PATHOLOGIE DE LA FIÈVRE JAUNE, PAR LE DOCTEUR HAVELBURG
(Société de médecine de Berlin, février 1892.)
Les nombreuses relations de l’Europe avec l’Amérique du Sud, rendent nécessaire des moyens préservatifs et curatifs de la fièvre jaune, laquelle, quoique ne s’acclimatant pas dans nos régions tempérées, y fait cependant, çà et là, des visites : comme le choléra indien.
La fièvre jaune est une affection zymotique, tout comme nos fièvres palustres, il faut donc s’en garantir par les mêmes moyens. Mais la marche est quelquefois tellement rapide qu’on ne saurait assez insister sur les symptômes précurseurs. C’est pourquoi nous reproduisons ici les renseignements pris sur les lieux par le docteur Havelburg.
« La maladie fut importée le 3 novembre 1849, au Brésil, par un navire faisant le trajet de la Nouvelle-Orléans à Bahia(l). En janvier 1850, elle envahit Rio-de-Janeiro en longeant la côte. En 1856, elle pénètre dans l’intérieur du pays, en suivant le cours de l’Amazone. La maladie avait
(1) Le steamer Colombo arrivé de Rio-de-Janeiro, a eu pendant son voyage 44 cas de fièvre jaune abord. Il a eu 15morts, dont le troisième officier. Le Colombo a été envoyé en quarantaine à Avezara. C’est ainsi qu’on voit la fièvre jaune apportée de temps à autre à Lisbonne par navires venant du Brésil. Sa visite, pour être passagère, n’en est pas moins mortelle. Le choléra indien est dans le même cas, il apparaît et disparaît soudainement, sans qu’on sache souvent pourquoi et comment. Qu'il y ait contagion? le fait ne saurait être Contesté; Que le miasme soit transporté par l’air ou communiqué par les individus qui ont été dans le foyer de la maladie, peu importe.
DE MÉDECINE DOSIMÉTRIQUE.
complètement disparu au Brésil, du commencement de 1865 jusqu à la fin de 1868, et elle ne réparut qu’en 1869, à Rio, où elle est restée endémique. Il faut bien admettre-qu’en 1862 les germes de la maladie étaient éteints et qu’ils furent de nouveau introduits en 1869.
» A Santos aussi, la maladie avait disparu de 1878 jusqu’en 1888, puis .elle reparut avec une grande intensité par suite, sans doute, de travaux considérables au port. La fièvre jaune trouve de nouveaux aliments dans l’accroissement du mouvement maritime et la masse des-immigrés nqn acclimatés. Ce sont particulièrement les individus nés dans le Nord qui en sont atteints. En général, la maladie reste confinée aux côtes et le long des fleuves navigables, mais en 1889 et en 1891, elle a fait irruption à l’intérieur; les hauteurs de 1,000 pieds sont à l’abri. On a cherché à attribuer la diffusion de la maladie à la présence d’un micro-organisme figuré et non à la contagion; ce serait pour les partisans de cette maladie une affection qui, comme la fièvre typhoïde, se répandrait par germes déposés sur le sol : mais cette théorie ne peut pas résister aux cas absolument démontrés de diffusion de la maladie. L’existence d’un micro-organisme spécial n’est pas encore indubitablement établie malgré de nombreux travaux. La période d’incubation comprend de quelques heures à deux jours. Parmi les manifestations prodromiques, il faut ranger particulièrement les douleurs dans les jambes. Une fièvre de 39 à 40° ne manque jamais. Après 24 heures, l’urine renferme beaucoup d’albumine. C’est un phénomène pathognomonique. Une augmentation d’albumine constitue un mauvais pronostic. A l’autopsie, on trouve une dégénérescence graisseuse aiguë des reins. Dès le début, tendance aux vomissements, langue, sèche, rotrge; rude ; sèif violente. Les matières vomies renferment de bonne heure des traces de sang; ce sang augmente et finit par être rendu en grande quantité sous l’aspect de marc de café. 11 y a aussi des métrorrhagies ainsi que des insuffisances du cœur, avec un pouls presque imperceptible.
» A l’autopsie on trouve le muscle cardiaque dégénéré et flasque. L’intelligence reste intacte jusqu’à la fin. L’insomnie est un mauvais signe. Il est étrange qua l’apogée de la maladie, il se déclare une faim violente dont l’apaisement amène, naturellement, des vomissements. L’icLère varie suivant le degré de la maladie ; les matières biliaires n’apparaissent dans l’urine qu’à la convalescence et sont d’un bon signe. Dans les cas mortels, on trouve une dégénérescence graisseuse du foie. Le sang est normal. La durée des cas suivis de mort est de 5 à 8 jours. Un premier accès confère l’immunité.
» La mortalité s’élève : chez les acclimatés à 10 p. C. ; chez les immigrés à 20, à 50 p. c. D 1 ' Max Salomon.
Réflexions. — Il est fâcheux que l’auteur, après avoir donné des détails sur la patliognomonie de la fièvre jaune, n’ait rien dit du traitement. Peutêtre a-t-il reconnu l’insuffisance des moyens institués sur les lieux. Le Répertoire a donné un traitement dosimétrique par le Sedlitz, l’acide phosphorique, la strychnine, l’aconitine, la vératrine, la digitaline, la morphine, l’hyosciamine, la quinine, les arséniates. (Tomes II, Vf, VII.)
La fièvre jaune est une fièvre miasmatique qui doit être traitée comme telle, et non pas un spécifique déterminé, les symptômes étant très variables. C’est donc d’après ces derniers qu’il faut se diriger.