UNE LEÇON CLINIQUE
Nous extrayons le passage suivant d’un roman de mœurs intitulé Sœur Philomène. Comme Balzac, comme Flaubert, l’auteur prend ses tableaux partout où se joue la triste comédie humaine.
C( Pourquoi vous remuez-vous comme cela, mon enfant? Il faut vous
tenir plus tranquille, » dit le chirurgien.
» Il s’approcha d’elle, la regarda, lui tâta la peau ; lui découvrant la poitrine, il l’ausculta longuement.
«Monsieur Bornier (son adjoint), vous ne sentez rien d’anormal...
au cœur... dans les poumons?
» — Rien... rien...
» __ C’est comme moi... Cela va très bien, mon enfant.
» Arrivé au bout de la salle : - Messieurs, dit le ■ chirurgien aux internes qui le suivaient, je vous ai annoncé qu’il n’y aurait pas de leçon... J’ai changé d’avis... Descendons.
» Et quand les internes et les élèves furent autour de lui rangés sur les gradins de l’amphithéâtre (i) :
» Messieurs, je veux vous parler de la malade du 29. L’opération confiée par moi à l’un de vous, a été parfaitement faite... Je n’aurais pas mieux fait que M. Bornier.
» Vous venez de voir cette pauvre femme, vous avez remarqué le soin que j’ai mis à l’ausculter. J’ai voulu que M. Bornier répétât l’auscultation, et, vous l’avez entendu, nous avons trouvé tous les organes dans leur état normal... Il n’y a chez l’opérée, ni érysipèle, ni phlegmon, ni symptôme de péritonite, de pleurésie, de péricardite ou de lésion abdominale... Il n’y a rien qui doive effrayer... et cependant, je vous le dirai, je suis rempli de crainte... Il faut bien le reconnaître, Messieurs, quoiqu’il nous en coûte — poursuivit le chirurgien avec tristesse — notre science, notre expérience,
(1) En France, les explications cliniques ne se font pas au lit du malade, parce qu’il comprendrai t et que cela l’inquiéterait, les explications se donnent à l’amphithéâtre. ‘