‹ Miscellanées de médecine dosimétriqueChapitre 75 sur 246 · TRAITEMENT J)E LÈRISYPÈLE PAR LA CÉRUSE, PAR LE DOCTEUR STROVER · texte numérisé non relu

TRAITEMENT J)E LÈRISYPÈLE PAR LA CÉRUSE, PAR LE DOCTEUR STROVER

(Medical News, Philadelphie, octobre 1890.)

L’auteur mentionne plusieurs cas traités et guéris par l’emploi de la céruse. Nous ne savons si les Yankees sont moins impressionnables que les Européens, mais nous avons constaté chez un acteur un violent empoisonnement par le carbonate de plomb employé comme cosmétique. Pourquoi ne pas s’en tenir à la vulgaire et bienfaisante fleur de farine, puisqu’il s’agit uniquement d’enlever la démangeaison de la peau? Quant au traitement interne, il consistera dans l’administration de la vératrine, qui est le sédatif de la fièvre érisypélateuse. On attache trop d’importancè aux microbes, dans ce sens que ces infiniment petits sont censés être une cause d’infection. L’érisypèle n’est contagieux que par rapport au milieu ambiant, comme dans les hôpitaux mal ventilés.

Pour en revenir au traitement par la céruse, nous dirons que les journaux de médecine accueillent trop légèrement les annonces de remèdes

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soi-disant nouveaux, en Amérique surtout, où tout se paye, bon ou mauvais. La publicité est ainsi un véritable danger. On nous tiendra compte un jour de nos Miscellanées dosimétriques, sorte de contrôle de ce que les journaux publient sans observation aucune. Les Miscellctnées qui ont paiu jusqu’à ce jour en sont déjà à six volumes, et nous comptons bien les continuer, si Dieu... et la dosimétrie nous donnent vie.

Ce que nous venons de dire des remèdes sans contrôle est corroboré par l'annonce suivante :

Des effets de l'acide phénique contre la diarrhée, par le docteur J. Howe Adams.

(.University medical Magazine, Philadelphie, décembre 1889.)

L’auteur préconise l’action antiseptique de l’acide phénique dans la diarrhée et comme agissant aussi comme anesthésique sur les intestins ; or, un autre médecin, le docteur Putnam, dans le Boston med. and surg. Journal, cite un cas d’intoxication causée par l’injection de 6 grammes d acide phénique dans un litre d’eau. N’est-ce pas un véritable danger que de mettre le public ignorant aux choses de la médecine, à même de se servir d’un moyen aussi dangereux, alors qu’un simple lavage avec le Sedlitz Chanteaud, suivi de l’administration de quelques granules de codéine, suffisent généralement pour arrêter les diarrhées simples ? Dans la diarrhée et la dysenterie ulcérative, on a fait emploi du nitrate d’argent et on en a obtenu de bons résultats, mais généralement le lavage intestinal suffit. D' B.

THÉORIE NOUVELLE (?) ET TRAITEMENT DU DIABÈTE, PAR LE PROFESSEUR LEPINE.

(,Semaine médicale, mai 1890.)

En médecine, ce ne sont pas les théories qui manquent : on pourrait presque dire : Tôt capita tôt sensus. Malheureusement, c’est mettre la charrue devant les bœufs. L’art médical est, comme l’a dit Hippocrate, une longue expérience, experientia longa, et la vie est courte, vita brevis , c’est-à-dire que les théories s’en vont avec leurs auteurs où vont les vieilles lunes. C’est sous ce rapport que la dosimétrie est appelée à changer de fond en comble la médecine, en dépit des gens de l’École : il faudra bien

qu’ils en viennent là. Ainsi quant à la prétendue théorie nouvelle du diabète, il est tout simple d’admettre, avec M. de la Palisse, que c’est parce que le sucre animal n’est pas brûlé dans l-’économie qu’il s’amasse dans le sang et de là s’écoule avec les urines, produisant la polyurie et l’état de consomption propre à cette affection. Ce qu’il faut donc, c’est la strychnine, l’aconitine, la digitaline, pour activer le foyer organique, le tisonner pour lui donner de l’air vital, c’est ce que la dosimétrie ne cesse de répéter et ce que M. le professeur Lepine ne nous dit point. Nous le laisserons donc à ses recherches, persuadé que dans le-royaume des aveugles les borgnes sont rois. D r B.

LES MÉDECINS DE KOLIÈliE.

(Conférence faite au Palais des sociétés savantes, par le docteur L. Petit, secrétaire général de l’OEuvre des Enfants tuberculeux.)

Ce sujet a déjà été traité plusieurs fois, mais il est bon de le dire : les « médecins de Molière » ne sont pas des caricatures bonnes à faire rire un public qui n’est pas rigoureux pourvu qu’on l’amuse ; ce sont des portraits ou plutôt de tristes réalités qui font voir jusquoù la vanité et l’intérêt peuvent entraîner des hommes que leurs études et leur profession devraient mettre au-dessus de ces petitesses. L’École, au temps du grand moraliste, était hérissée— comme aujourd’hui — se roulant en boule chaque fois qu’on voulait toucher à son non possumus officiel. Seulement, l’agression éloignée, elle jetait feu et flamme contre les téméraires qui venaient troubler son dolce farniente. Nous allons donner la parole au conférencier; on verra que c’est encore de l’actualité.

« De hardis novateurs — on n’a pas d’idée d’une pareille audace! — osaient prétendre qu’Hippocrate et Galien n’avaient pas tout vu, n’avaient pas tout dit et même qu’ils renfermaient de colossales erreurs! Solidement attachés au passé, nos anciens s’efforcèrent de résister à ces prétentions. Ce fut un conflit terrible : conflit entre la vieille et la jeune École, celle-ci s’efforçant,de pousser au large la barque de la médecine, celle-là se cramponnant désespérément à elle pour la retenir au rivage. A deux siècles de distance, quand nous relisons l’histoire de cette lutte, elle nous paraît bien petite, bien mesquine, bien infantine; cependant n’en rions pas trop, car

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c’est à elle que la médecine doit d’être ce qu’elle est aujourd’hui. En science, en littérature comme en politique, la révolution c’est le trouble, c’est le déchaînement des passions ; mais c’est aussi la marche en avant, c’est le progrès. Toutefois ce-désir, ce besoin du au delà, ces aspirations vagues vers l’inconnu qu’on retrouve à l’origine de toute révolution, ne peuvent, dans aucun cas, mettre le feu aux poudres, entraîner à la révolte. Il faut quelque chose de plus : il faut un principe, une idée autour de laquelle les esprits puissent se rallier. Il faut, en un mot, le drapeau qui conduit au combat. Dans la révolution médicale du xvn e siècle, ce drapeau était le drapeau rouge, couleur des globules de sang; il portait dans ses plis ces mots gros de menaces et aussi de promesses : Circulation! Vive l'antimoine! A bas la saignée ! »

Nous dirons que c’est là précisément ce qui empêche les révolutions légitimes de réussir. On veut tout abattre du coup et ne pas tenir compte du passé. En un mot, c’est le « ôte-toi de là que je m’y mette ». Tout n’était pas mauvais dans Hippocrate et dans Galien ; nous lavons fait voir dans notre premier article Philosophie médicale. Il eût fallu tenir compte des temps et des lieux. Aujourd’hui cette science dont on se targue, est un obstacle au progrès. Le principe de la médecine est éternel, puisque c’est la vie. Le drapeau dont parle l’honorable conférencier existe donc, seulement il a fallu le relever en présence du matérialisme qui pèse aujourd’hui sur l’art de guérir. C’est ce que la dosimétrie a fait et dont l’auteur de la conférence aurait dû se ressouvenir. Laissons donc là le ridicule pour nous en tenir au sérieux appareil de l’École actuelle. Ce que les « médecins de Molière » ont fait contre la « circulation », les médecins du monopole universitaire le font contre les dosimètres. Espérons que la lutte ne sera pas aussi longue qu’au xvn e siècle, et que,la fin du xix e verra le triomphe de la « médecine moderne. » D r B.

DK LA LAPORATOMIE DANS LE TRAITEMENT DE L’OCCLUSION INTESTINALE AIGUË, PAR LE DOCTEUR MONAD.

(Société de chirurgie, 14 mai 1890.)

L’ouverture du ventre ou la laporatomie est une opération fort ancienne- Nous avons cité dans notre livre Le Génie de la chirurgie contemporaine l’histoire d’une noble dame bourguignonne, sur laquelle son médecin fit

cette opération dans un cas de volvulus. En cela l’art moderne n’a fait que suivre l’art ancien et les prétendus innovateurs devraient s’en ressouvenir. Mais le mot de Louis XIV trouvera toujours de l’écho. Dans la discussion soulevée à la Société de chirurgie, un membre a dit avoir été appelé récemment par un Chinois, chez lequel on avait cru à une occlusion intestinale et qui n’avait en réalité qu’une poussée de péritonite du côte du bassin. L’ouverture du ventre a été suivie de guérison. C’est fort bien, mais un traitement méthodique n’aurait-il pas eu le même résultat? George Sand est morte d’une occlusion semblable que les lavements huileux, aidés de la strychnine, de l’hyosciamine, auraient peut-être levée. Ce n’est pas l’opération que nous blâmons, mais sa généralisation. D r B.

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