LXV1II
EMPLOI DE LANTIMOINE CONTRE LES INFLAMMATIONS,'PAR LE DOCTEUR E. LAWRIE.
(,Practitioner, 1890.)
Le docteur Spender a communiqué au Practitioner de mars 1885, que l’antimoine à petites doses répétées, de un centigramme de tartre émétique, possède la propriété de faire avorter les inflammations locales. Se basant sur ces données, le docteur Lawrie a depuis administré l’antimoine à doses fractionnées dans les inflammations chirurgicales et il trouve que son effet égale celui de la quinine dans les fièvres paludéennes. Il a reconnu que l’antimoine prévient et arrête l’inflammation si cette dernière ne doit pas son origine ou ne tient pas à une cause spécifique ou septique. Il croit voir dans l’effet de l’antimoine plus qu’une action diaphorélique. A l’hôpital Afzaguny, on administre l’antimoine dans toutes les maladies inflammatoires de nature non spécifique. Le docteur Lawrie recommande l’antimoine même dans la fièvre typhoïde et il dit qu’il coupe la durée de la maladie et arrête la diarrhée qui en provient, comme dans l’entérite muqueuse. 11 administre généralement l’antimoine combiné à des. toniques cardiaques, et il estime qu’il y a peu d’inflammations où son emploi n’est pas suivi de succès, tout en n’offrant aucun danger de dépréssion pour le malade.
On voit que c’est là du vieux neuf. Si nous reproduisons la communica.tioii du docteur américain, c’est afin de faire voir la puissance des petites doses. Nous sommes loin, en effet, des doses contro-stimulantes de Razori, qui combattent les inflammations à la manière du pavé de l’ours. Mais même à petites doses l’antimoine finit par déprimer les forces vitales et même finirait par amener un état cachectique, comme toutes les préparations minérales. Il est donc préférable de se servir de préparations végétales, telles que l’ipéca, l’émétine, qui sont facilement tolérées. Nous ajouterons la vératrine dans les inflammations débutantes.
DE MÉDECINE DOSIMÉTRIQUE.
DES INJECTIONS INTRA-PULMONAIRES DlODOFORME, PAR LE DOCTEUR ARTHUR RONSOME.
{The med. Chron., janvier 1885.)
Les observations de ce mémoire ' ont été recueillies à Hospital for Consumption. La première est celle d’un cas de gangrène pulmonaire traité jusque-là par le fer, la quinine, l’inhalation phéniquée et les vaporisations d'eucalyptol. Quand la médication avec l’iodoforme fut commencée, chaque jour on injectait dans le tissu pulmonaire dix gouttes d’une solution de cette substance. La fétidité des crachats et leur coloration jaunâtre diminuèrent, l’état général parut s’améliorer, mais l’expectoration muco-purulente restait abondante. On remplaça ensuite l’éther d’iodofonne par l’huile d’iodoforme, dont l’injection causait des douleurs moins vives. Ces injections furent pratiquées pendant plusieurs semaines, le pouls du malade, augmentant, mais les signes des cavernes ne se modiflant pas. A. la suite d’une de ces injections, il se produisit une hémorragie que l’auteur attribue à la piqûre d’une veine par l’aiguille. L’amélioration a persisté et six mois après avoir quitté l’hôpital, le malade ne présentait plus de bronchectasie et ne toussait ni n’expectorait.
Les cinq autres cas sont ceux de cavernes tuberculeuses ; quatre de ces malades succombèrent malgré le traitement, et le cinquième fut amélioré, car chez lui les signes cavitaires disparurent. L’auteur recommande de pratiquer ces injections au-dessous d’une côte, en prenant pour point de repère dans l’espace intercostal le bord supérieur de la côte au-dessous. Parmi les accidents de cette médication, il signale la possibilité de provoquer une hémorragie et l’hémoptysie, ou, comme dans l’un des faits cités, un pneumo-thorax.
Réflexions. — Il y a longtemps que le Répertoire signalait les vertus calmantes et antiseptiques de l’iodoforme et il fut un des premiers à faire entrer dans la pratique des granules de cette substance, qu on considérait comme ingranulable à cause de sa volatilité (?). Nous faisons croquer à nos phtisiques deux à trois granules, en ayant soin de leur tenir momentanément la bouche et les narines fermées et de faire un mouvement de déglutition en appuyant le menton sur la fourchette du sternum. De cette manière, les
vapeurs de riodoforme pénètrent dans la profondeur des poumonset une heure après on les reconnaît encore dans l’air expiré. Il n’est donc pas nécessaire de recourir aux injections intra-pulmonaires, toujours sujettes à caution. Mais cela ne suffît pas : il faut en même temps un traitemelit interne par les arséniates, les ferrugineux, les toniques (quinquina), et un régime fortement reconstituant. Si le malade de la première observation a pu être considéré comme guéri, c’est grâce au traitement qui avait précédé les injections. Quoi qu’il en soit, il faut louer le docteur Ronsome de n’avoir point désespéré du salut de ses malades. D r B.
CORRESPONDANCE (I)
Santa-Barbara (Honduras, Amérique centrale), 15 juillet 1890.
A Monsieur le Professeur Ad. Burggraeve, M. D., Gand (Belgique).
Cher Monsieur,
Croyant que cela peut vous faire plaisir d’apprendre que la méthode dosimétrique n’a pas seulement trouvé son chemin jusqu’ici, mais quelle entre de plus en'plus rapidement en faveur dans cette république si éloignée et isolée, j’ai l’avantage de vous dire que j’ai été le premier à l’introduire ici et que je suis l’un de ses plus sincères et ardents propagateurs. Permettez que je vous fasse connaître les faits et circonstances suivants qui pourront avoir quelque intérêt pour vous.
Ayant complété mes études médicales au Collège de l’IIôpital de Sainte- Marie, j’ai commencé à pratiquer la médecine dans ce.pays, en 1864, selon la méthode allopathique. Plus tard, mon attention ayant été attirée sur la méthode dosimétrique, je me suis mis à l’étudier dans tous les écrits y relatifs que j’ai pu me procurer. Il est peut-être superflu de vous dire que bientôt je fus convaincu de sa grande valeur pratique, comme un vrai don à l’humanité souffrante, surtout ici; aussi je commençai la pratique dosimétrique en 1885. Inutile de vous dire les difficultés que, sous l’ancienne pratique, j’ai subies, étant constamment obligé de prescrire à mes malades
(1) Traduction du docteur PhipsoD, directeur du Journal of Medicine and Dosimétrie Aerapeutics.
DE MÉDECINE DOSIMÉTRIQUE.
des médicaments dans lesquels je n’avais pas la moindre confiance, surtout à cause du temps énorme qu’ils avaient été en magasin, sans parler de leur impureté ou détérioration quant à la qualité. Qu’il me suffise de dire que je ne pouvais avoir aucune confiance en leurs effets thérapeutiques, et je commençais à me dégoûter rapidement de notre noble profession, à l’étude de laquelle j’avais consacré le labeur de tant d’années. Mes malades aussi perdaient rapidement confiance en mon habileté et savoir, et se portaient vers les remèdes populaires fournis par les plantes du pays croissant autour de leurs maisons. J'étais dans un état fort triste lorsqu’un ami, dans une visite de courte durée me fit connaître, en conversation, qu’il avait sur lui une bonne provision de granules Chanteaud, dont il me laissa quelques-uns ainsi que le Guide pratique, mais non sans se faire beaucoup prier.
En essayant ces médicaments dans quelques cas graves que j’avais alors sous la main, je fus enchanté de voir que mes espérances étaient réalisées, et ma foi médicale se confirma en voyant l’évidence pratique de leurs effets thérapeutiques positifs et rapides. Depuis lors, j’ai continué leur emploi et dans plusieurs cas j’ai obtenu des guérisons qui paraissaient merveilleuses au peuple de ce pays, et qui dans quelques cas m'ont étonné un peu aussi, malgré l’expérience que j’avais déjà acquise de leur action efficace.
Ma clientèle s’est accrue rapidement partout ce département si considérable, et même au delà de ses frontières. Nos gens du peuple, quoique d’une simplicité extraordinaire, ont pu tout de même apprécier la différence; aussi déclarent-ils qu’à présent il existe des moyensMe guérison plus rapides et moins coûteux et qu’ils ne jettent plus leur argent en retour de visites inutiles du médecin et de prescriptions interminables.
Je serai fort content quand arrivera le jour où nous aurions ici une bonne provision de granules et de Sedlitz, par exemple à San-Pedro-Sula, dont le port de mer est Puerto-Corlès, notre grand port mercantile sur la côte de l’Atlantique. J’éprouve naturellement un certain délai et'quelque difficulté de me les procurer de l’Europe, et de temps en temps je me suis servi, malgré moi, d’imitations vendues ici sous le nom de « metric granules » fabriqués à Chicago, et qui m’ont été obligeamment donnés par le docteur Thakary, que je dois remercier pour sa courtoisie en m’en expédiant lorsque ma provision des granules Chanteaud était tout à fait épuisée.
Un jeune médecin qui a fait ses .études à Guatemala et que je regarde comme un des indigènes les plus ■intelligents que je connaisse, va aussi adopter la méthode dosimétrique. Il aime bien la doctrine, mais a hésité, jusqu’à présent n’étant pas beaucoup au fait de faction des alcaloïdes. A présent, il va m’accompagner dans mes visites aux malades pour se fa milia-
riser le plus possible avec la nouvelle méthode de traitement et d’en noter les résultats. Je suis certain qu’il en deviendra un adepte zélé..
Espérant que vous serez content d’apprendre que sur cette terre si éloignée vous avez au moins un disciple enthousiaste, et que votre glorieuse méthode — sic itur ad astra — est non seulement lancée ici, mais fera de rapides progrès, j’ai l’honneur d’être votre serviteur dévoué,
Charles Warburton Bennett, M. D.
Réflexions. — Des témoignages venant d’aussi loin ne sauraient être suspects. Si tous les médecins n’ayant pas d’attaches à l’École avaient compris leur devoir, la médecine unifiée serait une science exacte et il ny aurait plus de dissidents entre ses adeptes.