T. DES ACCIDENTS DUS AU CHLOROFORME
(Académie de médecine, séance du 8 juillet 1890.)
J’avoue que cette longue discussion me rend perplexe. Depuis plus de trente ans que je suis dans la carrière chirurgicale, je n’ai jamais vu ces accidents. Au début de l’éthérisation, je comprends que le professeur Bouisson, de Montpellier, ait pu écrire un volumineux factum sur les dangers de l’anesthésie. Je comprends que les tribunaux aient eu à intervenir dans les imprudences des uns, les omissions des autres, mais aujourd’hui que ces dangers sont connus, rien de plus facile que de les éviter. Dés cas de mort ont pu se présenter, et se présentent encore çà et là en Angleterre, parce que par une sorte de cant, l’opérateur ne s’inquiète point de si peu et l’abandonne à des chloroformisateurs ex professo, qui eux-mêmes ne. s’inquiètent point de l’opéré. C’est ainsi que nous avons assisté', à Londres, à une opération d’ovariotomie où la femme était morte depuis plus d’une demi-heure avant qu’on s’en fût aperçu. Or, rien n’était préparé pour parer à pareille éventualité; avec une froideur caractéristique, le chirurgien se contenta de rejeter le drap sur le cadavre, comme un linceul. Nous devons dire que ce fait avait révolté les assistants — quorum unus. Comme il faut des lapins en tout et pour tout, on a soumis ces placides rongeurs à la chloroformisation expérimentale, c’est-à-dire jusqu’à la mort; mais, ainsi que le fait observer M. Verneuil, les expériences de laboratoire ne prouvent rien ; pas plus qu’il ne faut assimiler l’homme au chien, au cobaye et à la grenouille. Assez de sélection animale comme cela !
de la folie cardiaque et de son traitement.
(Clinique des maladies mentales du professeur Boll.)
Dans une leçon magistrale, le professeur Bell a tracé le tableau de la folie cardiaque. On peut se demander si c’est là la véritable dénomination Rarement les fous véritables sont des malades; s’ils l’étaient, ,1s sera,en guérissables et le médecin n’en serait pas - s, souvent - iedu, rôle d’observateur. La dénomination de phrénopatbes donnée mfcuto docteur J. Guislain aux aliénés ou fous d’esprit, est plus juste. Après cela que les fous d’esprit ne puissent être des malades de corps, pas de doute, et il faut les traiter alors comme tels. C'est a„.s, que le professeur Boll en passant en revue les moyens cardiaques, dit :
« Les moyens de traitement sont nombreux et variés. Je sdis heureux d’ajouter qu’ils sont d’une efficacité bien démontrée Nous ne sommes pas ici en présence d’un arsenal de moyens aussi nombreux qu inuLles , eus possédons des armes dont l’usage donne presque toujours des effets
faisants. Il s’agit seulement d’en faire un choix judicieux, car tel moyen
souverainement utile dans une condition déterminée de la circulation ce ébrale, peut donner, dans une condition différente, des résultats diametraleraent opposés.
» Parlons d’abord de la saignée. ,
» Ce moyen souverainement énergique ne doit être employé qu avec les plus grandes précautions, car bien souvent les symptômes de la congestion cérébrale sont occasionnés par une anémie réelle de l’organe affecte II va sans dire que toute dépression sanguine est contre-indiquée dans les cas
d’insuffisance aortique et de cachexie générale. L’utilité de ce moyen se
manifeste surtout dans les cas. de congestion passagère et dans les lésions mitrales. Ses avantages sont moins évidents lorsqu’il s’agit d une hyperémie active. Cependant on peut en tirer de bons résultats lorsqu’il s agit d une prédominance évidente des hallucinations de la vue. Lorsqu on se décidé a recourir à la saignée, il ne faut jamais pratiquer la phlébotomie y on doit appliquer des sangsues, soit à l’anus, soit aux apophyses mastoides, soi à la région temporale. L’action des déplétions sanguines sera utilement
MI SCELLANTES
corroborée par les révulsifs : les vésicatoires à la nuque et les pédiluves sinapisés.
» Passons maintenant aux toniques du cœur, parmi lesquels la première place appartient de droit à la digitale. Il convient de l'administrer à doses fractionnées 'pour éviter les effets nuisibles des doses trop massives de ce médicament, dont Durozier a démontré les inconvénients au point de vue du délire. »
Suivent ensuite les autres moyens, entre autres les bromures alcalins, dont l’honorable professeur vante l'efficacité, surtout dans l’insomnie.
Nous n’aurions rien à objecter à cette partie de la leçon de l’éminent professeur, surtout à ce qu’il a dit des doses massives de la digitale. Il a rappelé la fameuse séance de la Société de médecine de Paris (22 août 1879), où chaque membre est venu confesser ses péchés comme dans la fable Les animaux malades de la peste. (Voir Nouvel organon de médecine dosimétrique, etc.) Il a cité M. Durozier, dont nous croyons devoir rapporter ici les paroles :
« Je voudrais, à propos du procès-verbal, communiquer à la Société quelques faits où la poudre de digitale a été donnée à la dose de 15 (quinze) centigrammes, en tisane, et où, au bout de fort peu de temps, le malade a succombé. Doit-on attribuer cette terminaison rapide au médicament ou à l’état graisseux du cœur révélé par l’autopsie? Je serais tenté de croire que c'est le médicament qui a précipité l’issue fatale ; il y eut pendant les derniers temps de la vie du malade des signes de l’action toxique de la digitale. »
M. le professeur Boll aurait pu rappeler également le professeur Peters, qui s’est exprimé d’une façon plus catégorique encore :
« Je demande à M. Durozier à quels signes il reconnaît l’état graisseux du cœur. Pour moi, je trouve ce diagnostic fort difficile. L’état graisseux du cœur, en effet, n’a pas de signes suffisamment évidents pour permettre à l’observateur d’asseoir un diagnostic certain ; de telle sorte qu’on n’arrive à reconnaître la dégénérescence du cœur que par un ensemble de probabilités : faiblesse du pouls, altération athéromateuse de l’artère, cercle sénile de la cornée, alcoolisme chronique avéré. C’est là que gît le danger de la digitale ; aussi la donnai-je très peu et presque à contre-cœur ; je m’en défie; je la redoute; je ne l’emploie que comme régulateur des mouvements du cœur, quand ces derniers sont irréguliers et très tumultueux. Il est une tendance dans la médecine de notre époque, tendance que l’on doit déplorer : c’est d’établir des équations toutes faites, et surtout systématiquement, entre la maladie et le médicament : syphilis, mercure; maladies du cœur, digitale. Ce n’est plus de la science alors, c’est une
DE MÉDECINE DOSIMÉTRIQUE.
convention toute faite, systématique, stéréotypée. C’est le triomphe de:1a routine On ne doit pas donner longtemps la digitale sous n importe t forme ■ et on ne saurait assez le redire : que la digitale est un medicame
n 7oTdoT::Ps ;,a digi,a,ine qu’,1 faut reeourir, en rassooianU ta strvehninoet à l'Litine, ces trois faetenrs de ta f
Ouant aux bromures alcalins, nous les croyons également dangereux,, paS—ta fibre organique et affaiblissent ains.tes^ouve-
rnents systoliques du cœur.
HCOM U TBAITEIHEtlT DE U FIÈVRE TYPHOÏDE PA» DES BAISS FROIDS.
(Société médicale de3 hôpitaux, 28 juillet 1890.)
On avait pu croire le débat définitivement clos, mais voici' revenu. Selon le docteur De Bove, les bains froids, comme méthode régulière de traitement de la lièvre typhoïde, ont échoué ~ >
Paris du moins. Depuis le 1" janvier 1884, .1 a observe cent cinquante quatre flèvres typhoïdes et a eu dix-sept décès. Il ne présent aucun m dic m t mais Ut boire abondamment ses malades, munis chacun d un urinoir (I); il stimule le zèle des surveillants, car il ne aisse pas boue scs malades, il les fait boire. Ceci nous ramène au temps du docteur S: “ado Nous sommes de son avis : que le meilleur moyen de prévenir le accidents de la lièvre typhoïde, c’est de favoriser l’élimination du poison I 1,tue par les voies des excrétions; mais pour cela les boissons abondantes ne suffisent pas (le docteur Sangrado y ajoutait les saignées>
«es) Nous pensons qu’il faut, avant tout, les moyens vitaux : la strychnine l’aeonitine, la digitaline et le Sedlitz Chanteaud en lavage, comme 1 enseigne
13 "e, on ne jugule pas la fièvre typhoïde, mais on en favorise l’évolution, comme dans les lièvres exanthématiques en général : vaiiole, rougeole, scarlatine, etc. D r B
(1) N’est-ce pas
t'onnoir qu'il eût fallu X
TRAITEMENT DU VERTIGE CARDIO-VASCULAIRE, PAR LE DOCTEUR GRASSET, DE MONTPELLIER.
Ce traitement consiste dans une solution de : iodure de sodium 10 grammes, eau 300 grammes, à prendre une cuillerée à bouche matin et soir.au commencement du repas. Si le malade y répugne, on ajoute du sirop d’écorce d’orange, ou dans de la bière, du lait. L’auteur préconise également l’emploi de trinibrine (nitro-glycérine) en potion conjointement ou alternativement avec l’iodure de potassium. Avec une pareille médication on est sûr de changer une dyspepsie en gastrite. Nous avons essaye l’iodure de sodium sur nous-même, contre notre arthritisme et dû y renoncer, parce que l’iode se précipite et agit sur la muqueuse de l’estomac comme un corrosif. Quant à la nitro-glycérine, c’est un remède des plus dangereux dont il faut s’abstenir dans tous les cas. D’ailleurs n’a-t-on pas la strychnine, l’aconitine, la digitaline, etc.?