‹ Miscellanées de médecine dosimétriqueChapitre 97 sur 246 · LA STRYCHNINE DANS LA CONGESTION PULMONAIRE · texte numérisé non relu

LA STRYCHNINE DANS LA CONGESTION PULMONAIRE

Tout récemment je fus appelé à la hâte, à 8 heures du soir, dans une pharmacie voisine, pour soigner un malade en proie à une suffocation extrême. C’était un homme replet d’une cinquantaine d’années, qui sortait d’un restaurant où il avait dîné en compagnie d’autres convives.

La pharmacie était pleine de curieux qui avaient suivi le malade et qui s’attendaient à le voir succomber d’un instant à l’autre.

Le cas était en effet très grave et réclamait un prompt secours.

L’idée me vint aussitôt à l’esprit de recourir à la strychnine, conseillée par le professeur Burggraeve en pareil cas. Je demandai donc au pharmacien un tube-de sulfate de strychnine et j’en administrai au patient un granule qu’il avala aussitôt, car la connaissance était conservée ; au bout d’un quart d’heure il prit un second granule et peu d’instants après il se manifesta un soulagement marqué après le troisième granule le malade put être transporté à son domicile, où je lui administrai un quatrième granule et la suffocation disparut comme par enchantement.

Les assistants et le sujet de l’observation lui-même étaient enthousiasmés d’un résultat aussi prompt et aussi rapide.

Je crus que tout était fini et je me retirai avec deux autres confrères distingués, qui étaient accourus à son secours : c’étaient les docteurs Malgat et Brandt.

Le lendemain dans la matinée, l’état était très satisfaisant, mais le soir, à la même heure, nouvel accès de suffocation que quatre granules de strychnine firent cesser comme la première fois. Dès lors le diagnostic ne pouvait être douteux, nous avions affaire à un accès de fièvre pernicieuse à forme congestive pulmonaire, et j’administrai immédiatement un gramme de sulfate de quinine que les deux confrères arrivés peu de temps après approuvèrent. Il y avait de la fièvre. Le malade passa la nuit dans un fauteuil, car le lit lui faisait peur.

Malgré tout, le lendemain au soir, troisième accès moins intense mais plus prolongé, qui ne céda qu’à 16 granules de strychnine.

Les extrémités inférieures étaient œdématiées.

La dose de la quinine fut augmentée; il en prit 3 cachets de 60 centigrammes chacun et la fièvre fut définitivement jugée.

Dans le but de dissiper l’œdème des pieds, nous le soumîmes à l’infusion de digitale.

Tout allait donc pour le mieux. Le malade avait de l’appétit ; il prenait des potages, du lait et des laits de poule. 1

Le résultat, comme on voit, fut splendide et l’honneur en revient complètement à la strychnine.

Malheureusement peu de jours après, à la suite d’un dîner trop copieux (la religieuse qui le soignait lui fit avaler une bonne portion de vol-au-vent dans le but de lui donner des forces), il succomba tout à coup comme foudroyé au milieu du dessert. A quoi faut-il donc attribuer une mort si soudaine et si inopinée? Est-ce une congestion cérébrale?

DE MÉDECINE DOSIMÉTRIQUE.

N’importe, le triomphe de la strychnine n’en est pas moins éclatant dans l’espèce. D r M. Macahio.

Réflexion. — Je pense que c’est à l’infusion de digitale que la mort doit être attibuée par paralysie du cœur, comme l’a dit M. le professeur Peter.

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