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AU BERCEAU DES ETATS-UNIS

“Cherchez, et vous trouverez,” — est-il dit. Souvent même il arrive qu'en plus de ce que l'on cherchait, l’on trouve encore autre chose. Je viens d’en faire l'expérience. M’étant rendu aux Archives de l’Etat, à Boston, pour consulter des pièces officielles se rapportant aux acadiens qui y avaient été proscrits, je suis tombé sur les originaux de lettres de La Fayette et de La Luzerne, dont l'intérêt est assez vif. M. Charles Maurras a dit que la participation à la guerre d’Amérique fut le chef d’œuvre de la politique de Louis XVI. Voici donc des documents qui ont trait à cette guerre de laquelle est sortie la grande république américaine. Les lettres de La Fayette sont en anglais, en un mauvais anglais, (i) L’écriture en est fine, sèche, un peu anguleuse, mais d'allure distinguée. Nous les traduisons. La première est en date du 6 janvier 1779. C’étaitdansl’été de 1777 que ce jeune seigneur devingt ans avait abordé à Georgetown, en Caroline, et était venu offrir ses services à la cause de la liberté. Il éprouvait pour la liberté “l'enthousiasme de la religion, l’entraînement de l’amour, la conviction de la

(1) Lors de son premier séjour en Amérique, La Fayette fit une grave maladie. Un Américain de marque, qui le visita pendant sa convalescence, dit qu'il fut conquis par scs manières de gentilhomme mais étonné de son "broken English.”

Au Berceau des Etats-Unis

géométrie," ainsi qu’il disait lui-même. Sa mission était de nature privée. Dès la première nouvelle de l’insurrection, il avait quitté son régiment, fait de brusques adieux à sa jeune femme, une d’Agen, — son beau-père lui en voudra beaucoup de ce soudain départ, et, sur un bâtiment qu’il avait équipé à ses frais, Y Alliance, s’était élancé au secours des insurgés. "Malgré ses préventions contre les Français, dit M. H. Carré, Washington se prit à l’aimer, et il en vint à se sentir de la gratitude pour un pays qui produisait de tels hommes. Il fit donner à La Fayette un commandement; pour les miliciens américains La Fayette fut plus qu’un chef, il fut l’ami du soldat." (z)

Mais, en octobre 1778, des bruits de guerre entre la France et l’Angleterre ayant pris de la consistance, La Fayette écrivit au Congrès pour lui dire qu’il devait à son pays l’hommage de ses services, qu’il espérait revenir, et que partout il porterait son zèle pour les Etats-Unis, La lettre qui suit a été écrite à bord de Y Alliance, quand ce paladin nouveau genre faisait voile pour la France, et adressée à Jeremiah Powell, président du conseil du Massachusetts:

“A bord de l' Alliance, 6 janvier 1779.

"Monsieur,

"Rien ne pouvait me faire plus d’honneur ni me causer plus de satisfaction que la lettre que l' Honorable conseil de cet Etat m'a fait tenir pour le ministre américain àVersailles. De telles marques de leur approbation ont éveillé tous les

(x) Histoire de France — Lavisse. Tome IX, I. P. 108.

sentiments de plaisir et de gratitude dont mon cœur est capable. Je vous prie, monsieur, de vouloir bien leur en offrir mes plus respectueux remerciements , et les assurer de mon éternelle vénération, ainsi que de mon dévouement le plus ardent pour l' Etat qu' ils représentent.

“ Cet Etat, j'ai appris à l'aimer en même temps que je commençais à connaître l' Amérique , et dès que j' eus vent de l' heureuse révolution à laquelle ils avaient déjà pris une si noble part; les héroïques et presque incroyables actions qui ont suivi le première résistance à la tyrannie, les principes vertueux, et ce précieux esprit républicain qui a toujours animé et qui anime davantage encore aujourd' hui ses habitants, m ont inspiré un tel amour et un tel respect pour cet Etat enfin libre, que je désire être compté parmi ses plus dévoués serviteurs.

' 'Que Son Excellence le Président du conseil de la Baie du Massachusetts me pardonne, si je ne puis réprimer les mouvements d'affection dont mon cour déborde; et pour ne pas abuser davantage des précieux instants dont dispose le conseil, je termine en leur présentant, ainsi qu'à vous, les hommages de la plus haute estime avec lesquels j' ai l' bonheur d' être,

Monsieur,

Votre très obéissant et très humble serviteur,

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