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CCLXX1X

SUR UNE NOUVELLE MÉTHODE DE TRAITEMENT OE LA PNEUMONIE EN IMMINENCE DE SUPPURATION, PAR LE DOCTEUR LÉPINE, PROFESSEUR DE CLINIQUE A LA FACULTÉ DE MÉDECINE DE LYON.

{Semaine médicale, février d890.)

Cette méthode, empruntée à M. Forchier, professeur de clinique obstétricale à la Faculté de médecine de Lyon, consiste dans des injections souscutanées d’essence de térébenthine, afin de provoquer des abcès ou phleg-

mons. Or on sait que la térébenthine est un parasiticide, dès lors la question est de savoir si de simples frictions cutanés ne suffisent point, au lieu de provoquer des suppurations intra-cellulaires. Quoiqu’il en soit, il est certain que beaucoup de pneumonies sont infectieuses et par conséquent que la térébenthine s’indique dans ces cas. Mais ce qui est surtout important, c’est Remploi interne des alcaloïdes, afin d’amener promptement la défervescence. Or, on ne fait pas en allopathie de lavage au début de la maladie. Nous extrayons de la Semaine médicale l’observation suivante qui prouve le fait. Cette observation appartient à M. le professeur -Lépine, de Lyon.

« Vivement frappé par la lecture du mémoire de M. le professeur Forcbier, je me suis décidé, chez un malade atteint de pneumonie en voie de suppuration, à provoquer artificiellement des abcès sous-cutanés, ce qui, à ma connaissance, n’a jamais été fait chez les pneumoniques. Je m’y suis décidé, parce que l’état gravissime de mon malade justifiait évidemment les tentatives thérapeutiques, même les plus audacieuses. On va en juger par la relation succincte mais très précise de son histoire. — Il s’agissait d’un homme de 36 ans, bien portant habituellement, qui fut pris, le matin du 16 janvier, d’une pneumonie. Admis le même jour dans notre service, il présentait le lendemain matin de la fièvre (40°2), un pouls rapide et faible, de la matité, du souffle et des râles crépitants dans le tiers inférieur du poumon droit, des crachats visqueux, colorés et un peu d’albuminurie. Les jours suivants, persistance de la fièvre sans oscillations, extension de la pneumonie qui ne tarda pas à gagner la partie supérieure du poumon. A deux reprises (le deuxième jour de la pneumonie et le quatrième), on lui administra 4 milligrammes de digitaline cristallisée naturelle, qui produisit, surtout la deuxième fois, un léger abaissement de la température et accrut notablement mais passagèrement la force du pouls. Malgré ce traitement énergique, l’état de la maladie, au cinquième joui’} avait beaucoup empiré et la respiration atteignit le chiffre de 80 par minute, ce qui tenait à la fois à Fenvahissement de presque tout le poumon droit, et à une congestion intense du poumon gauche, avec bronchite concomitante, caractérisée par de nombreux râles sibilants et sous-crépitants. La température dépassait 40°5. Eff cet état de choses, bien que Vadynamie fût assez prononcée et qu’il n’y eût, sauf l’augmentation de la matité cardiaque, pas de signes bien évidents de l’engorgement du cœur droit (les jugulaires n’étaient pas tuméfiées et le foie ne débordait pas les fausses côtes), je voulus tenter, eu égard à la dyspnée, une émission sanguine : on retira un peu plus de 300 grammes de sang, sans autre résultat qu’une légère amélioration de la dyspnée et un abaissement temporaire de température le lendemain matin

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On ne put tirer davantage de sang, parce que le pouls faiblissait (et il paraît d’ailleurs certain qu’une soustraction plus considérable n aurait amené aucun résultat favorable). Malgré l’administration; de 3 nouveaux milligrammes de digitaline cristallisée, immédiatement après la saignée, x et plusieurs injections de caféine) le pouls, le lendemain, était faible. Le surlendemain, la température était remontée au-dessus de 40°; la respiration était à 68, et l’état général ne s’était pas amélioré. Les trois jours suivants; (8°, 9 e , 40 e ) de la maladie, malgré l’abaissement de la température, l’état du malade devint de plus en plus mauvais, il y eût du délire la nuit. Le jour l’adynamie était extrême, les crachats, jusqu’alors visqueux, devinrent franchement purulents. A la vérité, le souffle avait disparu et on entendait de gros râles dans le poumon droit, mais il ny avait en fait pas plus de résolution que véritable défervescence, malgré la diminution de la fièvre. Nous étions véritablement dans cette période bien connue qui précède immédiatement l’hépatisation grise, si tant est que celle-ci ne fût pas déjà effectuée sur certains points. Quand on a occasion de faire l’examen anatomique du poumon à celte période, ce qui frappe plutôt que 1 infiltration purulente, c’est la décoloration de l’hépatisation, d’où le nom à hépatisation jaune que Rindfleich a imposé à ce stade. L’anémie relative du poumon explique assez bien cette décoloration, et ainsi que je le professe depuis bien des années, la diminution ou l’absence du souffle tubaire. En effet, ce souffle exige pour sa production une turgescence vasculaire du tissu du poumon, turgescence qui fait défaut à la période dhépatisation jaune. Nous étions donc arrivé au douzième jour de la maladie et létat du malade ne faisait qu’empirer; nulle apparence de résolution et d autant moins d’espoir de défervescence tardive, que depuis trente-six heures la température accusait de nouveau une ascension progressive. Le maladeétait au plus mal : c’est dans ces circonstances que n’ayant évidemment plus rien à perdre, je résolus de recourir à la méthode Forchier (cest-à-dire aux injections hypodermiques d’essence de térébenthine). » -

Réflexions. — Le malade étant guéri, on peut dire : « Tout est bien qui finit bien. » Mais reste la question du traitement interne. On a vu que la digitaline cristallisée n’a produit qu’un relèvement passager des forces; il eût donc fallu y joindre la strychnine, comme nous ne cessons de le répéter par tous les échos d’alentour — et puis combattre la fervescence par les défervescents, notamment la vératrine et l’aconitine. C’est la conclusion qu’on peut tirer de celte observation. Le reste n’est plus qu’une « inutile histoire naturelle n.

MISCELLANJSES

DES ACCIDENTS GRAVES DE l/lODISME ET DES MOYENS DE LES COMBATTRE.

[La Semaine médicale, février 4892.) -

Les journaux allopathiques poussent la naïveté à un point que Brid’oison n’avait pas connu, l’article dont nous venons de transcrire le titre le prouve.

Il faut donc donner l’article lui même in extenso:

« Bien que dans l’immensité des cas l’iodure de potassium soit bien toléré, on ne provoque que des phénomènes d’iodisme, souvent désagréables, mais nullement graves ; il arrive parfois que sous son influence des accidents redoutables ont lieu, pouvant même entraîner la mort. C’est surtout dans ces trois ou quatre dernières années que des intoxications graves par l’iodure de potassium ont été relatées par divers auteurs. Ces faits ont singulièrement modifié l’opinion ancienne qui considérait les phénomènes de l’iodisme comme sans importance. L’idiosyncrasie particulière, en vertu de laquelle l’iodure de potassium peut avoir des conséquences funestes, se rencontre—comme nous l'avons dit— rarement (une fois même est trop, B); cependant elle présente un intérêt pratique capital, car avec une substance aussi fréquemment employée que l’iodure de potassium, le médecin peut facilement rencontrer un malade présentant l’intolérance pour ce médicament. Il y a donc lieu de se demander quels sont les accidents graves que peut produire l’iodure de potassium; dans quelles conditions et à la suite de quels doses ces accidents surviennent; quels sont les moyens de les prévenir et de les combattre. Nous allons résumer brièvement les réponses que les faits cliniques observés jusqu’ici, permettent de donner à ces questions importantes.

» Les accidents graves provoqués par l’iode revêtent ordinairement la forme de Tœdème de la glotte. On sait que parmi les phénomènes banals de l’iodisme une infiltration séreuse des paupières, pouvant aller jusqu’à un œdème plus ou moins considérable, est chose assez fréquente ; il n’y a donc rien d’étonnant que l’infiltration des paupières puisse avoir lieu en même

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temps au larynx ; on a alors l’oedème de la glotte avec Ses symptômes habituels de suffocation. Des cas observés jusqu’ici, quelques-uns se sont terminés par la mort; d’autres ont guéri, soit spontanément, soit parla trachéotomie.

» Quelques malades ont succombé à l’intoxication iodique, sous forme d’une éruption généralisée semblable aux pemphigus bulleux; les accidents de ce genre ont surtout été observés chez des sujets atteints de néphrite. La néphrite est donc une des conditions qui favorisent l’intoxication iodique. L’œdème aigu iodique ayant été observé chez des sujets ne présentant aucune tare — du moins appréciable •—■ on est forcé, dans l’état actuel de la science, d’admettre une idiosyncrasie encore inconnue.

» Les doses d’iodure de potassium qui peuvent produire l’œdème de la glotte sont en général peu élevées. Dans les cas relatés par le professeur Fournier (Paris), ces doses ont été de 1 gramme, de 0.50 centigrammes et même de 0.20 centigrammes. Une dose de 0.20 centigrammes a suffi pour produire l’œdème de la glotte au bout de quelques heures.

» Citons à ce sujet un fait encore plus frappant, relaté récemment par un confrère russe, le docteur Kessler (de Dorpal), qui a vu survenir des symptômes redoutables d’œdème de la glotte chez une femme à laquelle il avait versé dans le vagin une cuillerée à café de glycérine additionnée d’iodure de potassium au tiers.

» En général, l’œdème de la glotte paraît survenir à la suite de faibles doses d’iodure de potassium. Ce fait concorde bien avec ce que nous savons sur les phénomènes de l’iodisme bénin : coryza, céphalalgie frontale, conjonctivite, épiphora, qui sont souvent plus intenses lorsqu’on administre l’iodure de potassium en petites quantités qu’à hautes doses. C’est ainsi qu’à des malades atteints de psoriasis, Ilassland et Gutteling ont pu administrer impunément— disent-ils —lepremierjusqu a40, le second jusqu’à 57 grammes d’iodure de potassium, par jour.

On a, depuis longtemps, cherché à combattre par divers moyens, même les accidents habituels de l’iodure de potassium; dans ce but, on a recommandé de donner l’iodure dans une grande quantité de lait, avec certains médicaments, notamment la belladone à la dose de 0.10 centigrammes par jour. Ces moyens peuvent être essayés à l’oceasion, mais il en existe un autre, supérieur, préconisé par les docteurs Bôhmann et Malakowski (de Breslau) : c’est le bicarbonate de soude; les auteurs se fondent sur celte considération : que l’alcalinisation du sang empêche le dégagement ou la mise en liberté de l’iode ingérée. Ils ont ainsi donné, en même temps que i’iodure de potassium, 5 à 6 'grammes de bicarbonate de soude par jour, en deux doses.

» De ce que nous venons de dire nous croyons pouvoir déduire les conclusions suivantes :

» Il ne faut administrer l’iodure de potassium qu’après s’être assuré préalablement de l’intégrité du philtre rénal. Si les reins sont sains, ilfaudra encore penser à la possibilité d’une idiosyncrasie et n’administrer l’iodure que conjointement avec le bicarbonate de soude et prendre toutes les mesures contre l’œdème aigu de la glotte. Le bicarbonate de soude pourra être donné aussi contre les accidents habituels de l’iodisme qui, bien que bénins, sont cependant pénibles pour les malades. »

Réflexions. ■■— Ces conseils sont sages. Si dans notre longue pratique nous avons vulgarisé l’emploi du sulfate de magnésie ou la poudre, rafraîchissante,, c’est en vue de l’alcalinisation du sang. Quant à l’emploi de l’iodure de potassium, nous cherchons à nous rapprocher de la nature dans la minéralisation des eaux de source. Le bicarbonate de soude est donc utile et même nécessaire dans un traitement prolongé par l’iodure de potassium, pris dans une eau légèrement gazeuse (à cause de l’acide carbonique).

Dans les cas de diathèse syphilitique, nous donnons la préférence à l’iodure de mercure (proto ou deuto), en granules solubles : de 6 à 8 par jour. En général, il faut éviter de faire du corps un évier que les médicaments métalliques ou métalloïdes ne font que traverser. En de telles circonstances, le trop-plein vient et on fatigue inutilement les reins.

STATISTIQUE DE L’iNFLUENZA OU LA GIUPPE A PARIS EN JANVIER 1892.

Quoique la maladie ait été en décroissance, la diminution du nombre des décès constatés le 22 et le 23 janvier faisait prévoir que ce nombre allait diminuer. Toutefois la grippe n’a été désignée comme cause de mort que dans 67 cas ; mais ce Chiffre est loin de représenter le nombre total de ses victimes. Le plus souvent elle a pris la forme des maladies ordinaires du poumon ou encore elle a aggravé des maladies chroniques déjà existantes. La pneumonie a causé 139 décès, au lieu de 164 pendant la semaine d’avant (et au lieu de la moyenne ordinaire 86). La congestion pulmo-

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naire a donné lieu à 101 cas, au lieu de 115 (et de la moyenne 32). La broncho-pneumonie 93 'décès, au lieu de 99 pendant les deux semaines précédentes et la moyenne 39 ; la bronchite aiguë 73 décès pendant chacune des trois dernières semaines, au lieu delà moyenne 49. La bronchite chronique touten étant encore fort fréquente, a diminué un peu : 75 décès, au lieu de 85 pendant la précédente semaine et de 108 antérieurement. (La moyenne ordinaire étant 54.)

La sénilité a causé 61 décès, au lieu de 64 pendant la précédente semaine et au lieu de la moyenne 40. Enfin l’asthme 11 décès, au lieu de 17. La phtisie, qui avait présenté'pendant la précédente semaine 255 décès, est revenue à un chiffre moins éloigné de sa moyenne ordinaire : 209, au lieu de 195. 11 en a été de même des autres tuberculoses. Les maladies organiques du cœur continuent à être aggravées par la grippe ; elles ont causé 88 décès, au lieu de 86 pendant les semaines précédentes et au lieu delà moyenne 83. De même pendant les semaines précédentes, les maladies infectieuses n’ont pas été influencées par la grippe. La fièvre typhoïde n’a causé que 4 décès; chiffre exceptionnellement faible.

Réflexions. — En statistique médicale, on ne tientpas assez compte des traitements institués et on fait des malades les boucs émissaires des iniquités d’Israël (lisez : allopathie); Il est évident que l’anarchie qui règne dans cette dernière est pour une grande part dans les mortalités. Quand la dosimétrie se sera universalisée, on pourra arriver à des calculs rigoureux. Jusque-là tout sera confusion et mort. Les malades qui échappent la plupart du temps sont ceux pour lesquels on n’a rien fait.

Forget (de Strasbourg) a eu raison de dire que les médications complexes de l’allopathie sont des décharges à mitraille dont, par hasard, quelques éclats pourront atteindre la maladie, mais le plus souvent' le malade.

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