‹ Miscellanées de médecine dosimétriqueChapitre 159 sur 246 · RÉDUCTIONS BUDGÉTAIRES DES PHARMACIES MILITAIRES EN BELGIQUE · texte numérisé non relu

RÉDUCTIONS BUDGÉTAIRES DES PHARMACIES MILITAIRES EN BELGIQUE

M. le ministre de la guerre vient de décider la réduction des pharmacies militaires en ce qu’elles offrent d’inutile pour le traitement des malades, c’est-à-dire la confiserie, loochs, électuaires, pâtes , etc.

A notre sens, M. le ministre eût mieux fait d’introduire par ordre de service les médicaments simples de la dosimétrie, tant au point de vue de la dépense que de la durée des traitements, selon le dicton anglais : Time is money. Les pharmacies des hôpitaux ne doivent pas être des boutiques. Ce qu’il faut surtout dans les hôpitaux, c’est l’instantanéité du service pharmaceutique. Aujourd’hui, avec la multiplicité des manipulations, il faut un service nombreux et encore on ne parvient pas à faire les distributions à temps. Ajoutons que la plupart de ces préparations, bouteilles, pots, etc., écœurent les malades, au point que ceux qui ne sont pas alités s’en débarrassent en les jetant dans les lieux d’aisance là où il n’y a pas de waterclosets, ou bien brisent les fioles volontairement ; c’est à tel point de devoir les renouveler à chaque instant et doubler ainsi les dépenses. Ce ne serait rien si le contenu valait mieux que le contenant; mais ce sont des prescriptions banales, stéréotypées par le repetatur mixtura.

Dans les pharmacies militaires de campagne ou d’ambulance, ces inconvénients sont bien plus grands encore. Lors de la guerre de 1870, nous avons été visiter les ambulances à la frontière belge et y avons constaté le dénuement le plus complet quant aux médicaments actifs, tels que les alcaloïdes et les sels, au point que nous y avons distribué quelques boîtes; au

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grand soulagement des malades et des blessés. Le chef de l’ambulance belge à Mouzon nous a transmis sa gratitude. Qu’on lise le livre touchant de M œe la baronne de Crombrugghe, Journal d’une infirmière, et Ion y verra la confirmation de ce que nous venons de dire quant au dénuement du service pharmaceutique à cette époque néfaste.

La Croix-Rouge en est une autre preuve, car cette institution charitable ne peut être partout ; et d’ailleurs ses installations sont à la merci du premier boulet de canon. Il faut donc des médicaments occupant peu de place et toujours prêts, c’est-à-dire des granules dosimétriques ; encore qu a la guerre on n’ait pas le temps de faire un traitement suivi. Ce à quoi il faut songer, c’est à soutenir les forces du soldat qui lui permettent de résister à la fatigue et à la fièvre qui en est la suite. Dans son beau livre la Guerre de Crimée, feu le docteur Baudens a fait voir l’insuffisance des secours médicaux. Avant d’être arrivé sur les lieux de la lutte, une grande partie de l’effectif était hors de service, traînant le long de la route, ou encombrant les hôpitaux. Le service de santé étant insuffisant, la mortalité fut en conséquence, car ce ne sont pas les batailles qui font le plus de victimes. En Crimée, à un moment donné, on compta 48,000 fiévreux dans les hôpitaux de Constantinople et des environs. Aussi le docteur Baudens fut-il constamment en lutte avec l’intendance, qui prétendait entasser les malades dans des locaux malsains, au lieu de les faire baraque? sous des tentes en plein air. Mais même dans les hôpitaux civils, il y a des encombrements qui forcent de construire dans les jardins des pavillons pour les blessés ou les opérés, mesure illusoire, puisque l’hiver il faut les rentrer dans les salles, où l’air est empesté quoi qu’on fasse.

Pour en revenir aux soins médicaux dans les armées en campagne, rien ne serait plus facile que chaque soldat eût dans sa giberne des tubes de strychnine et de quinine (arséniate), dont il prendrait quelques granu es avec une petite gorgée d’eau-de-vie, quand il se sentirait prostré. Ce serait simple et inoffensif, puisque ces granules étant absorbés en quelques minutes, il ne saurait y avoir accumulation et partant intoxication (car c’est là le reproche que les timorés font à la dosimétrie). Au bout de quelques jours, le soldat serait indemne de la fièvre, et l’effectif des régiments

serait maintenu. ,

Ces motifs d’adopter la dosimétrie dans le service de santé, tant civil que militaire, sont tellement évidents qu’on ne saurait tarder plus longtemps. Nous savons qu’en administration il ne faut pas brusquer les choses, mais depuis vingt ans que la dosimétrie fonctionne, elle a fait ses preuves et

acquis droit de cité. .,

Dans les dernières années de notre service de chirurgie a 1 hôpital civil

de Gand, nous y avons introduit notre méthode et fait voir combien elle est sûre, prompte et commode, tant pour le malade que pour le médecin. C’est le tuto, cito, jucunde.de Celse presque sans frais. En effet, le coût de médicaments dosimétriques est inférieur à celui des médicaments galéniques, si on a égard à 1 ensemble du budget pharmaceutique, puisqu’il n’y a pas des non-valeurs. II y a en même temps économie dans la durée du traitement. Quant aux résultats, ils son(r en faveur de la dosimétrie. En chir.urgie surtout, la fièvre, voilà l’ennemi ! On sait que feu le chirurgien Chassaignac instituait ce qu’il nommait l’entraînement opératoire, par l’alcoolature d’aconit. Mais les alcoolatures sont d’un maniement difficile et d’ailleurs incertain.

Pour tous ces motifs, nous pensons que la dosimétrie ne saurait tarder à faire son entree dans les hôpitaux. Qu’est-ce dans les voyages de long cours, dans ces régions tropicales vers lesquelles tend le trop-plein de nos pays tempérés? A chaque instant nous recevons, de missionnaires religieux, des demandes de nos médicaments, auxquelles nous nous empressons de satisfaire. Mais il y a aussi les missionnaires civils : ceux-là aussi succombent à là lâche faute de secours médicaux. Le regretté Paul Bert avait fait, comme directeur scientifique de l’important journal la République française, un exposé de la doctrine dosimétrique. On pouvait croire que nommé gouverneur delà Coehinchine, il se la serait appliquée, comme au reste nous lui en avions donné Je conseil* mais il a fait comme la plupart des gensdu monde, c’est-à-direquepour eux la santé c’est l’affaire du médecin. Il eût mieux fait d’adopter le principe du bonhomme Chrysale, c’est-à-dire soigner ses « guenilles »; et il vivrait encore au grand avantage de son pays. Nous en dirons autant des expéditions au Congo, qui font de nombreuses victimes précisément parce que le principal, c’est-à-dire la santé, est négligé pour l’accessoire.

Qu’on lise l’intéressant ouvrage du lieutenant belge Jérôme Becker la Vie en Afrique, et on y verra combien il est dangereux de s’aventurer dans ces régions mystérieuses loin de tous secours médicaux. Quelques boîtes darséniate de strychnine, d’hydro-ferro-cyanate de quinine, de digitaline, d’aconitine, de vératrine, etc., eussent sauvé bien de victimes de ce climat meurtrier. Mais le monde est ainsi fait : c’est le premier des biens dont on s’occupe le moins. On oublie trop souvent que la médecine est un art — empirique si on veut — mais qui a précédé la science. Avant la découverte de l’iode, on traitait le goitre par l'éponge brûlée, comme on guérissait de la fièvre d’accès par le quinquina, sans qu’on sût qu’il renfermait un principe propre, la quinine. On ne voit donc pas pourquoi il n’y aurait pas de médecine privée là où manque le médecin officiel.

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L’Institut libre de thérapeutique dosimétrique a une grande mission à remplir : celle de pousser à la vulgarisation de la nouvelle méthode dont il a déployé le drapeau en France. C’est , à lui à se mettre au-dessus des compétitions et de mesquines considérations d’intérêt personnel.

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