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DES REFROIDISSEMENTS : RHUMES, FLUXIONS, CONTESTIONS

Comment faut-il entendre le mot « refroidissement »? Évidemment par le refoulement du sang de la peau vers l’intérieur. Le rhume débute par un frisson, avec chaleur interne, laquelle faisant retour à la surface constitue la fièvre. L’intensité de cette dernière sera donc en raison de la durée du frisson : plus ce dernier aura été intense, plus intense sera la fièvre. Il en est de même dans les fièvres miasmatiques ou zymotiques, notamment le choléra indien. La fièvre jaune et la peste ne font pas exception, bien que le frisson soit très court, quelquefois inaperçu. Nous partons donc de

cette règle de ne pas laisser les malades s’affaiblir, soit par la privation d’aliments, soit par les évacuations sanguines. Il faut, dès le début, donner la strychnine et l’hydro-ferro-cyanate de quinine, afin de relever la vitalité et ramener la chaleur périphérique. Cela est d’autant plus nécessaire que le sang veineux est plus chargé de matériaux fuligineux, c’est-àdire plus chaud quelquefois de 2, 3, 4° c. qu’à l’état normal, ce sang n’étant pas rafraîchi dans les poumons à cause de la congestion. De là l’emploi des alcaloïdes défervescents. On comprend toute l’importance de cette nouvelle thérapeutique entièrement en opposition avec la thérapeutique allopathique, si tant est que cette dernière mérite ce nom. C’est ce qui avait fait dire à feu le docteur Amédée Latour « que sans thérapeutique, la médecine n’est plus qu’une inutile histoire naturelle ». Il est étonnant que les expériences de Cl. Bernard sur la paralysie des nerfs vaso-moteurs et les conséquences qui en découlent, c’est-à-dire la congestion ou la dilatation des vaisseaux, n’aient pas ouvert les yeux aux allopathes, qui continuent à saigner et augmentent ainsi le vide des vaisseaux. Non que la saignée (locale surtout) n’ait son utilité, mais une utilité toute mécanique, comme l’avait déjà dit le célèbre Boerhaave. Il y a quelques jours, j’ai été pris d’un fort rhume avec lièvre. A mon âge, d’autres auraient pu y succomber, mais étant saturé d’alcaloïdes, j’ai résisté, comme à l’attaque d’influenza dont j’ai été également pris dans cette dernière épidémie. On comprend que j’ai renforcé mes points de résistance, comme pour une ville forte assiégée. J’ai pris jusqu’à six granules de strychnine par jour, et autant de quinine, d’aconitine, de digitaline, trois de chaque à la fois, en ayant soin de bien me nourrir et de prendre l’air en voiture. Le rhume, qui aurait pu dégénérer en broncho-pneumonie, a été jugulé en trois jours, et ne m’a pas empêché de vaquer à mon travail de cabinet.

Je livre ces réflexions à mes confrères, afin qu’ils puissent vieillir comme moi, tout en restant utiles à eux-mêmes et à leurs malades.

DÉONTOLOGIE.

La Responsabilité médicale, tel est le titre d’une brochure de M. Alf. Moreau, avocat près delà Courd’appel de Bruxelles. Onpourrait s’étonner

DE MÉDECINE DOSIMÉTRIQUE.

que ce soit un avocat et non un médecin : mais ce dernier s’en garderait, connaissant au fond les incertitudes de la médecine classique à laquelle toute règle manque, chacun l'exerçant comme il l’entend. Il va sans dire qu’il s’agit de principes médicaux et non de principes de droit. En vain nous avons formulé les lois de la thérapeutique : c’est comme si nous parlions à des sourds. Prenons une maladie entre cent (on pourrait presque dire entre mille, tant le nombre s’en multiplie) : la pneumonie dont les allopathes laissent mourir tantdeleurs malades, à commencer par eux-mêmes — à preuve Béclard, Vulpian, Damasehino et tant d’autres — quel tribunal décidera si le traitement a été bien ou mal institué? C’est toujours

» Hippocrate dit oui, mais Galien dit non. >•

En vain avons-nous démontré que la maladie au début (comme au reste toutes les maladies aiguës) exige l’emploi de la strychnine et des alcaloïdes défervescents ; l’École toujours ferme sur ses étriers, comme le chevalier de la Manche, ne voit que la fin (sans calembour). Seulement elle n’est pas d’accord sur les moyens : qui par les saignées, qui par les vésicatoires, qui par les purgatifs, qui par les spécifiques — et le malade s’en tirant comme il pourra : il a été traité secundum arlem.

Le Répertoire en publiant l’imprudente enquête de la Semaine médicale a mis ces divergences en lumière. Que serait-ce si on poussait l’indiscrétion jusqu’à interroger les chefs de clinique sur d’autres maladies aiguës? Certes, il y a des morts par imprudence : par exemple le chloroforme en dehors de toutes les précautions. Ainsinousavonsassisté, en Angleterre, à uneopération d’ovariotomie où la femme était déjà morte depuis une demi-heure sans que l’opérateur s’en fût aperçu !

Aucun des soins nécessaires en pareils cas n’avait été pris, tels que la galvanisation, les injections intraveineuses du sang, de chlorure de sodium, etc. L’opérateur se contenta de jeter le drap sur le cadavre et s’en alla impavide , comme l’homme d’Horace. En France, il y a eu des condamnations dans l’espèce, quoique pas toujours justes, les idiosyncrasies ne pouvant être déterminées a priori.

A part les accidents par imprudence ou omission, qui en décidera? Ainsi l’auteur de la brochure cite une fièvre typhoïde prise pour une fluxion de poitrine, comme si celle-ci ne déterminait souvent celle-là. Il en est de même de toutes les erreurs de diagnostic; voilà pourquoi prévenir vaut mieux que guérir. L’auteur cite également le dosage erroné d’un médicament, comme si le dosage était absolu, c’est-à-dire en masse. C’est pourquoi le mode d’administration dosimétrique devrait être érigé en loi ; mais

c’est précisément cette loi dont l’École ne veut pas. L’auteur parle des expériences' sans autorisation préalable dont il excepte les hôpitaux : in anima vili. Comme si l’existence d’un ouvrier n était aussi précieuse que celle d’un richard. Ici encore, c’est l’École qui fait obstacle à ces expériences, en excluant la dosimétrie, précisément dans ce quelle a de certain, c’est-à-dire la faculté de s’arrêter à temps,.réglant le remède d’après les effets objectifs et subjectifs. L’auteur touche la question formidable de la responsabilité médicale et l’expertise dans ces cas. Mais on sait comment ces expertises se font : par parti-pris ou pis encore.

Pour conclure, nous dirons qu’avant de publier sa brochure, l’auteur eût dû s’informer de la dosimétrie. Quand celle-ci sera admise par l’École, la responsabilité médicale pourra être.fixée d’après des lois certaines et non d’après le système du moment.

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