‹ Miscellanées de médecine dosimétrique (volume 2)Chapitre 66 sur 179 · RHUMATISME FIBREUX GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

RHUMATISME FIBREUX GÉNÉRAL

Il y a quelque temps déjà, M. L. G..., de Roubaix (Nord), vint nous consulter pour un rhumatisme, ayant atteint toutes les fibreuses — notamment celles de la colonne vertébrale. Pour l’intelligence de cette observation il faut dire que Roubaix est la ville de France où l’on observe le plus de rhumatisants, de goutteux ; cela tient à la situation de la ville, dans un terrain humide, mal drainé — et à la corruption des eaux et de l’air par les émanations des fabriques. Nulle part ailleurs on ne voit se confirmer davantage les écrits d’Hippocrate : De aere, locis et aquis. L’humidité et l’âcreté du sol suspendent les excreta ; en même temps que le manque de combustion les rend acides. Aussi faut-il, dans cette localité, la strychnine, la brucine comme incitants vitaux ; l’aconitine, la vératrine, la digitaline pour relever les sécrétions récrémento-excrémentitielles : 4 granules de chaque (ensemble) au moment de se coucher; la quassine, les arséniates de soude, de potasse, d’antimoine, pour activer la nutrition et comme assolement. Il faudrait également faire changer ces malades d’habitation, si les nécessités de la profession n’y faisaient le plus souvent obstacle. Pour en revenir à notre malade nous dirons qu’il était dans l’impossibilité de se redresser, et forcé de marcher plié en deux et

DE MÉDECINE DOSIMÉTRIQUE.

les mains sur les cuisses — comme dans le mal de Pott. Il y avait un commencement d’ataxie locomotrice ; des douleurs fulgurantes dans les membres abdominaux, sciatique et fourmillements plantaires. Le malade accuse des barrures dans la poitrine et l’abdomen ; et les selles sont très capricieuses : tantôt dures — ou scibala—tantôt en diarrhée. Il est très sujet aux crampes des mollets. Cet état est allé en s’aggravant malgré tous les traitements qu’il a subi ; deux années de suite il est allé aux bains de Saint-Amand, aux bains de mer, aux eaux thermales, mais sans amélioration aucune. Quand il est venu à nous, il était littéralement comme un vieillard — quoique n’ayant que trente-trois ans — impotent de ses membres et obligé de se confiner chez lui. Le chagrin de se voir dans cet état compliquait encore sa triste situation. Après l’avoir examiné avec soin et nous être assuré qu’aucun organe interne n’était sérieusement atteint, nous le soumîmes au traitement indiqué plus haut : strychnine(arséniate), aconitine, digitaline, quassine, arséniate de soude : 4 de chaque aux deux repas principaux ; Sedlitz Chanteaud tous les matins ; et enfin douches à la lance, avec une forte saumure aussi chaude que possible; puis l’enveloppement du corps, dans une couverture de laine, avec des cruchons d’étain à l’eau bouillante, tout le long; et enfin le massage et l’élongation des membres. Ce traitement — institué avec énergie pendant une quinzaine de jours — eut un résultat tellement favorable qu’on cria au miracle. Tl n’y avait cependant là rien d’extraordinaire, vu les moyens employés.

Ceci veut dire que — quel que soit le traitement externe — il faut toujours le combiner avec le traitement interne, et que celui-ci doit être avant tout vital ; sans cela la médecine ne serait plus un art, mais un métier. Il faut retremper l’organisme et s’adresser surtout au grand mouvement de la nutrition, afin de hâter ce renouvellement moléculaire dont parle Leibnitz, quand il dit : « Notre corps est dans un flux perpétuel—comme une rivière — et des parties y entrent et en sortent continuellement. » Quant aux douches salines, ce sont les réveilleurs de la vie ; et il faut les administrer aussi chaudes que possible. Nous renvoyons à ce que nous avons dit dans notre discours sur la longévité. (Voir le Répertoire davril 1882.)

La guérison rapide et inespérée de M. G... nous a amené une foule de malades de la même localité, tous atteints de rhumatisme ou d’arthritisme. Au reste, nous dirons que nous avons dans le département du Nord des adeptes convaincus qui, comme M. le docteur Félix Paquet, tout en faisant bien leurs affaires, font également celles de leurs malades, car le médecin le plus couru est celui qui guérit le plus. Voilà pourquoi nos adversaires sont insensés; c’est-à-dire qu’en s’opposant à la

dosimétrie ils s’opposent à leurs propres intérêts. Ils s’imaginent que parce qu’ils ont un nom fait, le public leur restera fidèle. Cela est bon tant qu’il n’y a pas de concurrents sérieux; or, il en est du médecin comme du boulanger; c’est-à-dire que ce sont ceux qui font les meilleures cures — comme le boulanger le meilleur pain — qui obtiennent le plus de clients. Jusqu’ici, il faut bien le dire, la médecine a été une sorte de compromis; on se partageait les malades, comme en pays conquis, les populations. Mais avec la dosimétrie la scène change : il faut guérir si on veut conserver ses malades.

P, S. Le traitement que nous venons d’indiquer a quelques points de contact avec celui institué par M. le professeur Béhier, à l’hôpital Laënnec, pour les arthrites cervicales et qui consiste dans les cataplasmes de farine de lin et de poudre de ciguë, à parties égales, arrosés d’huile de jusquiame ou de belladone. Ces cataplasmes — fort chauds — doivent faire le tour du cou, être recouverts de tafetas gommé, puis de flanelle, et être gardés jour et nuit, pendant quatre jours, sans être renouvelés , puis on recommence. Au bout de quinze jours il faut ajouter à cela des douches de vapeur sur le cou, tous les deux jours ; et, à l’intérieur, 1 ou 2 grammes de salicylate de soude par jour. Que dira M. Germain Sée, qui veut qu’on aille jusqu’à 6 et 8 grammes ? Mais enfin il y a progrès.

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