PAR LE DOCTEUR G. BERTIN ET PICQ, MÉDECIN VÉTÉRINAIRE A NANTES
(Académie de médecine, séance du 27 mai 1890.)
On sait que d’après Jenner le vaccin est unique et constamment identique à lui-même quelle que soit sa provenance. On avait prétendu qu’il venait du cheval ( horse-pox ), d’où il était passé à la vache ( kow-pox ), mais il a été démontré qu’il se développe spontanément, sous l’influence de certaines conditions de milieu. Il n’est pas besoin pour cela d’épizootie. MM. Bertin et Picq avaient déposé à l’Académie le 19 janvier de cette année (1890) un pli cacheté, lequel fut ouvert dans sa séance du 27 mai. Les signataires dudit pli avaient commencé, depuis le 4 octobre 1889, une série d’expériences tendant à démontrer que le vaccin humain peut être transporté avec succès sur la chèvre, animal, selon eux, complètement réfractaire à la tuberculose spontanée. Ils ont continué leurs expériences pour déterminer : 1° si la tuberculose peut, oui ou non, être transportée par le vaccin de la génisse à l’homme ; 2° si par des génisses rendues tuberculeuses et servant de sujets vaccinifères, il est possible de transmettre cette affection, soit par la lymphe vaccinale, soit par le sang ; 3° si la chèvre peut servir de sujet pour rendre certains animaux susceptibles de contracter facilement la tuberculose par voie d’injections, réfractaires à cette tuberculose développée sur eux par voie expérimentale?
Nous ferons remarquer que rien ne prouve que la chèvre soit complètement réfractaire à la tuberculose spontanée. Si cette affection est moins fréquente sur elle que sur le veau ou la vache, cela tient à son tempérament essentiellement sec. Sans vouloir exclure la possibilité de transmettre par le vaccin des affections spécifiques, telles que la blennorrhagie viruleute et la syphilis, nous pensons qu’on a exagéré cette transmission, car il est démontré que ces maladies ont régné bien avant la vaccination et même d’une manière plus violente. Le capri-pox ne présente d’autre avantage que de pouvoir être recueilli à moins de frais et plus facilement que le cow-pox; et sous ce rapport nous croyons que les expériences de MM. Bertin et Picq doivent être continuées dans les diverses localités, notamment dans le Midi, où les pâturages sont rares. D l B.
DE MÉDECINE DOSIMÉTRIQUE.
LOI ET TRAITEMENT DES RECHUTES DANS LES FIÈVRES INTERMITTENTES ALLUVIONIQUES, PAR LE DOCTEUR A. TREILLE, A ALGER.
(Académie des sciences, 19 mai 1890.)
Il en est des fièvres alluvioniques de l’Algérie comme de nos fièvres des polders de l’Escaut, sujettes à récidives, parce qu’on les complique d’une fièvre quinique qui souvent dégénère en fièvre rémittente ou en céphalie gastrique, à cause des hautes doses de quinine. Le Répertoire a cité les observations d’un médecin des polders qui font voir qu’avec des doses fractionnées d’arséniate de strychnine et d’arséniate de quinine, on coupe les fièvres les plus rebelles, sans rechutes, lesquelles sont la condamnation formelle de la médication allopathique. L’auteur est quasi de notre avis, puisqu’il a renoncé aux doses massives pour les doses moyennes de 1 gramme ou 1 1/2 gramme, ce qui est encore exagéré à notre avis. Dans les pays d’alluvions il faut se tenir constamment sous l’influence de la quinine, principalement l’hydro-ferro-cyanate, dont on prendra dans la matinée et dans l’après-dîner cinq granules, et le soir au coucher la trinité dosimétrique : arséniate de strychnine, aconitine, digitaline, trois granules de chaque ; au lever le Sedlitz Chanteaud. Grâce à ces moyens on reste indemne de la fièvre, soit parce que les microbes miasmatiques n’ont pas de prise, soit à cause de la résistance vitale. Il ne faut pas confondre la saturation médicamenteuse comme l’entend la dosimétrie avec l’intoxication allopathique, qui est le mal du remède, tandis que la dosimétrie est le remède du mal. Quand les allopathes auront compris cette règle, ils ne seront plus d’inutiles naturalistes, comme le docteur Amédée Latour leur en jetait le reproche, bien que lui-même n’ait pu formuler aucune loi thérapeutique, ce qui a fait dire à ses confrères que c’était un médecin de plume.