DE LA MÉTHODE ATROPO-MORPHINIQUE DANS LA CHLOROFORMISATION
(Société de chirurgie, 22 juillet 1890.)
M Reymes. - Depuis quelque temps M. Dastre a cherché à combattre chez le chien, les fâcheux effets du chloroforme par l’association de 1 atropine et de la morphine, et M. Aubert (de Lyon) a le premier tente sur l’homme les avantages(?) de cette méthode. Je l’ai employée, dans un certain nombre de cas, dans mon service à l’hôpital Tenon, et je viens d avoir un cas de mort que je crois devoir attribuer à l’association de ces trois agents.
Il s’a-it d’une jeune fille de seize ans que j’ai opérée dernièrement dune ostéite tuberculeuse du cuboïde. Une demi-heure avant l’opération j avais injecté sous la peau une demi-seringue de Pravaz d’une solution contenant par seringue, 1 centigramme de morphine et 1 1/2 milligramme d’atropine. (Chez l’adulte j’injecte la seringue pleine.) La chloroformisation fut facile : l’opération ne dura que dix minutes pendant lesquelles 30 grammes au plus de chloroforme furent absorbés. La petite malade, sans se réveiller, avait ouvert les yeux, et j’avais quitté la salle, lorsqu’on vint me dire quelle ne respirait plus. Je la trouvai blanche, livide, respirant encore faiblement, les pupilles fortement dilatées. En quelques secondes les mouvements respiratoires s’arrêtaient définitivement et le pouls cessait de battre. Trois heures de respiration artificielle, pendant lesquelles, à deux ou trois reprises, les battements du cœur furent perçus, ne purent ramener notre malade à la vie. L’autopsie ne révéla rien de particulier, qu’une anémie du bulbe II s’agissait donc, dans ce cas, d’une paralysie bulbaire chloroformique, et ce'qui est spécial, c’est que cette paralysie est survenue tardivement, dix minutes au moins après l’administration de la dernière goutte de chloroforme.
Réflexions. — Nous ne voudrions pas augmenter le chagrin que le docteur Reymes a dû éprouver de ce malheur, mais cest une leçon de ne pas • quitter les malades tant qu’ils ne sont pas revenus à eux, et d’avoir toujours prêts des appareils électriques à courant continu et interrompu pour rappeler à la vie. La respiration artificielle ne peut rien contre la paralysie
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bulbaire. La chloroformisation telle quelle s’institue aujourd’hui, à air libre ne présente aucun danger : pourquoi compromettre la plus belle découverte de la chirurgie moderne? Du reste, les expériences dont s’agit ne datent pas d’aujourd'hui. 11 y a plus de vingt ans que feu le chirurgien Demarquoy recourait à la morphine pour hâter l’insensibilisation, mais il a dû y renoncer à cause du danger qu’il y a à chloroformer un individu déjà narcotisé. Au reste, c’est ce que plusieurs membres de la Société de chirurgie ont reconnu.