DES PNEUMONIES POST-PALUDÉENNES ET DE LEUR TRAITEMENT
(Revue de médecine, 6 mars 1892.)
L’auteur de cet article, M. Hadjii Castei, est Grec et pratique dans un pays palustre, aux pieds des montagnes de la Thessalie. 11 a eu donc occa
sion d’observer dans son service d’hôpital de nombreux cas de pneumonies post-paludéennes.
L’impaludisme chronique met les habitants de cette localité dans une constante'dpportunité de contracter ce genre d’affections. Ces pneumonies post-paludéennes présentent une allure spéciale qui les différencie de la pneumonie franche. Ses caractères sont : Début généralement insidieux ; atténuation ou absence des symptômes classiques, tels que : dyspnée, pleurodynie, etc. Troubles organiques et fonctionnels des viscères abdominaux avec prédominance de symptômes nerveux et adynamiques, d’où gravité extraordinaire de l’affection, résolution souvent tardive par purulence ; grande mortalité. Il est difficile de savoir si l’allure spéciale de la pneumonie est le fait de la dégradation de l’organisme, ou si l’élément palustre emmagasiné dans l’économie des malades et resté à l’état latent, revient à virulence pour donner tout d’un coup naissance à la pneumonie. Le traitement par le quinquina et l’alcool paraît exercer une influence très favorable, soit qu’il agisse sur le processus pneumonique lui-même, soit qu il modifie heureusement (ce qui est plus à croire) le terrain sur lequel évolue la maladie. »
Réflexions. - Nous ferons remarquer que les fièvres palustres sont les mêmes partout. C’est ainsi que dans l’Amérique du Nord, au pied des monts Alleghany, le professeur Salisbury a constaté dans les brouillards ' qui s’élèvent des marais des proto-organismes auxquels il attribue la fièvre palustre. Les mêmes observations ont été faites en Algérie par le docteur Lavaran. Quel est le rôle de ces infiniment petits? On a dit qu’ils sécrètent dans leur intérieur un principe toxique qui en se volatilisant et en se répandant à la surface du sol produit la fièvre avec dépression de la vitalité. Ce fait pouvant être admis, on conçoit que le traitement doit être essentiellement hypersthénique et non hyposlhénique, comme on le pratique en allopathie quand le diagnostic de la pneumonie a été fait. Le quinquina et 1 alcool employé par l’auteur, est celui qui est encore utile dans nos poldres ou terrain d’alluvion de l’Escaut; seulement, on abuse des fortes doses de quinine : h et jusqu’à 6 et 8 grammes pour combattre ses accès. Les malades ont une longue convalescence et ont de la peine à se remettre à cause de l’engorgement du foie et de la rate. C’est ce qui a fait penser à quelques auteurs que la quinine en est cause, confondant ainsi l’abus avec l’usage. En combinant la strychnine à la quinine (arséniate), de petites doses suffisent pour prévenir l’accès subséquent. Dans la période de chaleur, les alcaloïdes défervescents : aconitine, digitaline, en abrègent la durée en provoquant la période de sueur. Tel doit être également le irai-
DE MÉDECINE DOSIMÉTRIQUE.
tement de la pneumonie post-palustre, qui interdit formellement la saignée générale. Tout au plus des ventouses sèches ou scarifiées, s’il y a pleuropneumonie.
GCLXXX1II
LA MÉDICATION MÉDICINALE OU POSOLAGIE NOUVELLE DES ALCALOÏDES ET DES MÉDICAMENTS DANGEREUX, DU DOCTEUR TROUETTE.
Voici comment le Journal de médecine, dans son numéro du 7 février dernier (1892), juge cette posolagie nouvelle (?).
« Pour épargner aux médecins les efforts de mémoire pour retenir les doses auxquelles on peut prescrire les médicaments dangereux et éviter ainsi les erreurs que les pharmaciens peuvent commettre à ce sujet, M. Trouette propose de fixer la dose maximum par 24 heures de ces médicaments et de les délivrer, sous quelque forme que ce soit, divisés en douzièmes de doses, de tell&sorte que le médecin, sans avoir à s’occuper de la dose maximum, n’aurait plus qu’à fixer combien de douzièmes le malade prendra dans la journée. Selon lui, on évitera ainsi les méprises parfois terribles de la part du pharmacien ou ses aides, et les erreurs aussi du médecin. Et enfin si ce dernier a griffonné une ordonnance absolument illisible comme il arrive souvent, il dormira tranquille sachantqu’on n’aura pas délivré à son malade plus que la dose maximum, n’importe de quoi. Le malade pourra bien parfois ne pas résister à la dose maximum de tel ou tel médicament, mais au point de vue théorique il aura eu tort, et c’est là la chose importante pour le médecin dans ses rapports avec la justice. » C’est du Molière pur. Et dire que l’École repousse la dosimétrie, qui seule réalise le tuto, cito, jucunde de Celse.