que le professeur Spring dit dans ses Accidents morbides .- « Les anciens connaissaient Yhematuria disceptiva, ou le passage de la matière colorante du sang dans les urines, mais il faut arriver aux recherches modernes pour avoir des notions exactes et vraiment scientifiques sur ce point d’urologie. Hermann a vu le pigment sanguin passer dans l’urine en même temps que la matière colorante de la bile, à la suite d’injections d’eau dans les veines d’un animal. Nonnyn, en injectant de l’hémaglobine pure dans le tissu cellulaire a trouvé l’urine teintée par l’oxyhémaglobine. D’après cela il semble que l’hématinurie devrait se manifester toutes les fois que l’hémaglobine libre le produira ou pénétrera dans le sang ; il n’en est point ainsi pourtant : il peut arriver, en effet, que le pigment sanguin n’apparaisse dans l’urine que transformé en pigment biliaire ou urophéine. La métamorphose biliaire, quand elle se produit, paraît être due à l’intervention active et directe du foie ; c’est au moins ce qu’on doit conclure des faits suivants constatés par Nonnyn. Si l’oninjecte dans les intestins d’un animal del’hémaglobine libre obtenue par congélation ou par l’éther (qui possède la faculté de dissoudre les globules du sang, ce qui prouve combien il est dangereux de saturer d’éther les personnes vaporeuses ou chloro-anémiques), ontrouvetoujours du pig-
(1) On conçoit difficilement qu’une maladie puisse guérir à la suite d’un traitement prophylactique. C'est mettre la charrue avant les bœufs. D 1 ' B,
ment biliaire dans les urines, tandis que les injections sous-cutanées d’hémaglobine ne donnent jamais la moindre trace de bilirubine. Nous avons même injecté dans les intestins d’un animal une forte quantité d’éther, après avoir pratiqué préalablement la ligature de la veine porte, sans voir apparaître dans l’urine aucun vestige de pigment biliaire. Au point de vue pathogénique il n’y aurait donc entre l’hématinurie et la cholurie hématogène d’autre différence que celle résultant du degré d’intervention du foie. » L’hématinurie s’observe quand l’action du foie reste en défaut, comme dans l’hépatite chronique. C’était probablement le cas du malade dont Hippocrate nous a laissé l’histoire. L’hépatite ayant pris une forme aiguë ou de frénésie (terme dont se sert le père de la médecine), on comprend que le cas devait être mortel ; cependant le malade a résisté pendant trente-quatre jours. Aujourd’hui les médecins dosimétristes chercheraient à combattre la fièvre par les alcaloïdes défervescents et toniques : quassine, strychnine, aconitine, vératrine. Mais allez proposer aux médecins « naturalistes » de combattre une maladie existante ; ils vous accuseraient de don-quichottisme. Il leur faut 1 autopsie, comme a dit la docteur Grallavardin.
cas d’infection puerpérale chez un sujet du sexe masculin.
La Revista clinica di Bolognâ donne la relation du cas suivant :
Il s’agit d’un individu bien portant d’habitude, qui eut des rapports sexuels avec sa femme nouvellement accouchée et souffrant encore d’accidents puerpéraux. Pendant l’acte, cet homme ressentit une vive douleur accompagnée de cuisson au niveau du frein. Il lui sembla qu’il s’était déchiré ; cependant bien que la cuisson persistât, il n’y eut point d’écoulement sanguin. Pendant le reste de la nuit, l’homme dormit bien, mais le lendemain il était mal à son aise. Le soir du deuxième jour, après le souper, frissons violents suivis de sueurs. La nuit néanmoins fut bonne. Le matin du troisième jour, ne se trouvant pas de fièvre, le malade veut se lever pour aller à ses affaires ; mais aussitôt qu’il se met à marcher il ressent une douleur dans la région inguinale droite; y portant la main, il sent sous la peau une dureté douloureuse à la près-
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sion. Le soir, nouveaux frissons très intenses; mauvaise nuit. Le quatrième jour, rougeur érysipélateuse des organes génitaux; tuméfaction du prépuce. Température : 40°,5. Le cinquième jour, la rougeur envahit l’abdomen et la naissance des cuisses. Le jour suivant l’état s’aggrave : faciès typhique, langue sèche, noirâtre, regard éteint, sans expression, subdélire- et céphalalgie alternant avec un état de stupeur comateuse. Le neuvième jour, la gangrène envahit les parties atteintes. Le onzième jour, les parties sphacélées se détachent, les testicules sont à nu, la verge est décortiquée et le dix-septième jour le malade expire après avoir présenté les signes d’un épanchement pleural droit. L’observation ne parle point du traitement, nous sommes donc obligés de remplir cette lacune en faisant connaître ce que le médecin dosimètre ' ferait en pareille circonstance.
D’abord il n’y a pas de doute que c’est le liquide lochial qui a été ici cause des accidents — non pas puerpéraux, mais d’un coït infectieux. Y a-t-il eu ici des microbes? C’est probable ; mais la lochine y a été également pour beaucoup, car la question des virus n’est pas encore élucidée. Une précaution que l’accoucheur ne devrait jamais négliger, c’est de faire faire des injections de chloral boraté, d’après la méthode du docteur Hébert. Moïse déclarait dans ces cas, la femme impure et exigeait sa séquestration absolue. La fièvre survenant, il faut la combattre énergiquement par la strychnine et la quinine (arséniate), l’aconitine, la digitaline, et faire le lavage de l’intestin avec le Sedlitz Chanteaud. L’empâtement érysipélateux exige des injections hypodermiques phéniquées. Une fois la gangrène déclarée, il faut sacrifier les parties sphacélées, afin de pouvoir faire un pansement désinfectant. Nous pensons que par ces moyens énergiques — tant internes qu’externes — les conséquences de l’inoculation du virus lochial seront conjurées.
OBSERVATION DE FIÈVRE LENTE NERVEUSE DES ANCIENS, TRAITÉE PAR LA DOSIMÉTRIE ET TERMINÉE PAR UNE PAROTIDITE.
Le nommé Bruno ..., ouvrier au Jardin zoologique, à Gand, où il est préposé au soin de la volaille, vint nous consulter le 10 juin dernier, se disant indisposé. Il se plaignait de céphalalgie frontale, avec nausées,
langue blanche et gluante, salive collante, anorexie, courbature et absence de sommeil depuis quelques jours. Je l’interrogeai s’il existait quelque épizootie au jardin ; il me dit que non, puisque la mortalité parmi les volatiles était nulle. Je prescrivis le lavage du canal intestinal avec le Sedlitz Chanteaud, puis des granules de strychnine, d’aconitine, de digitaline, afin de tempérer la fièvre, qui était ardente. La nuit qui suivit, le malade délira et il fut impossible de le retenir au lit. Le lendemain je constatai une apyrexie, ce qui m’engagea à donner la quinine (hydroferro-cyanate) : 3 granules toutes les deux heures. Vers le soir, nouvel accès. J’ordonne de reprendre la strychnine, l’aconitine et la digitaline. Le surlendemain même marche et les jours suivants pendant tout un septénaire. La maladie n’avance ni ne recule, mais le malade reste sans appétit, avec des selles diarrhéiques grisâtres. J’ordonne la quassme afin de rappeler le cours de la bile. Finalement, il se déclare à la parotide gauche un gonflement avec impossibilité de remuer la mâchoire inferieure : tension,dureté, puis empâtement; fièvre erratique malgré la quinine. Enfin l’oreillon se dessine et suppure. La fièvre tomba, et le malade est entré en convalescence, Voilà donc une fièvre typhoïde lente, nerveuse, qui a été contenue par des alcaloïdes défervescents et qui a ainsi permis à la crise de se faire.
Dans nos Études sur Hippocrate nous avons cité plusieurs cas semblables, où la mort est survenue après quatre-vingts et même cent jours, et qui sans doute seraient, sinon jugulés, du moins arrêtés par la méthode dosimétrique. ™