XL1II
DES CHLORALS.
(Clinique de l’Hôtel-Dieu, par le professeur G. Sée.)
On peut appliquer à cette leçon le proverbe : « Le mieux est l’ennemi du bien. » Le chloral exerce sur les systèmes nerveux et vasculaires une action dépressive qui peut être mortelle du coup. On sait ce qui est arrivé avec les injections intraveineuses du professeur Ozé. Ces expériences sont tombées avec la mort des malades. En étudiant les chlorals — il y en a plusieurs quoique semblables à eux-mêmes, comme les sœurs d’Ovide —l’honorable professeur n’a pas assez insisté sur les dangers qu’ils peuvent présenter. Et tout d’abord ils dérangent les fonctions gastriques : les malades se réveillent la tête lourde, la langue empâtée et avec une anorexie plus ou moins persistante. Dans notre service à riiôpital civil de Gand, nous avons dû y renoncer à cause de cette circonstance. Comme somnifère, le chloral ne vaut pas l’opium, dont il est l’antipode. En effet, tandis que l’opium congestionne, le chloral déprime, parce que, comme tous les hydrocarbures, il éteint les globules rouges du sang. M. G. Sée a donc eu tort de dire « qu’il doit céder le pas aux somnifères nouveaux, tels que le sulfonal et la chloralformomide qui est un dérivé du chloral. Dans les insomnies douloureuses, on combine le chloral à la morphine, mais de là un nouveau danger : l’asphyxie nerveuse (1). Feu le docteur L. Hébert a donné
(1) flous avons assisté aux expériences de feu le chirurgien Demarquay, qui font voir cette asphyxie précédée de convulsions.
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la formule du chloral boraté (1), lequel a la propriété de dégager du chloroforme à l’état naissant. Ce moyen est surtout utile en lavements et injections. M. G. Sée parle du chloral comme un paralysant du bulbe et de la moelle épinière ; mais n’est-ce pas là encore dire son danger. Il le préconise dans l’éclampsie puerpérale ou l’urémie cérébrale des femmes en eouches; comprenne qui pourra cette contradiction. C’est plutôt à la strychnine, l’aconitine, la digitaline qu’il faut recourir dans ces cas. Il y a plus, « cette action paralysante vaso-motrice et peut-être à cause de celte action dilatante des vaisseaux, le chloral — dit M. Sée — d’après nos meilleurs accoucheurs, paraît (2) devoir être combiné avec la saignée dans le traitement de celte urémie aiguë ». Nous avons connu un temps où ce mode de traitement était usité contre la méningite ; et presque toutes les femmes mouraient. Depuis on y a renoncé, à cause de ces désastres. « Si l'éclampsie a lieu pendant le travail — dit encore M. Sée — le chloral peut atLénuer la douleur de l’accouchement (Polaillon), en diminuant l’action réflexe et convulsivante. » Nullement, puisque le travail est arrêté. C’est à la strychnine et à l’hyosciauiine qu’il faudra en venir, pour terminer, au plus vite possible, l’accoucbement — et même à la manœuvre manuelle. Et voyez combien M. G. Sée est peu d’accord avec lui-même : « Dans les convulsions dues à l’urémie chronique, greffées sur le mal de Bright, le problème est bien plus incertain. Liebreich dit que dans ces cas le chloral présente un double effet : une action paralysante des muscles convulsés, et d’un autre côté une action chimique par son produit final dans l’organisme, c’est-à-dire l’acide chlorhydrate, dont la présence se traduit par l’augmentation des chlorures dans les urines; ce produit neutralise le carbonate d’ammoniaque, auquel Frerieehs rapporte l’urémie. Toute cette théorie de l’ammoniémie a depuis longtemps disparu, et les applications du chloral au traitement de l’urémie ont suivi la marche de la doctrine. Je ne conseillerai pas le chloral dans de pareilles conditions ; pour en obtenir un effet réel, il faudrait forcer les doses, car les reins sont devenus imperméables et l’accumulation du chloral dans le sang et les tissus ne manquerai pas doffrir un réel danger. » M. G. Sée est donc comme le passant de la fable, soufflant le froid et le chaud. Quoi d’élonnant qu’il y ait des satyres. Quant à l’ammoniémie, elle résulte de l’anurie, raison de plus d’insister sur la trinité dosimétrique : la strychnine, l’aconitine, la digitaline.
(D Chloral.. 2 parties.
Borax.. 5 »
Eaux distillée ....... 500 »
Une cuillerée à potage pour une injection Eguisier. (2) Il n’en est donc pas sûr.
DE MÉDECINE DOSIMÉTRIQUE. 45
En injectant du carbonate d’ammoniaque dans les veines d’un animal, on produit des convulsions épileptiformes (Rosenstein), sans pour cela quon puisse dire que l’ammoniémie est due à la conversion de 1 urée du sang en ammoniaque. (Freriechs.)
Il en est de même du tétanos, auquel M. Verneuil a voulu attribuer une origine équine. Et ici disons comment M. G. Sée a failli devenir dosimètre. En 1868, dans le Bulletin de thérapeutique, il a cité deux cas de guérison d’un tétanos spontané par l’extrait de fève de calabar, à la dose de 20 à 30 centigrammes. Cette dose à paru tellement exorbitante que les pharmaciens se sont refusé à la délivrer. La fève de calabar épuise le mouvement nerveux, comme l’électricité statique; cétait donc de la dosimétrie à la troisième et quatrième puissance. 11 en est ainsi dans toutes les affections convulsives. Il faut donc toujours, quand on prescrit la strychnine, la combiner à Façon iline, à la digitaline, à l’byosciamine, à la cicutine, selon les indications. Mais les allopathes sont comme les chevaux de manège, que des oculaires empêchent de voir de côté.
Pour terminer, nous dirons du chloral, comme de bien des résidus de laboratoire de chimie : Timeo Danaos et dona ferentes.
DU MODE DADMINISTRATION DU SULFATE DE QUININE CHEZ LES ENFANTS, PAR LE DOCTEUR CREQUY.
(Société de thérapeutique, I l juin 1890.)
Rien ne prouve davantage la défectuosité de la pharmacie allopathique que la répugnance des malades en général, et des enfants en particulier, pour tout ce qui vient de chez l’apothicaire. Qu’on lise les Leçons sur les maladies des enfants, de West, et il ne pourra subsister à cet égard aucun doute : perles, cachets, n’y font rien; on emploie en Angleterre une cuiller à opercule pour lancer le médicament au fond de la gorge de l’enfant, au risque de l’étouffer. Et puis, l’énormité des doses! « Peu, très peu pour l-enfant—disait le vénérable Hufeland — est beaucoup. » Le docteur Crequy a parlé d’un petit moyen qui lui a réussi : c’est de mêler le sulfate de quinine dans une solution de jus de réglisse. Gest-à-dire quà la répugnance du goût, il ajoute la répugnance de la vue. Et là-dessus la palabre
d’aller. M. Catillon propose, dans le même but, la glycérizine ammoniacale. M.Boquillon 1 ’yerta santa. Et M. Delpech de renchérir sur le tout, sous prétexte que « toutes ces préparations masquent admirablement le goût des médicaments amers : gentiane , aloès, etc. Ces messieurs n’ont pas lu le Tasse, sans quoi ils sauraient que le miel dont on enduit le bord du vase, n’en détruit point l’amertume, mais au contraire le fait ressortir davantage. Avec les granules dosimétriques la médication des enfants est facile et agréable, car ils redemandent ces « petits bonbons ». Messieurs les allopathes soyez enfants à votre tour et vos remèdes seront bien reçus.