DU TRAITEMENT DES PNEUMONIES GRIPPALES, PAR LE DOCTEUR HUCHARD
(Société de thérapeutique, 10 février 1892.)
L’autorité de l’auteur et le rapprochement de son traitement avec celui que nous préconisons, nous a engagé à reproduire son article in extenso.
« Les pneumonies grippales affectent, au point de vue clinique, des formes assez variées, et à-côté des pneumonies franchement fibrineuses qu’on peut rencontrer dans la grippe, il existe toute une série de pneumonies grippales offrant, sous des formes multipliées, des formes particulières, et ayant, en quelque sorte, une individualité propre, quelle que soit la forme qu’on observe. L’asthénie nerveuse, la prostration profonde qui
MTSCELLAXÉES
accompagnentles manifeslations locales del’influenza et peuvent même leur survivre pendant des semaines, "constitue un fait qui se dégage nettement au milieu des variations nombreuses qui se présentent dans la marche et l’évolution de ces pneumonies. Dans le traitement de la grippe, c’est de cet état d’asthénie nerveuse qui se cache derrière toute manifestation grippale, qu’il faut se préoccuper, au lieu de songer à la lésion locale, comme on le fait le plus souvent. Aussi, dans lés pneumonies grippales, doit-on se préoccuper moins de combattre la pneumonie elle-même par des moyens d’une efficacité souvent douteuse, que de soutenir et de fortifier le cœur. En effet, quand un organe est malade, il faut agir sur les organes sains et compensateurs. C’est ainsi que dans les maladies du foie, on doit viser le rein. L’emploi de la digitale qui se trouve indiqué dans presque toutes les pneumonies fibrineuses, s’impose donc particulièrement dans les pneumonies grippales, grâce aux bons effets qu’elle peut produire en soutenant le cœur et en favorisant par la diurèse, la dépuration de l’organisme. Mais il ne faut pas attendre pour donner la digitale que le cœur ait faibli après avoir traversé un état de lutte qui lui donnait une apparence de force souvent trompeuse. C’est donc, dès le début de la maladie qu’on doit administrer la digitale, et non pas au moment où le cœur faiblit. Comment, sous quelle forme et à quelles doses faut-il l’employer? J’ai renoncé, depuis longtemps, à toutes les tisanes de digitale, infusions et macérations, et je leur préfère l’emploi de la digitaline cristallisée en solution au 1/1000. Pour les pneumonies grippales je donne en conséquence, dès le premier ou le deuxième jour, en une seule fois, 40 à 50 gouttes de cette solution, ce qui représente environ 1 milligramme de digitaline cristallisée. Je la donne neutre en dose massive, précisément parce quelle s’accumule et que son action est lente. Pour tous les médicaments à action lente, il est, en effet, inutile de fractionner les doses, qui se fractionnent elles-mêmes dans l’intérieur de l’organisme.
» Je dois ajouter que j’ai toujours soin de prescrire à l’avance et concurremment, le régime lacté qui favorise l’action de la digitale. Le lendemain je n’ordonne aucun autre médicament ; pas même des injections de caféine, dans la crainte d’entraver l’action de la digitale. Cependant en présence d’une asthénie trop accusée, d’une prostration trop profonde, on peut faire des injections hypodermiques de caféine, d’éther ou de camphre, formulées de la façon suivante :
Huile d’olive stérilisée.. 100 grammes.
Camphre. 10 »
» Ces injections faites avec la seringue Pravaz, peuvent être répétées deux
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à quatre fois par jour. Si l’indication s’en présente de nouveau, après 7 a 8 jours et même avant, je prescris encore de la digitaline, mais cette fois à raison de 20 à 30 gouttes seulement. Je dois insister également sur l’importance de l’antisepsie intestinale, pour laquelle j’emploie volontiers le benzo-naphtol, en 5 à 6 cachets de 30 centigrammes par jour. Il ne fout pas non plus négliger l’antisepsie buecale qui s’impose dans le cours et dès le début d’une pneumonie grippale, à cause des infections secondaires dont la bouche peut être le point de départ. On prescrira donc les lavages répétés tous les jours, et le plus souvent possible, au moyen de solution de sublimé. On pourrait peut-être employer dans le même but de l’eau oxygénée. Je dois encore parler d’un autre médicament : la quinine. Je préfère le bromhydrate au sulfate, et je le donne pendant 3 ou 4 jours au plus, à la dose de 1 gramme 30, tous les matins. Dans les cas où les injections d’éther, de camphre et de caféine sont insuffisantes à combattre l’asthénie nerveuse, j’emploie le sulfate de strychnine en injections sous-cutanées, à la dose de 2 à 3 milligrammes par jour. Enfin, chez tous les malades atteints de pneumonie grippale et soumis à un régime lacté exclusif pendant un temps plus ou moins long, et surtout dans les cas d asthénie nerveuse postgrippale, je prescris la teinture de kola et la teinture de coca associées par parties égales, à raison de 1 à 2 cuillerées à café par jour. »
Réflexions. —Intentique ora tenibant. Cest-à-dirè qu il n est venu à la pensée d’aucun membre que le traitement (incomplet) institué par le docteur Huchard, a été formulé depuis des années dans le Répertoire de médecine dosimétrique. Nous disons le traitement incomplet, parce que au début et dans le cours de la pneumonie grippale, comme dans la pneumonie fibrineuse, il faut recourir à la trinité dosimétrique : strychnine, aconitine, digitaline.
Ce que le docteur Huchard avance concernant 1 action accumulée de la digitaline est une hérésie thérapeutique et un danger permanent. La digitaline, cristallisée ou non, a besoin d’être absorbée ipso facto, pour son action immédiate sur lés reins et par conséquent l’abréviation de la maladie, car c’est par la diurèse que la maladie se résout. Nous considérons de même, comme dangereuses, les injections d’éther, parce que ce sont des extincteurs du sang. Quant au camphre, il déprime la force nerveuse de la moelle épinière et par conséquent doit être écarté dans les affections déprimantes ou asthéniques. Nous ne disons rien de l’emploi de la quinine, parce que c’est du vieux neuf.
En somme, l’École se débat contre la dosimétrie, parce quelle a le sentiment de sa fin. Mais en attendant que de victimes de ses erreurs officielles !
Nous prenons acte des aveux du professeur Huehard : « Il existe toute me série de pneumonies grippales offrant, sous dès formes multiples, des allures particulières ayant, en quelque sorte, une individualité propre quelle que soit la forme qu’on observe; l’asthénie nerveuse, la prostration profonde qui accompagne les manifestations locales de l’influenza et peut même leur survivre pendant des semaines, constitue un fait qui se dégage nettement au milieu des variations nombreuses qui se présentent dans la marche et l’évolution de ces pneumonies. Dans le traitement delà grippe, c’est de cet état d’asthénie nerveuse, qui se cache derrière toute manifestation grippale, qu’il faut se préoccuper, au lieu de ne songer qu’à la lésion locale, comme on le fait souvent. » C’est là de la dosimétrie pure. Que le docteur Huehard ait feint de l’ignorer, cela ne nous touche guère. Depuis vingt ans, nous avons creusé un sillon que la mauvaise herbe allopathique n’envahira plus. Le dynamisme dominant l’organicisme, voilà la règle d’Hippocrate qui n’était pas un savant, mais un grand observateur. Voilà pourquoi nous l’avons pris pour guide et pour modèle.
INJECTIONS DE STRYCHNINE CONTRE LALCOOLISME, PAR JÆ DOCTEUR PARTOUGALOFF.
Depuis que le Répertoire universel de médecine dosimétrique a fait connaître l’emploi de la strychnine contre l’alcoolisme, l’idée a fait son chemin et tout en omettant la source, des praticiens s’en sont servi; à preuve la prescription suivante :
Azotate de strjehnine.0 gr. 06
Eau distillée.15 gr.
Injecter d’abord un demi, puis un quart de centimètre cube. En général, on obtient la guérison au bout de douze jours de traitement. Mais est-elle stable? On peut en douter. L’alcoolisme est une saturation d’alcool de la substance cérébrale,s’étendant à la moelle. Or cet état ne peut se dissiper qu’à la longue. Les alcooliques sont dans un état continuel de surexcitation qui exige, indépendamment de la strychnine, l’emploi de laconitine et de la digitaline. Quelquefois il faut y joindre l’hyosciamine. Le chloral, dont on abuse dans ces cas, ne fait qu’augmenter cette surexcitation. On demandera comment agit la strychnine dans ces cas? Nous répondrons par des
DE MÉDECINE DOSIMÉTRIQUE.
secousses successives, comme dans les expériences de Mateucci, À chaque décharge il se fait une diminution de la tension. La strychnine agit également sur le système musculaire en faisant cesser le tremblement alcoolique. Mais, nous le répétons, la cure radicale exige un temps relativement long , et on est souvent obligé d’interner les malades pour les soustraire à leur propre violence.
CGXLII
POTION CONTRE LINFLUENZA,
(M. Denerens, Londres.)
Sirop de camphre.) aa7 gr. 85 d<
Teinture de lavande.)
Sirop de chloroforme.3 gr. 05
Gomme adr'agante.60 gr.
Eau distillée.108 gr.
2 cuillerées à soupe toutes les quatre heures.
Allons ! il y a encore de beaux jours pour l’apothicairerie. Pourquoi tant crier contre la dosimétrie? Mais la boutique !
CCXLI1I
l’hypophagie.
Le journal la Paix donne la relation d’un banquet qui a eu lieu à Paris au mois de mars, et dont le médecin vétérinaire Decroix a été le héros acclamé. M. Decroix, qui est un adepte de la dosimétrie, est un réformateur ; il en a la vertu radicale : la persistance qui va jusqu’au sacrifice. Sa croisade contre l’abus du tabac n’aura pas été tout à fait stérile. On continuera à fumer, mais on fumera moins; et netait le monopole du tabac, l’ouvrier pourrait fumer à bon marché du tabac indigène plus pur que celui du fisc et de la contrebande. De même que M. Decroix s’est fait le saint Jean de l’hypophagie : nous disons le saint Jean et non le Christ; ce titre,
en France, revient à feu le docteur Munaret, dont nous avons reproduit les discours aux Comices agricoles, où il ne manquait jamais de vanter les avantages de la viande de cheval. Le banquet hypophagique de Paris, rappelle celui de Parmentier pour la pomme de terre, dont l’usage est devenu presque général, mais a eu pour conséquence de se substituer aux légumineuses (fèves, haricots), dont se nourrissaient nos pères. Or, entre la pomme de terre et les légumineuses, au point de vue des principes alibiles, c’est tout le contraire, c’est-à-dire de 80 au lieu de 25. La pomme de terre remplit davantage l’estomac, mais nourrit moins que les légumineuses, celles-ci contenant un principe azoté : la légumine, qui est l’équivalent du gluten des céréales et de la fibrine de la viande, principes azotés et par conséquent plus excitants. Ce serait donc une erreur de croire que plus le régime est animalisé, plus on est fort. Les citadins comparés aux campagnards prouvent le contraire. Il y a en Angleterre des Vegetarian qui, en force musculaire, l’emportent sur les Bacterian (?). Le bœuf se nourrit d’herbages, comme le buffle dans les steppes de l’Amérique: dira-t-on qu’il est moins fort que le carnassier? Le cheval, nourri d’avoine, a plus de souffle que le bœuf, mais s’essouffle plus vite. Quant aux qualités nutritives, elles sont à l’avantage de la viande de bœuf sur celles de cheval. Ce serait également une erreur de croire qu’il y aurait économie à introduire la viande de cheval dans le régime alimentaire. A moins de bêtes surmenées, la viande de cheval coûterait plus que la viande de bœuf. Il y a, au reste, un motif agronomique : l’étable engraisse mieux les champs que l’écurie. D’un autre côté, le cheval, nourri principalement d’avoine, fait concurrence à l’ouvrier, qui se nourrit principalement de pain. On voit par là qu’il y a beaucoup à retrancher des avantages qu’on voudrait attribuer à l’hypophagie. Les maladies d’échauffement ou typhoïdes deviendraient plus fréquentes et plus infectieuses. M. Decroix combat les abus du tabac; pour être conséquent, il combattra également les abus de la viande de cheval.
L’iNFLUENZA DEVANT l’académie DE MÉDECINE DE BELGIQUE (20 JANVIER 1892).
M. le docteur Janssens expose le résultat de ses investigations au sujet de la situation actuelle de Bruxelles, qui préoccupe l’opinion publique et la presse quotidienne. Il fait connaître la nature des obstacles qui ne lui ont
DE MÉDECINE DOSIMÉTRIQUE.
pas permis d’évaluer le nombre exact des victimes de l’épidémie régnante. A défaut de ce renseignement, il a colligé toutes les déclarations médicales de décès relatives aux maladies concomitantes ou consécutives de la grippeinfïuenza. Ces documents, mis en rapport, d’une part avec les circonstances météorologiques correspondantes, d’autre part avec les données numériques relevées pendant l’épidémie de 1889-1890, ainsi que pendant les premières périodes normales d’hiver des cinq dernières années précédentes, lui ont permis de dresser plusieurs tableaux graphiques, qu’il soumet à l’examen de l’Académie. Un dernier diagramme a permis de mettre en évidence ce fait : que Bruxelles a payé aux maladies'régnantes un tribut mortuaire moins élevé que les villes de second et de troisième ordres réunies par groupes. M. Jansseus termine sa communication en exprimant l’espoir que les observations répétées des cliniciens et les recherches patientes auxquelles on se livre aujourd’hui partout dans les laboratoires de pathologie expérimentale, contribueront à dissiper les obscurités qui régnent encore au sujet de l’origine et de la nature des épidémies de grippe-in fluenza.
M. le docteur Rommelaere dit avoir écouté avec la plus grande attention les chiffres de l’honorable membre-au sujet de la mortalité de Bruxelles et dans les autres villes du pays, mortalité causée, d’après M. Janssens, par une épidémie d’intluenza. M. Janssens admet donc l’existence à Bruxelles de l’influenza à l’état épidémique. En ce qui me concerne, dit M. Rommelaere, je déclare qu’il n’y a pas d’épidémie d’influenza à Bruxelles ; les cas de mortalité en nombre plus ou moins considérable qui se produisent, ne sont pas des cas d’influenza. Que M. Janssens fasse une statistique numérique de la mortalité, c’est parfait, mais il n’y a pas lieu de conclure à une épidémie. M. Rommelaere cite à l’appui de ses assertions quelques faits cliniques de sa pratique actuelle, mis en regard de l’épidémie qui a régné il y a deux ans.
M. le docteur Crocq appuie ce que vient de dire M. Rommelaere par quelques considérations complémentaires ; il constate qu’on accumule sous le nom d’influenza un grand nombre d’affections différentes ; et tout d’abord de simples bronchites. Il donne des observations qu’il a faites dans son service d’hôpital, et dit que la dénomination d’influenza, dans l’espèce, constitue un abus condamnable,parce quelle tend à jeter l’effroi dans l’esprit du public et à lui faire croire que nous traversons une période épidémique, alors que nous sommes simplement soumis à des influences saisonnières.
Réflexions. — Nier une maladie qu’on est impuissant à combattre, c’est
MISOBLLANBES
faire comme l'autruche du désert. L’influenza n’est pas dans ses localisations comme le prétendent les organiciens, mais dans sa nature déprimante, et les mortalités n’ont été si fortes que parce que cette nature a été méconnue. Il ne faut donc pas confondre la cause avec ses effets. C’est par.ce que nous avons subi cette dépression que nous pouvons en parler en connaissance de cause. Pendant tout ce temps nous avons été incapable du moindre travail intellectuel. L’estomac était inerte et ne faisait sentir ses besoins que par la répugnance pour tout aliment solide.
Nous étions somnolent mais ne dormant pas; les urines étaient rares et rouges, le cœur battait Irrégulièrement ; les poumons semblaient comme fermés à l’air. Si c’est là une simple maladie saisonnière, que M. Crocq explique sa mortalité autrement que parce qu’on ne vient pas à l’aide à la vitalité défaillante par des alcaloïdes énergiques. Nous avons 86 ans et bientôt nous entrerons dans notre 87 me année (le 8 octobre prochain 1892); ceux qui répudient la dosimétrie devraient au moins l’expérimenter sur euxmêmes comme nous faisons depuis plus de vingt ans. Si Hippocrate a dit : « Medicus te curât ipse », c’est parce que le médecin n’a pas le droit de se laisser mourir, pas plus que ses malades,, quand il y a des moyens qu’il n’a pas encore expérimentés. L’honorable M. Crocq a parlé des influences saisonnières ; raison de plus de nous prémunir contre elles par les moyens que nous donnent la nature et la science. Ainsi nous ne pouvons empêcher le choléra indien de nous faire de temps en temps ses visites meurtrières, mais nous devons trouver en nous-mêmes, la force de lui résister. Nous avons traversé cinq épidémies du terrible fléau indien; dès la première (1834), nous préconisions une poudre composée de camphre et de musc pour relever nos forces. — Est-ce là ce qui a donné à Mandt l’idée de sa médecine atomistique? nous ne disons pas, mais le fait qu’il employait les mêmes agents permettrait de le penser. Au reste, nous n’y mettons aucun amour-propre d’auteur ou inventeur. Nous ne sommes pas de ceux qui disent : « La médecine c’est moi !» nous cherchons à apporter à pied d’œuvre notre pierre pour l'édification du monument hippocratique sur le fronton duquel on écrira': œreperennius.
Dans la séance académique dont nous venons de fendre compte, un honorable membre a demandé que l’Influenza fût portée à l’ordre du jour de la séance suivante (de mars). Il n’est que temps! Encore si les morts pouvaient revenir! Dans le nombre, on verrait des malades présentés par leurs médecins. Mais si les morts ne reviennent pas, qu’au moins leur esprit nous inspire. Ce serait le bon côté du Spiritisme.
DE MÉDECINE DOSIMÉTRIQUE.
l’air humide.
Beaucoup de personnes s’étonnent que dans l'hiver actuel, qui est loin d’être rigoureux, on ait à relever un si grand nombre de maladies des voies respiratoires : congestions, fluxions de poitrine, refroidissements, etc. « C’est singulier, dit-on, le thermomètre marque 8°, 10°+, et il y a plus de maladies que lorsqu’il se maintenait au-dessous de zéro ! » Il s’est établi, depuis longtemps, à cet égard une confusion dans l’esprit du public. Nos sensations de chaleur et de froid ne sont pas en raison directe de la température réelle; le thermomètre peut être à 10° + , et pouvons, en certains cas, éprouver, en réalité, plus de froid que s’il marque 5°—. Cette affirmation, paradoxale en apparence, n’est que l’expression d’un fait que chacun aura pu vérifier de soi-même. Si, en effet, le temps est très sec, on supportera facilement des températures basses. Si, au contraire, l’air devient humide, on trouvera que l’impression de froid est désagréable ; on est comme saisi par l’humidité. « Froid noir, froid pénétrant », on se sentira frissonnant à une température relativement peu basse. Il suffit, en été, de quitter la ville et de pénétrer, le soir, sous-bois, pour juger de cette sensation particulière ; la température est cependant à un degré très sensiblement la même, mais en ville l’air est sec; sous-bois il est chargé d’humidité. Là est la différence. Le corps humain est un producteur de calorique; et nos impressions de froid et de chaud dépendent des quantités de chaleur que le milieu dans lequel il se trouve, lui soustrait. Plus l’air ambiant est susceptible de lui enlever de calorique, et plus la somme réelle de chaleur que possède l’organisme est diminuée : nous nous refroidissons, et nous en éprouvons la sensation qui répond bien à la réalité. Or, la vapeur d’eau est un réfrigérant énergique; plus l’on sera près de son degré de saturation et plus la faculté réfrigérante se manifestera. Nous pouvons perdre beaucoup plus de chaleur à 10°-f qu’à zéro, si l’air est suffisamment chargé d’humidité. La température extérieure ne constitue pas un élément suffisant pour apprécier le pouvoir refroidisseur de l’atmosphère : il faut y joindre un élément essentiel qu’on laisse toujours de côté : le degré d’humidité. Le médecin devrait toujours négliger, non seulement l’examen du thermomètre, mais encore celui de l’hygromètre. Le degré d’humidité ne
dépend pas de la quantité absolue de vapeur contenue dans l’air : il y a plus de vapeur l’été que l’hiver ; tout est lié au voisinage du point de saturation. En hiver, on est, par un temps humide, tout près du point où la vapeur se transforme en eau. Un mètre cube d’air peut renfermer : tantôt 3 à 5 grammes de vapeur d’eau, tantôt 45 à 50 grammes. Mais l’inconvénient ne devient réel que lorsque la vapeur est sur le point de se liquéfier, car l’air chargé de cette vapeur, qui est presque de l’eau, pénètre dans les bronches tout chargé de microbes atmosphériques ; cet air est froid et enlève du calorique au poumon ; il place l’organe dans des conditions de résistance défavorables et en même temps il peut introduire un germe assassin. De plus, le corps entier se refroidit, la peau perspire difficilement, Sa fonction est gênée au milieu de cet air presque saturé d’humidité; le sang est refoulé dans les organes profonds. Ainsi peut venir le mal; et ainsi il vient le plus souvent. Ce qui est à redouter ce n’est donc pas le froid sec, mais bien le froid humide, les alternatives de jours pluvieux et froids sans soleil; nous vivons dans un bain glacial d’air et d’eau. Ces alternatives de mauvais jours nous les avons eues à Paris depuis deux mois; et l’hiver de 1891-1892 aura été, sous ce rapport, néfaste, comme celui de 1889-1890. Défions-nous des hivers humides et du thermomètre; l’instrument ne saurait nous donner la mesure exacte du refroidissement auquel est soumis notre organisme plongé dans l’atmosphère ; répétons-le encore, parce que le pouvoir refroidissant de l’atmosphère sur nous, ne dépend pas seulement de la température, mais encore du degré d’humidité. L’Influenza a probablement une relation avec l’humidité.
Le petit microbe découvert par Pfeiffer et d’autres se complait sans doute dans l’air humide. Il est bon de relever à propos de cette trop tenace maladie, une constation faite par M. Somée, à l’assemblée de la Compagnie d’assurances Le Gresham. La Société a payé 1,817,500 francs pour décès causés directement par l’influenza en 1891-1892. Ces deux années lui coûtent deux fois et demie plus cher que le choléra durant 43 ans !
Henri de Parville.
Réflexions. — Celle sollicitude pour les compagnies d’assurances se conçoit. Si onmourait moins onpayeraitdavantage. Pourquoi les compagnies ne donnent-elles pas des primes aux médecins qui auraient moins de morts à la fin de chaque année? Ce serait un bilan moins macabre que celui du fossoyeur. Au point de vue physique, les considérations de M. Henri de Parville sont justes; mais non au point de vue physiologique. Le corps humain n’est pas seulement un appareil; niais un organisme vivant; voilà pourquoi chacun doit être son propre conducteur. Le Sage dans son Gü-
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lilas; parle du docteur Sangrado avec lequel les notaires arrivaient toujouis trop tard. C’est l’histoire des médecins en général qu’on appelle quand le mal est fait. Du moins eux n’y devraient pas mettre d’esprit de système, mais prendre leur bien, c’est-à-dire la vie de leurs malades où ils le trouvent.
Pourquoi donc la plupart repoussent-ils la dosimétrie qui est un ait préventif plutôt que curatif? Mais le médecin souvent est homme de parti et il en a les vanités et les faiblesses. Le docteur Sangrado était convaincu que lorsque ses malades mouraient, c’était parce qu’on ne les avait pas assez saignés et fait boire de l’eau chaude.
ENCORE LUNELUENZA DEVANT l’ACADÉMIE ROYALE DE MÉDECINE DE BELGIQUE.
(Séance du 27 février 1892.)
Si nous revenons sur cette discussion, cest à cause de 1 influence désastreuse qui peut résulter de cette idée : que toute irritation est une inflammation et doit être traitée comme telle. Autant dire : « Ce n’est pas la maladie qui tue, mais le médecin. »
« M. Hoyoit déclare que si, comme l’ont avancé MM. Rommelaere et Crocq, il n’y a pas eu d’épidémie d’influenza à Bruxelles, la province na pas joui de la même immunité. Un grand nombre de localités ont été frappées, surtout pendant les mois de décembre et de janvier, d’une maladie épidémique, qui n’est autre que l’influenza ou la grippe... Sans aflinnei positivement la contagiosité de la maladie, il cite un fait qui semblerait le démontrer... Sans avoir été aussi généralisée, ni peut-être partout aussi grave que l’épidémie de 1889-1890, celle que nous venons de traverser a fait de nombreuses victimes, particulièrement chez les vieillards et les individus atteints antérieurement d’affections cardiaques, bronchiques ou pulmonaires. »
Réflexions. — La contagiosité de l’influenza ne saurait être contestée, L’attaque dont nous-même avons été atteint est venue d une famille où sévissait la maladie et où nous avions passé la soirée. Quant à la mortalité, si elle a été si grande contrairement aux broncho-pneumonies simples qui