‹ Miscellanées de médecine dosimétrique (volume 2)Chapitre 65 sur 179 · PAR LE DOCTEUR JULES SIMON · texte numérisé non relu

PAR LE DOCTEUR JULES SIMON

En abordant son sujet, l’honorable professeur a dit : « La thérapeutique des convulsions que nous étudions ici — il faut bien le dire — est décourageante telle qu’elle est enseignée la plupart du temps dans les livres, parce qu’on nie presque toujours toute utilité de l’intervention de l’art. Non seulement Trousseau conseille de ne rien faire, mais il ajoute que tout ce que l’on tentera— du côté de la peau, par exemple — n’aura pour résultat que d’augmenter les convulsions. Ceci est absolument faux,

car l’enfant pendant les attaques éclamptiformes ne sent absolument rien : par suite le bain sinapisé ne sera pas douloureusement senti par lui. Ainsi, loin de partager la manière de voir de Trousseau, je dis que nous devons intervenir activement, par crainte d’accidents : d’apoplexie miliaire, par exemple. Il faut intervenir, non pas seulement pour se donner à soi-même le bénéfice du rôle qui ne serait qu’apparent, pour avoir l’air de faire quelque chose, mais parce que notre intervention est utile, qu’elle est importante, quelle est nécessaire. Et du moment que le petit enfant en pleine convulsion, ne sent rien, vous ne devez avoir nulle crainte de réveiller sa sensibilité. »

M. Simon divise le traitement en préventif et curatif :

1° Traitement préventif. — Il consiste dans le sirop de bromure de potassium — dont chaque cuillerée à bouche de 15 grammes, contient 1 gramme de bromure ; on le donne chez un enfant de deux ans, à la dose d’une petite cuillerée dans un peu d’eau, dès que l’enfant commence à devenir grognon, maussade ou capricieux, avec de petites insomnies. On l’administre, de préférence, le soir, avant le repas, lequel devra être léger. De loin en loin on prescrira un peu de magnésie, de petits lavements. Puis on aura soin d’interdire les bains de mer, les bains salés et les bains sulfureux — de même que le thé, le café, et surtout les liqueurs alcooliques.

2° Traitement curatif. — L’attaque survient-elle, il s’agit de ne pas perdre de temps. Dès votre arrivée auprès du petit malade en proie aux convulsions éclamptiformes, vous commencez — avant toute enquête — par administrer vous-même un lavement composé d’un verre et demi d’eau tiède et d’une cuillerée à dessert de sel commun. L’enfant évacue et urine un peu ; l’attaque est soulagée, mais les dents sont serrées. Cependant si la bouche s’entr’ouvre encore, vous essayerez de titiller la luette avec les barbes d’une plume, les poils d’un pinceau, pour amener les vomissements, S’ouvre-t-elle suffisamment, vous administrerez un vomitif qui débarrassera l’estomac, le plus souvent cause des convulsions. Cependant l’attaque continue : ayez de l’éther ou du chloroforme — ce dernier de préférence ; versez-en sur un mouchoir et faites-en respirer largement à l’enfant pour calmer son système nerveux. Si la convulsion reparaît, vous y recourerez de nouveau. Les accès viendraient-ils à se répéter, faites préparer un bain à la farine de moutarde, plongez-y vousmême l’enfant, sans crainte (comme l’a dit Trousseau) de rappeler les convulsions; puis, dès que l’enfant revient à lui, vous l’essuyez rapidement avec soin et le mettez dans son lit—quitte à recourir de nouveau au chloroforme si les convulsions réapparaissent. Enfin si l’attaque se renou-

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velle, après une petite accalmie, vous plongez de nouveau l’enfant dans le bain sinapisé ; puis, ne pouvant rester indéfiniment auprès de votre petit malade, vous prescrivez aux parents — tant que l’enfant n’aura pas uriné suffisamment — de donner la potion formulée ainsi qu il suit, pour un enfant de deux ans, par exemple :

Eau de tilleul..100 grammes.

Bromure dé potassium. 1 ”

. .. 05,010 centigrammes.

Sirop de codéine,. grammes.

Sirop de fleur d'oranger.30 »

« Mais pourquoi, dira-t-on, tout ce mélange : la codéine va congestionner le cerveau? Ceci est une pure théorie; dans la pratique il ne faut pas se laisser arrêter par une théorie là où l’on a plusieurs éléments à considérer. Et, du reste, en réalité le cerveau de notre petit éclamptique n’est pas congestionné, il n’est qu’affolé ; aussi l’opium conviendrait-il parfaitement pour en obtenir le calme et le faire rentrer dans l’ordre. Les résultats justifient pleinement cette assertion : vous verrez peu à peu le calme revenir, et vous pouvez être convaincu que si la nature y a été pour quelque chose, votre traitement n’y a pas moins contribué pour une bonne part. Ceci soit dit sans aucune exagération, Enfin, l’attaque est définitivement passée ; les urines ont été abondantes : pourtant les jours suivants l’enfant est resté nerveux, impressionnable, irri- • table: là encore il faut intervenir contrairement à l’opinion de Trousseau, en appliquant à la nuque un petit vésicatoire, long seulement de 4 centimètres sur 3 de large. Mais vous ne ferez cette application qu’à la condition d’appliquer pendant une heure un cataplasme de fécule. Ce qui, dans le vésicatoire, pourrait amener des convulsions, ce serait sa trop longue durée ou sa trop grande dimension ; hors de là, n’en ayez nul souci ; vous en tirerez, au contraire, un véritable bénéfice pour l’enfant. »

Tel est, selon M. Simon, le traitement des convulsions éclamptiques de l’enfant — tant préventif que curatif. Nous ferons ici quelques

remarques. .

Et d’abord, nous louons le savant collègue d’avoir revendiqué les droits de la thérapeutique ; seulement il eût pu le faire en termes moins absolus, en présence de la grande autorité de Trousseau. Ensuite est-il prudent d’avoir un traitement stéréotypé, en présence des causes nombreuses qui amènent les convulsions toniques chez l’enfant? Nous laissons de côté les indigestions, les vers, qui ne sont que des accidents, car

la convulsion tient généralement à des causes générales : l’anémie l’arthritisme. Dans ces cas, les vomitifs, le chloroforme ne peuvent-ils constituer un véritable danger? Ce sont là autant de questions qu’on doit se poser — et bien d’autres encore. La dosimétrie procède par la dominante et la variante : la première s’attachant aux causes —- la seconde aux effets ou symptômes. Elle donne donc, selon les cas : la brucine, l’aconitine, la digitaline, la daturine, les arséniates de fer, de soude, en ayant soin de tenir le canal intestinal libre au moyen du Sedlitz Cbanteaud. Mais c’est là de la dosimétrie, et à aucun titre l’École n’en veut.

P. S. Quant au bromure de potassium, il prépare des gâteux.

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