CRUELLE ENIGME
Louis-Charles de France, né à Versailles, en 1785, devenu dauphin par la mort de son frère aîné, survenue en 1789, est-il mort au Temple, où il avait été emprisonné, ainsi que toute la famille royale? Ou bien, grâce à des serviteurs fidèles de la monarchie qu'il incarnait sous le nom de Louis XVII, depuis le ±1 janvier 1793, date du martyre de son père, s'est-il évadé de sa géôle? — Voilà une profonde énigme. Il n'y a pas apparence qu'elle soit jamais résolue. La tradition de sa mort au Temple en 1795 fut d'abord, et pendant assez longtemps, généralement acceptée. Puis, des doutes s'élevèrent à ce sujet. L'on commença à croire à son évasion, croyance qui se fortifia avec l'apparition de Charles-Guillaume NaundorfF. Ce dernier se donnait en effet comme le dauphin. Il arborait le titre de duc de Normandie, et se prétendait l'héritier légitime du trône. Les historiens sérieux ont conclu à l'imposture. (Naundorff ne fut pas du reste le seul prétendant. Il en a surgi une quarantaine d'autres. Mais, avec Richemont, il fut le plus fameux de ces candidats à une vaine succession.) Ces dernières années, l'ouvrage de Georges Lenôtre — pseudonyme de L. L. T. Gosselin — semble avoir renouvelé la question toujours pendante, et suscité une extrême
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curiosité autour de cette indéchiffrable énigme. ' 'M. Lenôtre, dit Jacques Bainville, a déduit du mystère qui persiste sur le sort de Louis XVII que les plus farouches conventionnels avaient pu prendre des précautions et des garanties dans l'éventualité d'une contre-révolution." Déduction plausible en faveur de l'évasion. Mais la mystérieuse affaire n'en est pas dévoilée pour autant. Il est douteux qu'elle le soit jamais. Il est exact qu'à Delft, en Hollande, où Naundorff mourut et fut inhumé en 1845, l'on a gravé sur sa pierre tombale ces mots: Louis XVII , roi de France et de Navarre, duc de Normandie. En soi, cette inscription ne prouve qu'une chose, à savoir que celui qui fut enterré là croyait être Louis XVII, et qu'il avait des partisans qui le croyaient aussi. Mais il y a loin de la coupe aux lèvres, dit le proverbe. — Cette question passionnante a inspiré toute une littérature, qui s'accroît d'année en année. Une revue a même fondée pour la creuser et tâcher de la résoudre dans le sens des partisans de la survivance. Nous n'avons pas l'autorité voulue pour nous prononcer. Nous pouvons seulement indiquer quelques-unes des sources où les curieux d'histoire pourraient se renseigner:
R. Chantelauze. Louis XVII, d'après les documents inédits.
H. Taine. Origines de la France contemporaine.
A. de Beauchesne. Louis XVII. Les diverses Histoires de France.
Nouvelle biographie générale. Tome 31 et 37. Art. Louis XVII et Naundorff.
Cruelle Enigme
Encyclo. Britannica, vol. XVII, art. Louis XVII. Georges Lenôtre. Marie de Roux.
Les ouvrages de Gruau de la Barre, de Otto Friedrich s, de Henri Provins, les propres Mémoires de Naundorff, les plaidoyers de Jules Favre en faveur de ses héritiers, le fils de Louis XVI, de Léon Bloy, et toute une masse de documents pour et contre, qu'il serait trop long d'énumérer. Léon Bloy croyait dur comme fer, à la personnification de Louis XVII en Naundorff. C'est la thèse qu'il soutient dans cet ouvrage et aussi dans Mon Journal, tomes I-II, comme dans Le Fumier des Lys. Bloy fut certainement un homme de génie, d'une rare intuition, et l'un des plus grands prosateurs que la France ait eus. Mais sa valeur comme historien est nulle. C'est un auteur à considérations. Tandis que l'histoire vit de faits.