LES INDICATIONS DE L’ANTIPYRINE
Nous lisons dans le Journal de médecine, de Paris, la lettre suivante, qui fera voir que l'antipyrine est un extincteur du sang, comme les hydrocarbures en général :
« Paris, 14 novembre 1887.
» Monsieur le Rédacteur en chef,
» En lisant dans votre journal les intéressants articles de MM. Cabanis, Finot et Roux, sur l’antipyrine ; en lisant également dans le Bulletin médical du 9 novembre, les réflexions si justes de M. Dujardin-Beaumetz sur la fabrication de ce médicament, ne vient-il pas immédiatement à l’idée que c’est bien un peu notre faute si nous nous laissons chaque jour tromper et si chaque jour nous constatons, dans notre pratique, que l’antipyrine ne répond pas à toutes les belles promesses qu elle nous avait faites par la bouche autorisée d’un de nos plus éminents maîtres en thérapeutique. Depuis la communication de M. le professeur Germain Sée à l’Académie des sciences, les pharmaciens de Paris, et certainement aussi ceux de province, ont délivré des kilos et des kilos d’antipyrine. Tous les praticiens, en effet, anxieux à juste litre d’expérimenter sur leurs malades les vertus du nouveau médicament, se sont empressés de prescrire sous toutes les formes et dans toutes les affections douloureuses ce remède qui, en apportant un soulagement immédiat à leur client, devait leur apporter en même temps un triomphe auquel nous ne sommes malheureusement pas souvent accoutumés. Certes, on ne saurait blâmer ces essais, et on ne peut qu’approuver cet élan qui a porté la plupart d’entre nous vers ce nouvel agent thérapeutique si puissant dans son action et si savamment prôné ! Je n’ai pas manqué de faire moi-même comme mes confrères : j’ai ordonné et ordonné de l’antipyrine. Mais pas un praticien aujourd’hui ne peut dire qu’il n’a pas eu des déceptions en en continuant l’emploi dans toutes les maladies et dans tous les symptômes où elle avait été vantée. Pourquoi alors persister à prescrire à outrance ce médicament dont le monopole appartient à une race que nous n’avons déjà que trop enrichie ? Pourquoi
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ne pas se borner à ne l’employer que dans les cas rares où il est véritablement actif, l’intérêt du malade primant dans ces cas toute autre considération? Pour ma part, et en me plaçant simplement au point de vue clinique, après avoir expérimenté l’aniipyrine dans presque toutes les maladies où son emploi était conseillé, je n’ai persisté à l’ordonner que dans la migraine et dans certaines névralgies. Une des affections douloureuses pour le,soulagement de laquelle on était en droit d’attendre 1e plus de succès de l’antipyrine, c’est évidemment 1e rhumatisme articulaire aigu ; son action à la fois antithermique et antidouloureuse devait trouver là un beau champ pour exercer ses vertus. Dans trois cas scrupuleusement observés et traités par des doses relativement fortes d’antipyrine (4 à 6 grammes), nous n’avons obtenu aucun bon résultat. Dans un de ces cas même, sous la menace de complications d’iodopéricardite intense, nous nous sommes cru moralement obligé de revenir à l’ancien traitement par 1e salicylate de soude, qui ne nous a souvent donné que des satisfactions. Dans un cas de sciatique rhumatismale extrêmement douloureuse, tes injections hypodermiques d’antipyrine ne nous ont encore donné qu’un très médiocre résultat. Nous avons vu, au contraire, souvent l’action du salicylate de soude, combiné à celte des révulsifs cutanés, apporter un soulagement réel aux malades attaqués de celte affection Dans deux cas de fièvre typhoïde grave, dont un chez un enfant, nous avons été obligé, en présence de sueurs profuses jointes à un état quasi comateux, d’abandonner l’antipyrine, et dans ces deux cas nos malades ont guéri après que nous les eûmes soumis au traitement classique par 1e sulfate de quinine, et cela malgré une congestion pulmonaire intense dans un cas, et un état profondément adynamique dans l’autre. Pour nous résumer, et pour ne pas multiplier des exemples que chaque praticien peut trouver dans sa clientèle, nous sommes persuadé que, sauf dans quelques cas spéciaux, l’antipyrine n’est nullement supérieur aux anciens antithermiques et analgésiques connus : sulfate de quinine, acide succinique, morphine, acétanilide, etc. Pourquoi alors abandonner ces médicaments connus, bien dosés et efficaces, au profit d’un remède incertain et étranger? Un de nos confrères d’Alsace m’a dit que depuis deux ans, tes médecins allemands avaient connu, essayé, puis abandonné l’antipyrine. Je ne prends pas la responsabilité de ses paroles, mais je puis, mon cher Confrère, en tirer cette conclusion : Qu’une fois de plus, il est inutile de se montrer plus royaliste que 1e roi.
» D r E. De Pradel. »
Réflexions. — Il faut savoir gré à l’auteur de la lettre qu’on vient de lire de son courage; et nous craignons qu’il lui en cuira, car 1 autorité, pour