OPÉRATION D’ALEXANDRE DANS LES RÉTROFLEXIONS DE L’UTÉRUS
Il y a plus de trente ans que dans notre service à l’hôpital civil de Gand, nous avons institué cette opération. Le résultat n’a pas répondu à notre attente etnous y avons renoncé. Dans la séance du 5 mars dernier (1890), M. Térillon a lu un rapport sur une opération de ce genre pratiquée par le docteur Lagrange (Bordeaux), suivie de guérison. Il s’agissait d’une femme de 28 ans qui, par suite d’une chute, avait présenté des phénomènes inflammatoires dans le bas ventre. A l’examen on constata que l’utérus, qui occupait le cul-de-sac vaginal postérieur, était mobile et réductible. L’opération fut pratiquée le 8 mai 1889. Les ligaments ronds qui étaient volumineux, furent fixés par six points de catgut, trois en dedans, trois en dehors ; les piliers de l’anneau inguinal furent compris dans les sutures de façon à ce que les adhérences fussent solides. A partir de l’opération les douleurs ont disparu, et cinq mois après on constatait que l’utérus restait en antiversion. M. Lagrange n’a pas fait porter de pessaire à sa malade, lien que quelquefois cela soit nécessaire. M. Térillon croit, avec raison,
DE MÉDECINE DOSIMÉTRIQUE,
que cinq mois ne sont pas suffisants pour affirmer la guérison, car il a observé un exemple d’insuccès onze mois après l’opération. Dans un autre cas, ce fut immédiatement après, chez une femme de 28 ans ayant eu quatre enfants, et qui était atteinte de rétroflexion pour laquelle on ne pouvait lui faire “porter ni pessaire ni tampon. L’opération fut pratiquée en novembre 1889; les ligaments ronds furent isolés, tirés de quatre centimètres en dehors et fixés aux piliers par cinq fils de catgut. L’utérus se trouvait placé derrière la paroi abdominale et était maintenu par un tampon imbibé de salol; mais dès le huitième jour il s’en éloignait, et au vingtième il avait repris sa position en rétréflexion. De pareils exemples démontrent que l’insuccès peut se produire immédiatement après l’opération, malgré la résistance des ligatures et le port d’un tampon, qui est cependant inférieur au pessaire. Le professeur Trélat a pratiqué 37 ou 38 opérations de ce genre, et c’est en général dans le premier mois que se produisent les insuccès, dus à l’amincissement ou à la rupture des ligaments.
L’opération n’étant pas dangereuse par elle-même, on pourra la tenter avec le consentement de la femme, mais sous toute réserve. Nous pensons que l’élythroïde de feu le docteur Combes doit être appliqué dans ce cas. En même temps on fera garder le repos, en position en sens inverse du déplacement. A l’intérieur on donnera la brucine ou la strychnine pour raffermir le système musculaire, car le relâchement du plancher périnéal est ici pour beaucoup ; au point qu’un membre, le docteur Bouilly, a proposé la périnéoraphie. Celte chirurgie de ravaudeur réussit rarement, parce que la faiblesse de tissus persiste. Il faut donc tendre le système musculaire en général. Nous prenons tous les soirs de la strychnine, et évitons ainsi le tremblement du vieillard malgré nos 86 ans. Les bains froids gradués seront également utiles; mais avant tout, éviter les stations prolongées ainsi que les exercices violents.